‹ Abécédaire ou rudiment d'archéologieChapitre 46 sur 113 · ÈRE ROMANE SECONDAIRR ( OBJETS DESTINÉS AU CULTE · texte numérisé non relu

ÈRE ROMANE SECONDAIRR ( OBJETS DESTINÉS AU CULTE

pensée inspirait l'artiste qui Ta confectionnée : il suOil d'en citer quelques mots :

CBLICA JIIRRUSALRM SIGNATL'R lUAGIKP. TlLI. .

Si on se reporte à la pi. CXI de mon Cours d'antiquités^ on verra la disposition des chaînes en fer avec leurs pommes de cuivre qui servent à suspendre la couronne d'Aix-la-Chapelle, et le grand cercle à huit lobes qui forme le corps de cetle couronne.

La cathédrale d'Hildesheim, près de Hanovre, renferme deux couronnes de lumière ; ce sont, avec celle d'Aix-la-Chapelle, les seules que je connaisse.

La plus grande et la plus intéressante se trouve au milieu de la nef. On l'attribue à l'évêque Hézilon. Elle se compose de cercles, d'un trèsgrand diamètre, portant des tours et des flambeaux en cuivre doré sur lesquels se lisent des inscriptions en émail ; la dentelle du pourtour était en argent. Les douze tours attachées sur les cercles de métal, comme dans celle d'Aix-la-Chapelle, logeaient chacune quatre statuettes en argent représentant des personnages de l'Ancien-Testament et les personnifications des vertus, ce que prouvent les noms qu'on lit encore sur ces tours.

Au milieu des espaces compris entre les tours se trouvent des niches qui portent les noms des douze Apôtres : preuve qu'elles en renfermaient les statuettes.

Il y aurait donc eu soixante statuettes dans les niches et les tours qui garnissaient les cercles de cette grande couronne.

Une longue inscription latine, gravée sur les cercles du pourtour, montre que la pensée de représenter la Jérusalem céleste a guidé l'artiste de Hildesheim, comme elle avait inspiré celui d'Aix-la-Cbapelle.

On croit que des lampes étaient superposées aux tours : d'une tour à l'autre, six flambeaux portaient des cierges ; il y en avait en tout 72.

La seconde couronne de Hildesheim, dont je présente l'esquisse d'après une gravure de M. le docteur Kratz, se trouve dans le chœur de la même cathédrale. On la fait remonter vers le milieu du XI* siècle (à l'évêque Azelin, lOU— 105i) ; mais elle est moins grande que celle de la nef, et les espaces compris entre les tours ne portaient que trois flambeaux: de sorte qu'il n'y en avnil que 36 au lieu de 72 dans le pourtour. Les tours ou niches renfermaient h8 statuettes en bronze qui n'existent plus.

Les deux couronnes de Hildesheim sont suspendues à la voûte au

DE CAUMONT. ABÉCKDAinE DARCHÎ.OLOGIK.

moyen d'une longue chaîne, qui vient aboutir à des tringles en fer (Voir la figure ci-jointe) et qui se ramifient, comme le font, à Aii-Ia-Chapelle,

les chaincs qui en tiennent Ki place (Voir mou Cour* tTAntiquiiés^ L VI, p. 151 et suivantes).

Instriucmts di paix. — M. l'ablnî Barreau a pens^ avec raison que

ÈRE ROMANE SECONDAIRE ( OBJETS DESTINÉS AU CULTE ). a51

es iiisfrumenls de paix, qui sont encore en usage pour certaines céré-

monies religieuses, devaient ôlre décrits avec soin, et il a réuni danî

352 DE CAUMONT. ABfXKDAIRE d'aRCHÉOLOGIE.

un travail remarquable qui fait partie du XXXI* volume du Bulletin monumental, tous les documents que ses recherches lui avaient fournis. Nous recommandons la lecture de son savant mémoire. On y verra que les instruments de paix étaient faits en ivoire, en argent, en or, en bois, en marbre, en métal émaillé ; qu'ils affectaient difTérenles formes, qu'on représentait souvent sur la tablette des scènes de la vie de Jésus-Christ en bas-relief ou en émail, des tigures d'ornement, guirlandes, arabesques, etc., etc., etc.

Un instrument de paix se rapportant au XII< siècle, que j'ai pu examiner, est celui que M. l'abbé Decordes a fait connaître. Cette paix est en bronze émaillé ; on y voit, dans une ellipse en forme de vesica piscis, le Christ, imberbe, assis sur un coussin orné de broderies, bénissant de la main droite et tenant un livre de la gauche, comme il a été représenté sur le tympan des portes d'église au XII« siècle.

Peignes LiTunciQCBS. — Les peignes doivent encore être mentionnés parmi les objets consacrés au culte, puisqu'on en trouve dans les trésors des églises, et qu'anciennement le prêtre se peignait avant de célébrer la messe (1).

Le peigne dit de saint Loup, conservé à Sens, nous offre un des types principaux de ces peignes. Il est formé d'un seul morceau d'ivoire. Le champ qui sépare les grosses dents des dents fines (car il y a deux peignes réunis dans un) est orné d'une p'ate-bande sur laquelle, entre deux baguettes perlées en or, sont enciiAssées sept pierres de couleur. Cette plate-bande, filigranée d'or, descend sur les dents et les encastre à leur origine ; elle supporte une arcade à plcincinlre au centre de laquelle se \ oient deux lions qui se dressent contre l'arbre de la science du bien et du mal, sur lequel se trouve le serpent tentateur.

L'archivolte de l'arcade a été grattée pour recevoir, en capitales du XIII* ou du XIV* siècle, les mots Pectk.i S. Lvpi, ce qui prouve que l'attribution de ce peigne à saint Loup a eu lieu longtemps après son origine.

Il est donc po>isiblc qu'il remonte à une époque plus ant ienno que le XI* siècle, mais cela est douteux.

(I) On peut lire un excellent raéinoiro de M. Brelacnf, tnr les pelcnc* llturRtqura, dans le t. XXVII du Bulletin mon» mental, p. t73 fI lalranlM.

ènE ROMANIi SECONDAIRE (OBJETS DESTINÉS AU CULTE ). 353

PEIONB DIT DB SMM LODP, k SENS.

DE CAUMONT. ABKCÉDAIRE d'aRCHÉOLOGIE,

Couvertures de livres. — Quelques manuscrits ou livres d'cglise avaient une couverture en cuivre ou en argent, dtcoupéc à jour dans le goût byzantin.

cotvinTmr d»; innc t« Mirii, orkec pi Piikactii*.

SiiOBS IT MEUBLKS. — Je uo conuais pas de sièges ou de stalles en l)ol$, qui piiissenl remonter au XII* siècle. Quelques chaires épiscopalescn marbre ou en pierre ont seules persislù : telle esl la chaire en marbre ronge, dans lacinelie \cnai('n( sasseoir les èvèques de

ÈRE ROMANE SECONDAIRE (BATTANTS DE lOBTES). 355

Bayeux, à St-Vigor, lors de leur prise de possession. Elle esl Irèssimple, taillée dans le même bloc, et remonte an XI« siècle, à ce

CUAIRE ÉPIsCOPAIB ES PIERRE, DC XI** SIÈCLE.

qu'on croit. Des chaires plus intéressantes existent au fond des absides de la métropole de Lyon et d3 la calhédrale de Vienne.

Battaiats de Portes.

2UKLQUES portes en bois, telles que celle de Ponligny, peuvent icinonler à l'époque romane, soit qu'elles aient été garanties par les enroulements en fer qui les recouvrent, soit que, par d'heureuses circonstances, les planches épaisses en chêne aient pu résister jusqu'à nos jours aux verset aux autres causes de destruction.

En Auvergne, on cite, à la cathédrale du Puy, à l'église de Brioude et à l'église de La Voulte-Chilhac, non loin de cette ville, des portes en bois que M. Aymar n'hésite pas ù regarder comme romanes. Les portes de la cathédrale du Puy, que j'ai vues, et que M. Mérimée a citées dans son Voyage en Auvergne^ ferment des chapelles placées sous la nef, le long du grand escalier par lequel on monte à l'église.

DE CAUMONT. ABÉcf.nAlRF. d'aRCHÉOLOGIK.

rORTt t!l lOli, * l'ittLIlI PS Lk \OCLTI-t.ailllkC lH*CIt>LOIM).

ÈRE ROMANE SECONDAIRE (BATTANTS DE PORTES), 357

Ces portes sont couvertes de sculptures, taillées dans la masse du bois. Les ornements ont été peints (rouge, bleu, etc.) et môme dorés.

On y voit des sujets tirés de l'Écriture, et des vers léonins expliquent ces divers sujets.

Je donne (p. 356) l'esquisse de la porte de La Voulle-Chilliac , telle que l'a figurée M. Aymar, dans les Mémoires de la Société académique de la Haute-Loire. Évidemment elle a dans son ornementation quelque chose d'exotique et d'oriental. Cette porte avait été rectangulaire dans l'origine; plus tard, on l'a adaptée à une ouverture ogivale, ce qui a fait disparaître, vers le haut, une partie des ornements et des inscriptions.

On voit dans la partie supérieure une croix à branches égales et paltées, et en-dessous, plusieurs bandes horizontales diversement ornées d'inscriptions, de rinceaux , de fleurons ou d'arabesques ; une assez large bordure encadre le tout.

Au milieu de la porte on lit, disposés en trois lignes, les deux hexamètres léonins suivants :

HIC TIBI RRX REGOM HOC CONDIDIT ODILO TEMPLUM \ AG5IINIBUS SUPERIS QLEM MISCUIT AUBITER ORBIS.

« La facture de ces vers , dit M. Aymar , les conjonctions de « certaines lettres, leurs formes particulières montrant un mélange de « capitales et d'onciales, indiquent une concordance d'époque très- « remarquable avec les deux belles portes qui, dans la cathédrale du « Puy , donnent entrée aux chapelles de St-Gilles et St-Martin ; u seulement l'ornementation est moins riche à La Vonlle qu'au Puy. »

On doit à M. Le Blanc, bibliothécaire et membre de la Société française d'archéologie 5 Brioude , la description des portes de l'église collégiale de cette ville. Elles sont, dit M. Le Blanc, composées de deux battants rectangulaires, et ont été recouvertes, d'après les procédés indiqués par le moine Théophile, d'un cuir fort épais peint en rouge , sur lequel on a attaché des armatures en fer, au moyen de clous à tète saillante. Je présente un dessin de ces ferrures (V. la page 358). Deux poignées en bronze, de forme ronde , complètent cette ornementation dans le centre. Des têtes aux yeux d'émail retiennent dans leurs mâchoires l'anneau servant à tirer les battants. Ces têtes sont accom-

DE CADMONT. ABftcfOAIRE D'AnCHÉOLOGlK.

pagnéesd'inscriplionscirculairesen vers latins. Ces inscriptions, restées long-temps cachées sous une couche de peinture et de poussière, ont été pour la prenaière fois dégagées, en 1 855, par M. Compagnon et par M. Le Blanc qui a fait exécuter des dessins de ces portes. Voici les inscriptions.

La première, au tdVir de la lôie d'homme, est ainsi conçue :

ILLECP.BBIS GRIS CAPTOS FALLAX TRAHIT OBBIS (1).

La quantité indique quMI faut lire ainsi lesecond vers, quienloure une tête de chien :

ORIO REX AMM[S VITAm DAT

SPirifus ORis :

Orion, roi, le soufflvî de le bouche donne la vie aux ûmes.

On ne serait pas embarrassé de citer des textes pour établir que , par Orion, le poêle a entendu le Christ.

Ces portes, par leur forme carrée, par la simplicité de leurs ferrures, par le caractère paléographiquc des inscriptions, semblent plus anciennes que les portes de réglise d'Orcival (Puy-de-Dôme) qu'elles rappellent.

J'ai décrit, dans \e Bulletin monumenial y la porte de l'église Sl- Anibroise de Milan , dont les anneaux ont le plus grand rapport avec ceux de la porte de Brioudc.

A Cologne, la porte de l'église de S'*-Marie-du-Capilole (transept Nord) peut dater du Xl« siècle, à en juger par des moulures qui la décorent et servent d'encadrements à une série de tableaux carrés dans lesqui Is on voit l'histoire du Christ, sculptée en bas-relief. Ces tableaux sont au nombre de vingt-huit : qualorie sur chaque battant.

Mais il est bien rare de trouver des sculptures eu bois rcmoulanl à celle époque.

(I) l.c mon.lc tiomicur cnlialiu- ceux que capttvei t Im »é4acttont do Uiijr«KC. Au moytn-ARr , or6i5. inonde, ilirniflalt le» nifcbanti, Im r^proavt^, jirofiter niultiluJitu'vt.

Page 1