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ÈRE OGIVALE. — TRANSITION

L'église de Pontigny, postérieure 5 1150, est un bel exemple du style de transition :

celte ?aste église, due à la munificence d'un comte de Champagne, est d'une homogénéité parfaite et semble être bâtie d'un seul jet. Elle a i08 mètres de longueur et 22 mètres de largeur, y compris les collatéraux. Les transepts sont très-développés. La nef n'a pas de chapelles latérales, comme toutes les églises de l'époque, mais on en trouve une série complète bordant les bas-côtés qui font le tour du chœur.

Le style de l'église de Pontigny fournit un excellent horizon pour fixer les idées sur l'état de Tarchitecture dans la 2»^ moitié du XIP siècle. L'arc en

PLAM DE l.'Él-.LISi: DR PO.NTK.NV

l.ers-point y domine dans les arcades, comme dans les fenêtres • l'ornementation des colonnes est la môme partout : leur base repose sur un socle carré ; les chapiteaux sont ornés de feuilles dVan dans la nef et le transept, de crosses dans le chœ.ir.

Tout caractérise le style de transition, mais la transition qui appartient dejù plutôt au style ogival qu'au style roman.

La révolution architectonique qui s'opérait durant la période tran- Mlionnelle ne consistait pas seulement dans la substitution de l'o-ive au plein-cinlre, mais aussi, com.ne nous le démontrerons, dans l'adoption d un système nouveau de moulures pour la décoration, et dans l'abandon de la plupart des ornements usités aux XI« et XIl<> siècles. Cette époque est féconde en combinaisons gracieuses, et une des

DE CACMONT. ABÉCÉDAIRP. d'aRCHROLOGIE.

plus intéressaotes de toutes. Le fragment d'entablement que Toici, a¥ec ses gracieux enchaînements perlés, ses feuillages aa milieu desquels sortent des tètes, combinaison des corbeaux grimaçants arec les garnitures végétales qui devaient être employées seules au XIII* siècle, \

montre bien la richesse et l'originaliié qui curactcri^cnt celle époque de l'art architectural en France. 11 eu de môme de cet autre frag-

mcnf liié d'une église dans laquelle les ogives se m

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Origine du style ogival. — Il reste à résoudre la question suivante : Dans quelle contrée le style ogival a-t-il pris naissance?

En laissant de côté les opinions plus ou moins bizarres de quelques antiquaires (1), on peut réduire à trois les principales hypothèses qui ont été émises sur Torigine du style ogival.

Suivant les uns, ce genre d'harchitecture existait très-anciennement en Orient, et les croisés, enthousiasmés de ce qu'ils avaient observé dans ce pays, importèrent l'ogive en Europe, où elle fut généralement adoptée peu de temps après.

Les seconds étaient d'accord avec les premiers, quant à l'origine de l'ogive ; mais ils croyaient que les Maures avaient introduit cette arcade en Espagne avant les Croisades, et qu'elle s'était répandue de là dans toute l'Europe, en même temps que la philosophie arabe.

Les troisièmes rejettent les deux systèmes précédents, et démontrent que l'architecture à ogives est née dans l'Europe occidentale.

Les deux premiers systèmes sont abandonnés aujourd'hui. Les récents ouvrages de M. le comte Melchior de Vogué et de plusieurs autres voyageurs ont prouvé que les plus anciens monumenis de style ogival que l'on trouve en Orient y ont été construits par les croisés, et que ce style y a été importé de l'Occident.

Quoi qu'il en soit, on ne peut nier que l'arcade en tiers-point ne fût connue longtemps avant d'être appliquée à un système particulier d'architecture : le type de celte arcade existe dans les ouvertures formées de pierres surplombant les unes sur les autres, comme on en voit dans plusieurs monumenis en Chine, en Egypte et ailleurs.

Mais il y a loin de ces arcades grossières aux ogives proprement dites, et au système d'architecture dont elles forment un des principaux caractères: aussi de pareils faits ne sont-ils cTaucune importance pour la solution du problème qui nous occupe.

J'ai longuement analysé, dans mon Cours (fantiquités et dans mon Histoire de C architecture, los arguments employés par les diverses écoles. On peut consulter ce que j'en ai dit.

(1) Parmi ces opinions sincuUbres est celle de Warbiuton, qui a cherché l'origine du style ogival duns les voûtes naturelles formées par les arbres sécu* laires des forêts, frappe' de rannlofiie que présentent les grandes avenues d'arbres avec les nefs des églises h ogives, dont la décoration est eniprui.lée au règne végétal. Ce savant croyait iiinsi avoir trouvé l'origine du système ogival, sans prendre garde que des innovations successives avaient de longue main préparé la révolution qui éclata aa XIII* siècle.

390 DE CAUMONT. ABÉCKDAIKE d'aRCHÉOLOGIE.

Si l'ogive était employée en Orient avant le XII' siècle, ce qui parait contraire aux observalionfi les plus consciencieuses, Tusâge n'en était pas général, puisque des églises élevées dans le XII' par des artistes renommés, les cathédrales de Pise, de Pa\ie, de Vérone, érigées vers le même temps a\cc le concours d'architectes étrangers, offrent toutes un style analogue à celui qui régnait chez nous dans le XI*^ siècle. Bien d'autres faits prouvent que le style roman était usité à Byzance, cl dans l'empire grec, au XII* siècle.

Nous pouvons conclure que si l'arc en tiers-point avait été imitié des monuments de l'Orient, ce que personne n'a pu démontrer et ce que îiient aujourd'hui tes meilleurs observateurs, le style ogival a subi, dans le nord de l'Europe, une méthamorphose presque complète.

C'estlà,évidemment, qu'il a pris les formes excessivement élancées qui le caractérisent dès le XII* siècle, et qu'il a dé\eloppé ces moyens d'exécution vraiment merveilleux qui excitent notre admiration. C'est là qu'il s'est revêtu d'une omemeutaiion végétale inconnue auparavaoL

Les causes qui ont déterminé la création du st}le ogival sont plus complexes qu'on ne l'a pensé jusqu'ici. Ceux qui ont fait des recherches sur l'origine de celte architecture se sont attachés à Cv-rtains caractères isolés, sans examiner avec assez d'attention l'ensemble des éléments qui la composent, et sans tenir compte des innovations successives qui en avaient fort ancienn( ment préparé la naissance.

Plus on avance dans l'élude des monuments du moyen-age, plus on demeure convaincu que l'orchileclure ogivale s'est développée sous l'innuence des conceptions de nos artistes indigènes.

C'est donc, je le crois, en Occiue ht qie s'est fobmé le style ocital. Quand on voit de près l'arcInU^clure du XllI* siècle et de la fin du XII"", on reconnaît que l'ogive a été commandée par les besoins ri l'expérience. La poussée dis voûli s à plein-cinlre sur les murs latéraux, et la solidité qu'il fallait leur donner pour qu'ils passent résister à cette poussée, excluaient r luvcrture des larges fenêtres; les églises élaienl somhri'S et lourdes.

On trouva dans l'arc brisé ou o ive un moyen de diminuer cette poussée, et ce fut le principal motif de l'abandon de l'arc à plciocintre pour l'arc aigu. En même temps, on dirigea le poids de la pous'^éo sur (les parties garnies de (ontrcforis et soutenues par des arcs-boutanis : alors on put allé};er les murs et percer de larges ouvertures entre les piles sur lesquelles portait le poids des voûtes.

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Du resic, on aurait grand tort de confondre Cogive avec le siyle ogival. La question de l'origine de l'ogive, si on Tisolait des autres caractères du système architectonique qui prévalut en même temps qu'elle, sbuait une question oisiîuse ; et eût-on résolu la question de l'invention de L'are en tiers-point^ on n'en aérait -pas moins incertain sur Vorigine du style ogival.

J'ai établi, il y a longtemps, que les premiers essais ont été faits d'abord dans les contrées qui avaient peu de monuments romains, et particulièrement dans l'Ile-de-France, la Normandie et l'Angleterre. Nous verrons bientôt la preuve de ce fait dans le développement précoce que prit le style ogival dans les mêmes contrées.

Le style ogival a-t-it prévalu en rncrne temps dans toutes les provinces de France ? Non ; des églises romanes ont été bâties dans certaines contrées, lorsque l'architecture ogivale régnait déjà sans partage dans d'autres, et l'architecture à plein-cintre n'a pas été partout abandonnée au commencement du XIII* siècle. Ainsi le Midi et plusieurs autres contrées de la France ont conservé fort longtemps, et quelquefois jusqu'au XIV'' siècle^ le style roman de transition; les innovations ont été tardives dans un pays, rapides dans un autre, et l'on aurait loi l de vouloir toujours régler les progrès variables de l'art sur la marche uniforme du temps.

En résumé, l'ogive a été usitée dès la première moitié du XII" siècle dans la France occidentale : il est impossible de faire remonter moins loin quelques parties de l'église de Chartres et plusieurs autres édifices dans lesquels l'ogive domine.

Il n'en est pas moins vrai que l'architecture romane a régné longtemps encore concurremment avec ce nouveau style et que, même dans les contrées où ce dernier a prédominé, l'arc en tiers-point ne triompha complètement du cintre qu'à la fin du XIII^ siècle. Il faut donc assigner comme terme moyen à l'architecture de transition, la période comprise entre le XI* siècle et le XIII*, dans le centre, le nord et le nord-ouest de la France.

Sur les bords du Rhin, dans la Lorraine, le Lyonnais, le midi de la France, et dans d'autres contrées, le roman de transition a i'fr-

SISTÉ JCSQU'a la fin DU XIII* SIÈCLB.

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