‹ Abécédaire ou rudiment d'archéologieChapitre 8 sur 113 · ÈRE ROMANE PRIMITIVE (PILASTRES ET COLONNES · texte numérisé non relu

ÈRE ROMANE PRIMITIVE (PILASTRES ET COLONNES

ceux qui décoraient la première basilique chrétienne élevée à Nantes. Ce chapiteau, d'un volume considérable, devait appartenir

Nau dei.

CN DES CnAPlTEACX DE LA PREMIÈRE BASILIQUE DE ^A^TE8.

à une colonne d'un grand diamètre, et l'on peut, avec ce fragment, se faire une idée de ce qu'était la cathédrale mérovingienne de Nantes.

DE CAUUONT. ABÉCÉDAIRE D'aRCHÉOLOGIE.

Les chapiteaux de l'église souterraine de St-Laurent, à Grenoble, sont aussi caractéristiques que possible des premiers siècles du cbrislia-

DIETRICH l^ DES CUAP1TB4CX MÉbOVIKGIENS UE SW>T-L«lfiEM, A CRE:iOBLE.

nisme : parmi les sujets sculptés qu'on y voit » soit sur la corbeille, soit sur le tailloir , on remarque deux oiseaux devant la croix portant au bec une palme ou un épi de blé ; deux agneaux en regard sous un arbre, sujet répi-tt' sur des nionunirnls du Vl" siècle ù Raveune ; un

ÈRE ROMANK PRIMITIVE ( CHAPITEAUX )

vase d'où sortent des pompres ; les mêmes sujets sont souvent répétés sur les chapiteaux , en regard les uns des autres.

La crypte de St-Bricc , dans les faubourgs de Chartres , qui a été consiruile sur l'emplacement du premier sanctuaire chrétien de cette ville, offre un chapiteau provenant du premier oratoire et qui est absolument pareil au chapiteau de Jouarre ( figuré p. 12).

Le chapiteau qui suit est tiré du baptistère de St-Jenn, à Poitiers, un des monuments les plus remarquables de l'époque mérovingienne.

CK DES f.lHriTEACI M^KOVI^G|E^S Dl BAPTISTERE S\INT-JE\:\ DE POITimS.

J'ai trouvé, dans le musée lapidaire de Nantes, un chapiteau trèscertainement d'une époque reculée, qui provient, m'a-l-on dit, de la reconstruction d'une portion de l'église de Vertou , près de cette ville : la partie refaite était , à ce qu'il paraît, du XII*' siècle ; mais dans la maçonnerie se sont trouvés les débris d'une église bien plus un^ienne, et très-probablement celle du monastère de Vertou , qui existait dès le VI« siècle (1).

(1) Saint Martin, fondateur du monastère de Vertou , naquit à Nantes vers l'an 527 : après avoir visité les principaux monastères de l'Europe, il se retira a Vertou où le bruit de ses vertus attiia d»; nombreux disciples; il leur imposa une règle se'vère et bâtit un mor.astète qu'il dédia à saint Jean-Baptiste. Après avoir gouverné, pendant de longues années, ses compagnons, dont le nombre S"éleva jusqu'à trois cents , saint Martin mourut, à Vertou, le 24 octobre 601. {Vie def! snittls du Poitou , par M. de Chergé. )

DE CAUMONT. ABECEDAIRE D ARCHEOI.OGFE.

Le chapiteau suivant, que j*ai vu au musée d'Arles, parait aussi avoir appartenu à un monument chrétien des premiers siècles.

J'ai retrouvé ce chapiteau composite ailleurs, et toujours attribué à de très-anciennes constructions religieuses. Le chapiteau suivant se voit dans la crjptede St-Germain d'Auxerrc,

r\ ors rntriTJMX ok i\ inMir dk s»i>T-ùERji»n u «rxiRBE.

Je pourrais citer beaucoup d'autres chapiteaux anciens, notamment

le suivant, que l'on voit dans le baptistère St-Jean, à Poitiers;

mais il faut se borner à des indications.

Entablement.

SOUVENT on supprima les frises et les architraves , pour ne conserver que des corniches , supportées quelquefois par des consoles ou modillons.

Dans bien des monuments, ces modillons ne portaient aucun ornement et figuraient simplement rextrémilé d'une poutre taillée en biseau. Les modillons offraient aussi beaucoup de rapport avec ceux que Ton volt dans les monuments romains des derniers temps, et même dans ceux du III* siècle : les bains de Dioclétien , à Rome, en présentent qui ressemblent tout-à-fait à ceux de nos anciennes églises,

[Fenêtres.

HABITUELLEMENT Ics fcuêtrcs n'offraicnt pas de colonnes à rexlérieur, et le cintre qui les couronnait reposait presque constamment sur les pieds-droits de la maçonnerie. Ce cintre, lui-même, était d'une grande

DE CAL'MONT. ABKCKUAIUE D AnCni.OLOGFK

sinipiicilé et rarement décoré de moulures; on n'y voyait, le plus ordinairement, qu'un rang de pierres symétriques.

Quelquefois ces pierres étaient séparées les unes des autres par deux briques, accolées et disposées suivant le système que Ton observait dons beaucoup de constructions romaines [i).

IPortes et arcades.

I ^p. cintre des portes reposait ordinairement sur de simples pieds-

rOUTE DE l'fOLISB SUKT-ECSÈBE , A GEMMES ( M u:< E-ET-lOllt ).

(I) V, la deuxibme partie de mon Cours d'antiquités.

ÈRE ROMANE PRIMITIVE (PORTES ET ARCADEs). 19

droits ou pilastres , plus rarement sur des colonnes. Presque toujours une porte carrée était ouverte au milieu de l'arcade principale.

On appelle tympan l'espace compris entre la porte carrée et l'arc cintré; il était rempli, tantôt en petit appareil simple ou réticulé, tantôt par l'image de la croix ou par quelqu'autre bas-relief. Les sujets symboliques ont été souvent sculptés sur les tympans mérovingiens.

TïMPaN rempli PAn CN PKTIT APPAIIEIL 4VEC CDAISE DE BRIQUES.

Le tympan de l'église St-Pierre de Vienne est orné d'une croix formée de briques incrustées entre deux fronlons triangulaires ( V. la page suiv.).

Les arcades qui mettaient la nef en communication avec les ailes n'offraient le plus souvent que des pierres symétriques , quelquefois séparées les unes des autres par des briques, suivant le système du temps ; mais la grande arcade qui était au milieu des transepts , entre le chœur et la nef, était quelquefois ornée d'incrustations et de moulures. Elle portait , dans les premières églises, le nom d'arc triomphal, parce qu'elle ressemblait à un arc-de-triomphe,

!Mou.lures.

IL serait difficile, en considérant le peu de monuments anciens qui nous restent, de donner l'énuméralion complète des moulures employées dans la décoration des édifices religieux de la première époque. On peut affirmer, cependant, qu'elles furent assez variées et imitées de celles qui décoraient les édifices arUérieurs.

Dl-: CAUMONT. ABÉCKDAIRE d'aRCHÉOLOGIE.

Voici d'abord quelques spécimens de moulures mérovingiennes qui existent au musée lapidaire de Lyon; ce |sont des sculptures très-

rT

CUJtETKiCU.

MOCLCBES MLROVINf.lENSES DE SAINT-IKÉNÉE , k LTOH.

intéressantes qui furent trouvées en iS2lx à St-Irénée, ainsi que nous l'apprend le catalogue du musée ; ces moulures sur tables de marbre blanc étaient, vraisemblablement, appliquées contre des murs pour la décoration intérieure : on y voit des rosaces à fleurons en méplat, dont quelques-uns sont cloisonnés, des entrelacs, des palmes et d'autres figures. Les figures que j'appelle cloisonnées sont formées par des lignes en relief qui offrent ainsi quelques rapports avec les

22 Dli CAUMONT. ABÉCÉDAIRE d'aRCHÉOLOGIE.

cloisons mélalliques qui forment les alvéoles dans lesquelles sont mainlenues les pierres de couleur des bijoux mérovingiens. C'est un ca-

MOILCRES MÉnOVIAC.lE>>FS l)F. SUM-IBEHIE, A LTO>.

raclère que j'ai remarqué dans plusieurs ornements sculptés de celle époque.

KRE ROMANE PRIMITIVE ( MOL'I.Cnns ).

D'autres tables de marbre sculptées , se rapportant à la môme période, existent dans la crypte de St-Seurin de Bordeaux, et je puis aussi en offrir un dessin d'autant plus exact qu'il a été fait par

MODLCHES MtnOVi:<CIENNES, A SVIXT SKlilUN DE IIOKDEMX

M. LéoDrouyn, d'après les moulages que nous devons à M. l'arcliitecte Durand , membre de la Société française d'archéologie.

DE CAUMONT. ABÉCÉDAIRE D*ARCHÉOLOGIE

MODLCRES HEROTINGIEKKES , A SAIMT-SErRIN DE BORDEAUX.

Ces plaques de marbre ont pu faire partie de la balustrade d'un sanctuaire , ou décorer le pourtour d'une abside.

Je trouve, dans l'ouvraiçe de M. Albert Le Noir, une esquisse des clôtures du chœur de Ste-Marie-Translevère , qui se composaient de tables de marbre couvertes d'ornements, et qui ont été employées dans le pavage lors de la reconstruction de cette basilique au XII*

siècle ; on voit que ces plaques ont beaucoup de ressemblance avec celles de St-Seurln de Bordeaux.

UOULCRES TIREF.6 A SllnTE-MARIE TRANSTEVEBE , A ROUE.

Un de CCS ornements a le plus frappant rapport avec d'autres moulures mérovingiennes et qui se trouvent aujourd'hui dans le mur de l'église de Bayon (Gironde) , où elles ont élé dessinées par M. Léo Droiiyn, sur l'indication de M. Paul de Chasteigner auquel on en doit la conservation (V. la page suivante).

Je regarde comme appartenant aussi à l'ère mérovingienne les moulures qui proviennent des fouilles faites dans l'intéressante église de

DE CAUMONT. ABÉCÉDAlRt: d'aRCDÉOF.OGIE.

MOCLinFS >ILnOVnG|F.n>ES DA^S L'ÉGU^E 1)1 BATON ((.IROnOE).

St-Pierrc , à Vienne : ce sont des enlacemenls gracieusement agencés

MOBLCRES MKHOVINGIENNES DE SAIM-PIEBBE DE VIE.NSE.

dont le dessin se reproduit souvent dans les plus anciens édifices romans. La rosace suivante , dont un cercle et des entrelacs à quatre

DE CAUMONT, ABÉCÉDAIRE d'aRCHÉOLOGIE.

pétales dessinent le contour et les formes principales, s'est retrouvée plusieurs fois au milieu de débris appartenant à la période romane primitive. Les mêmes combinaisons se rencontrent souvent sur des agrafes et des objets en métal de l'époque mérovingienne.

Les pilastres cannelés, la croix et rentobleuient qui décorent les parois de lu crypte renfermant le tombeau de saint Quentin, sont encore des sculptures mérovingiennes.

SCILPTCEES MÉB0V1^GU^NES , k SilAT-QC£Mi:i.

ÈRE ROMANE PRIMITIVE (mODLCREs).

II existe, à l'église St-Jean de Poitiers, des tables de pierres sculptées incrustées dans la maçonnerie entre les fenêtres, et dont la partie supérieure est taillée en forme de fronton. Les moulures en méplat qui ornent ces pièces, d'une date à peu près certaine, montrent aussi la manière des sculpteurs mérovingiens.

Ce sont des rosaces ù lobes arrondis ou lancéolés ou cloisonnés,

des bordures formées de perles allongées et de toi-sades : combinaisons que j'ai souvent retrouvées dans les objets d'art de cette époque.

DE CAUMONT. ABÉCÉDAIRE d' ARCHÉOLOGIE.

Arcatures et frontons, ornements divers.

T^URANT l'ère mérovingienne, les niches et les fausses fenêtres \/ surmontées d'un fronton triangulaire, les arcatures , etc., etc., furent encore employées comme éléments de décoration.

On peut affirmer que les dessins des pavés en mosaïque de l'ère gallo-romaine ont fourni des éléments de décoration aux sculpteurs mérovingiens. Les formes symétriques dessinées pour ces pavés n'offraient pas de grandes difficultés à ceux qui les traduisaient sur la pierre au moyen du ciseau.

MOSAÏQUES GALLO-ROMAINES REPKODVITES kV MOYEN- vr.C.

IM1TATI0:<S DES DESSINS OB LA MOSAigiF. PRECEDFNTE,

Tncru-Station de couleur.

ON trouve dans les incrustations en pierre de couleur, en marbre et en terre cuile, des motifs nombreux de décoration 5 Pinlérieur et à l'extérieur des monuments des premiers siècles du moyen-âge.

La terre cuile était plus particulièrement employée à la décoration extérieure. Les marbres servaient à la décoration intérieure.

Durant la période mérovingienne , les marbres des monuments romains, alors très-nombreux encore, ont été exploités pour la décoration des églises. Les fûts de colonnes étaient rajustés et utilisés toutes les

Bouet del.

nCRCSTATIOXS ES TERRE CtlTE DA^S lE MUR DE l'ÉGLISF SAINT-PIERRE , A VIENNE.

fois qu'on pouvait s'en procurer, aussi bien que les autres matériaux précieux des ruines gallo-romaines.

Mosaïq'ues.

Fi

l'intérieur , les murs étaient plaqués de miirbre , couverts de peintures, incrustés des plus riches mosaïques.

DE CAUMONT. ABÉCÉDAIRE D'ARCHKOLOGIE

Ces mosaïques, principalement employées pour la décoration des absides, des murs latéraux, etc., etc., étaient formées de petits cubes en émail opaque de différentes couleurs et souvent dorés. Le bleu, le vert, le noir, le rose, le blanc , le brun, le grisâtre , sont les couleurs qu'on a le plus employées dans la composition des tableaux ainsi formés de fragments vitrifiés.

Nous n'avons plus en France qu'une de ces belles mosaïques en verre, bien qu'elles y aient été nombreuses durant l'ère mérovingienne, ainsi que le prouvent des témoignages incontestables ; c'est celle de Germinyles-Prés, que l'on croit du 1X« siècle, comme l'église où elle se trouve; mais l'Italie nous en montre encore un certain nombre. Nous donnons, comme spécimen des mosaïques de St-Vilal de Ravenne, les tableaux qui ornent les deux côtés de la travée qui précède l'abside et qui forme le chœur de celte église ronde, bàlie vers le milieu du VI* siècle. C'est, du côté de l'évangile, l'empereur Théodose, et l'évêque saint Maximien, accompagné d'un certain nombre de personnages. Le nom de l'évêque est inscrit au-dessus de sa tête : maximianvs.

L'Empereur, le diadème en tôle, tient entre ses mains un vase d'or, indiquant probablement les présents qu'il fait à la nouvelle église ; par-dessus une longue robe blanche il est revêtu du manteau impérial, de couleur violette, orné de broderies d'or. Outre le diadème

qui orne sa tête , un nimbe indique sa puissance , car on sait que les iconographes d'Orient donnent cet attribut à tous ceux qui iiarticipent à la sainteté de Dieu ou à sa puissance.

kRE ROMANE PRIMITIVE ( MOSAÏQUES ).

A gauche de l'Empereur, le ponlife saint Maximien, sans nimbe, est revêtu d'un vêtement blanc et de la casula d'or ; un manteau blanc garni de croix couvre ses épaules ; il lient dans la main droite une croix enriciiie de pierres précieuses. A la gauche de Tévêque sont deux personnages avec des vêtements blancs, recouverts d'espèces de dalmatiques : on dirait un diacre et un sous-diacre. Le premier porte un livre d'or enrichi de perles, et l'autre un vase de couleur violette, soutenu par trois chaînes, qu'on peut considérer comme un encensoir,

L'Empereur est entouré d'un plus grand nombre de personnages ; ce sont d'abord trois courtisans, revêtus de la chlamyde, retenue sur l'épaule droite ; puis quatre guerriers , armés de la lance, portant des vêtements verts; un d'eux, leur chef, tient un magnifique bouclier orné de pierres précieuses, timbré du monogramme du Christ, aussi garni de perles ; ses vêtements sont plus riches que ceux des autres.

Du côté de l'épître, c'est l'impératrice Théodora entrant dans le temple. On voit la fontaine jaiilissanle servant aux puritications, et deux courtisans précédant la princesse; l'un d'eux soulève la courtine de la porte ; l'impératrice lient aussi le vase où sont déposés ses pré-

sents ; elle est nimbée comme Justinien. Des perles ruissellent de son diadème et viennent se confondre avec le riche collier qui orne sa poitrine; elle porte une robe blanche sous un riche manteau violet, chargé de broderies d'or. On voit, ù sa suite, huit dames d'autant plus

34 DE CAUMONT. ABÉCÉDAIRK d'aRCUKOLOGIE.

richement costumées qu'elles sont plus près de la princesse ; les couleurs varient en se mariant admirablement : ce sont des manteaux violets recouverts de fleurs d'or, des manteaux au fond blanc avec des feuillages verts; ce sont des robes vertes, blanches, ou de pourpre, rehaussées d'ornements variés (1).

Les mosaïques de St-Apollinaire intra muros ne sont pas moins curieuses que celles deSt-Vital ; on en fixe la date dans la deuxième moitié du VI« siècle.

Une frise d'une grande richesse, dont je présente le dessin très-réduit, règne de chaque côlé de la nef principale, au-dessus des colonnes.

A droite en entrant, c'est la cité de Favenne; au-dessus de la porte de la ville on lit les mots civitas rav. A celte porte se trouve joint le palais orné de colonnes et d'arcades ; de riches courtines courent d'une colonne à l'autre; au centre de ce magnifique édifice s'élève un fronton sur lequel ou lit palativm. De là semble partir une longue procession de martyrs nimbés, ayant à la main une couronne. Leurs noms sont inscrits au-dessus de leur tête ; un palmier, symbole de la justice et de la victoire, les sépare les uns des autres. Ils sont au nombre de vingt-trois ; ils se dirigent vers le Sauveur , assis sur un riche trône et environné de quatre anges. Jésus-Christ porte le nimbe crucifère; c'est la première fois que nous le rencontrons ainsi dans les mosaïques de Ravenne. Les anges, nimbés et ailés, tiennent une longue verge à la main. Une partie de ce dernier tableau de la mosaïque est fortement endommagée.

Il n'est peut-être pas hors de propos d'indiquer ici les noms des saints qui composent cette frise , en conservant le rang qu'ils occupent :

Saint Clément, saint Just, saint Laurent, saint Hippolyte, saint Corneille, saint Cyprien , saint Cassicn, saint Jean, saint Paul, saint Vital, saint Gervais, saint i'rolais, saint Ursicin, saint Apollinaire, saint Sébastien, saint Dimiler, saint Polycarpe, saint Vincent, saint Chrysogone, saint Protue, saint , saint Sabin.

A gauche, c'est une autre procession de saintes martyres, vierges et femmes, tenant toutes aussi des couronnes à la main, et séparées

(1) V. dans le Bulletin monumental, t. XXV, p. 67S et suiv., la description des mosaïques de Uavenne par Mg»" Ciosnler, protoiiotiiive apostolique , viciilrc Relierai de Nevers.

fcP.K ROMAM<: rniMITIVR ( MOSAÏQUi'S).

-cppbmn^cr

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36 DE CAUMONT. ABÉCÉDAIRE d'aRCHÉOLOGIE.

de môme par des palmiers (V. la page suivante). Leur têle est ornée du nimbe. Ou dirait qu'elles sortent de la ville de Classisy dont on voit la porte et une partie de la citadelle jointe au port, pour suivre les rois Mages qui vont offrir leurs présents au Sauveur. Marie est assise sur un riche siège, elle a sur ses genoux le saint I:;nfant portant le nimbe crucifère; elle semble lui montrer ceux et celles qui viennent le visiter. Quatre anges, tenant aussi de longues baguettes, environnent le trône de Marie. Les trois Mages portent en tête de riches diadèmes, indice de leur royauté ; toui les trois ont un manteau d'hermine , mais leurs autres vêtements varient : on voit qu'ils ne sont pas partis du même pays. Le second est un Nègre , moins richement costumé que les autres ; tous les trois présentent des boîles , plus ou moins ornées, qui renferment leurs présents (1).

M. Barbet de Jouy, conservateur-adjoint des antiques et de la sculpture moderne au Musée impérial du Louvre, a fait paraître un livre d'un grand intérêt qui épargnera bien des inquiétudes, bien des lûlonncments à ceux qui visiteront la ville de Rome : c'est la description des mosaïques chrétiennes de celle ville , groupées chronologiquement. Je regrette beaucoup, pour ma part, de n'avoir pas eu, quand j'ai visité Rome , le livre de M. Barbet de Jouy : je cherchais de tous côlés les renseignements précieux qu'il nous donne , et je ne les trouvais nulle part.

c Les premières mosaïques chrétiennes de Rome, dit M. de Jouy , datent du IV* siècle, celles qui, exécutées publiquement sous la protection de l'empereur Constantin, ont toujours vu le jour, car assurément les cimetières souterrains en possèdent d'antérieures ; les plus rapprochées des temps primitifs sont les mosaïques du baptistère de S"-Constance , que Constantin créa à la demande de sa sœur , et où celle-ci reçut le baplême avec la fille de l'empereur (V, le plan figuré page 8). Jésus-Christ y est représenté deux fois, et l'une des deux compositions où , assis sur le globe du monde , il remet les clefs à l'apôtre saint Pierre , existe peinte dans la catacombe dite Platonia. Dans la mosaïque et la fresque, la disposition, l'aclion et le mouvement sont semblables , la pose de saint Pierre est identique ; mais l'expression des têtes diffère complèlement , et tout l'avantage est du côlé de la peinture empreinte d'une exquise

(I) V. dans le Bitlletùi monumcnljl la description des autres parties des mosaïques de Ravcnnc, par Mg'' Crosnicr, de Kcvsrs

38 DE CALMONT. ABÉCÉDAIRE D AttCHtOLOGlE.

douceur. 11 semble que le mosaïste de S'^-Conslance n'eût poiut encore perdu rhabitude de faire lu têle de Jupiter : son œuvre u'a de clirctien que le sujet et le costume; elle accuse une main mal exercée et une époque de décadence.

« L'origine des mosaïques se confond avec l'histoire des peuples de l'Asie ; on connaît l'emploi qu'en ont fait les Grecs en Orient.

K Lorsque le luxe des Romains se développa dans les derniers temps de la République et sous les premiers empereurs, les mosaïques s'étendirent du sol sur les murs ; et en raison de cette destination nouvelle, les matières qui les composaient pouvant être modiPiées, des cubes de verre coloré furent substitués aux diverses nuances du silei et du marbre. Pline et Senèque parlent de ces mosaïques en verre ; mieux encore que tous les textes, les fouilles du royaume de Naples nous ont rendu ces brillantes ornementations de l'antiquité: le musée Bourbon conserve de grands pilastres et des pans de murailles décorés en cubes de verre coloré; et des voûtes semblables, qui ont abrité des fontaines, sont encore à leur place, dans la ville de Pompéi.

a Lorsque Constantin appliqua à la décoration des églises, et à l'expression des idées nouvelles, le revêtement en mosuïques dont l'emploi devint, à Constantinople comme à Rome, général et bientôt exclusif, cette branche de l'art avait accompli une première carrière et subi la loi de dépérissement commune ù toutes les autres. »

On voit, par ce peu de mois, comment la mosaïque était devenue, avec lu peinture, un des éléments les plus considérables de la décoration intérieure dans les premiers siècles du christianisme, et les exemples peu nombreux, mais très-importants, que je viens de citer, suffisent pourédifier sur ce point. Je ne puis que renvoyer à l'ouvrage de M. Barbet de Jouy pour les exemples qui existent à Rome. J'ai cité, ailleurs, les mosaïques de la cathédrale de Trieste et une mosaïque ù Milan, comme remontant, probablement, aux premiers siècles du christianisme.

Il me reste à dire que, dans les premiers siècles du christianisme, les tableaux en mosaïque et les peintures à fresque représentaient le Christ, les Apôlrcs ou d'autres personnages, tantôt sous leur forme véritable, tantôt sous diverses formes emblématiques dont l'usage fut consacré, à partir du V* siècle.

ÈRK ROMANE PRIMITIVE ( PAVliS ).

Ainsi le Sauveur est souvent figuré par un agneau élevé sur un tertre d'où sortent quatre fleuves, et auquel rendent hommage douze autres moutons représentant les douze Apôtres.

L'agneau, seul avec la croix, représente Jésus- Christ.

Tout le monde sait que la figure du Bon-Pasteur, portant un agneau sur ses épaules et tenant à la main la houlette ou pediim, est l'image de la communauté chrétienne.

Le bœuf, l'ange, l'aigle et le lion furent très-anciennement, sans que je puisse assigner l'époque, les symboles des quatre Évangélistes.

Plusieurs autres animaux expriment des idées symboliques. Les colombes sont prises pour Timage de la pureté et de la douceur chrétienne; le poon ou le phénix sont l'emblème de l'immorlalilé de Tàme et de la félicité éternelle; les cerfs ou les daims, qui viennent se désaltérer à une fontaine, figurent les chrétiens aspirant aux eaux vivifiantes.

Les poissons étaient emblématiques de la qualité de chrétien.

Outre les ornements sculptés et peints sur les murs, on voyait encore dans les églises des tentures en étoffes plus ou moins riches.

Ou suspendait des rideaux aux balustrades qui entouraient le sanctuaire, aux arcades des nefs, etc. (1).

Les portes elles-mêmes étaient fermées au moyen de rideaux, dont la tradition s'est conservée jusqu'à nos jours, en Italie, dans ces pesantes tentures qu'il faut soulever et pousser devant soi pour pénétrer dans les églises.

P*avés,

JE viens de dire que des mosaïques à fond d'or décoraient souvent les voûtes et les murs des premières églises chrétiennes : les pavés de ces églises étaient aussi en mosaïques analogues à celles de l'époque gallo-romaine. On en trouve quelques débris sous les pavés actuels de

(1) Anastasc-le-Bibliothécaire parle souvent des rideaux qui décoraient les différentes parties des églises.

DE CAUMONT. AUlîiCÉDAlRE d'aRCHÉOLOGIE.

certaines église» , el lorsqu'on creusa Je sol de la nef de St-Hilaire , à Poitiers, on découvrit deux fragments de mosaïques, dont M, de Longuemur a donné la description et qu'il croit de deux époques, tout en les rapportant l'un et l'autre ù une période comprise entre e Vie siècle et le IX''.

FRACHKST DES MOSAIQCFS DE SAI^T-11ILAIRE DE POITIERS.

Les mosaïques durent êlre un pnvé de luxe , réservé aux sanctuaires et aux parties les plus vénérées des églises, telles que celles où se trouvaient l'autel et des tombeaux de saints. Dansce cas, elles pouvaient offrir exceptionnellement , comme celles des murs , des cubes dorés ; mais ces derniers étaient habituellement réservés aux parties élevées.

Au reste , les carreaux de pierre et de terre cuite , et surtout les aires en ciment mêlé de fragments de pierre dure ou de marbre , durent être le plus habituellement employés comme pavage, du V* au X^ siècle. Ces aires avaient été communes aussi , durant l'ère galloromaine , pour les constructions publiques et privées , ainsi que le prouvent les nombreux [débris qui nous restent.

Quelques pavés anciens se composent de fragments de marbre, de porphyre et d'autres matériaux précieux incrustés dans une aire de ciment : c'est ce qu'on appelle I'u/jms Alcxandrinum,

Autels.

^> ANS les premiers temps de l'Église , les autels étaient souvent en >/ bois, ainsi que le prouvent un grand nombre de faits et d'autorités; les uns ressembluient à une espèce de coffre qui pouvait s'ouvrir et se fermer ; d'autres devaient offrir simplement l'image d'une table carrée. Mais le 26« canon du Concile d'Épone, tenu l'an 517 , la k^ année du pontificat du pape Hormisdas , ordonna de ne consacrer à l'avenir que des autels en pierre , et quoique celle prescription n'ait pas été constamment suivie, on s'y conforma la plupart du temps, et les exceptions furent assez rares.

Les plus anciens autels de pierre furent carrés, le plus souvent composés d'une table portée sur un pédicule central et sur des colonnes habituellement au nombre de quatre, quelquefois au nombre de six. D'autres autels étaient formés de planches en marbre et offraient l'image d'un coffre. 11 y eut aussi des sarcopheigcs de marbre transformés en autels.

Quelques aulcls étaient revêtus de lames d'or cl d'argent, et incrustés de pierres précieuses : tous étaient couverts d'étoffes plus ou moins riches, souvent relevées par des broderies dont quelques-unes reproduisaient de pieuses images. Rien n'est plus intéressant à lire que les descriptions , données par Anastase-le-Bibliothécaire, de ces riches surtouts d'autels.

Les autels étaient surmontés de ciboires ; on appelait ainsi un dais ou baldaquin supporté par des colonnes.

iuiiiiiiiniiiiiiiiMiiiiiiiimiiiiniiiiiiuliiili!liii.Hi|j iiiiiniiiiiiiiiiiiiiMiiM"iMmiii'iiiiiM"mïï;iiiiiiiiiri

Les ciboires étaient d'une grande magnificence dans les églises les

42 DE CAUMONT. ABKCEDAinK d'aRCHÉOLOGIIÎ.

plus imporlanlcs. Celui que le pape Giégoire 1" liL élever à Si-Picrre de Rome était, d'après Anaslase-le-Bibiiothécoire , sur des colonnes en argent massif.

Devant l'autel on plaçait des espèces de lustres dont parle souvent Anaslase-le-Bibliotl)écaire, et qui portaient les noms de Pharoy Pliaracnnihara , Coiomv, Les phares et les couronnes offraient des cercles d'un diamètre plus ou moins considérable, dont le pourtour était chargé de cierges ou de lanternes, et qui étaient suspendus au moven de chaînes ou de cordons fixés à la voùie ; l'usage s'en est perpétué longtemps dans les églises de France.

Il est probable qu'il n'y eut d'abord qu'un autel dans chaque église ; mais bientôt on en établit plusieurs. Grégoire de Tours , parlant de l'église de Breine au diocèse de Soissons , dit qu'il y célébra la messe sur trois autels dilTércnts. Le pape Grégoire-le-Grand , qui vivait au VI* siècle , cite une église dans laquelle il y en avait jusqu'à treize. Enfin Mabillon prouve, par des autorités incontestables, que la pluralité des autels avait commencé de bonne heure. Cependant il faut remarquer que, jusqu'au XIP siècle, beaucoup d'églises n'eurent que quatre ou cinq autels.

Il existe en France un petit nombre d'autels antérieurs au IX« siècle.

On peut citer l'autel du Ham, table en pierre chargée d'inscriptions, déposée à la Biblioliièque de Valognes, et que j'ai décrite dans mou Cours (rantiquités, t. VI, pages 137 et suiv. : c'est une table en pierre, d'un seul morceau, bordée d'une moulure saillante et portant une inscription attestant qu'il avait été érigé au VII* siècle sous l'épiscopat de saint Fromont, évêquc de Coutances (V. la page suivante) ; une croii ancrée gravée au trait orne le centre de la table ; des croix nimbées occupent chaque angle de la partie concave de cette table. Tous les autels anciens ont, comme celui du Ham, un encadrement saillant ; c'est un caractère certain, je crois, des autels antérieurs au XII« siècle ou au XI*^. On peut citer encore un autel très-étroit, porté sur quatre colonnes et un piveau central , que j'ai remarqué dans l'église de Tarascou ; enfin quelques autels cubiques fort anciens, mais dont la date est incertaine.

Autels portatifs. — Outre les autels ordinaires, il y avait dans quelques églises des autels portatifs : c'étaient des morceaux de marbre ou de bois incrustés de métaux, d'ivoire, etc., etc., de 1 pied sur tous sens envirou, et parfois encadrés dans un cercle de métal ayant une

ÏHE PARTIE DE L4 TABLE UE l'aCTEL UD UAM UÉPOSÉE A LA B1BLI0TUÈ<>IE DE VALOONES.

44 DE CAUMONT. ABÉCÉDAIRK D'ARCnÉOf.OGlE.

poignée. On trouve ces aiulels mentionnés dans des conciles, des chartes, etc., sous les dénominations suivantes : altare viaticunit portatile^ gestatorium, lapis portatilis. On les appelait aussi tables ou autels itinéraires, altaria itinerai'ia, parce qu'on s'en servait principalement en voyage.

Il est probable que ces espèces de pierres sacrées se plaçaient sur des piédestaux, quand elles servaient à la célébration du divin sacriOce.

Baptistères.

LES édifices dans lesquels on administrait le baptême consistaient, à ce qu'il paraît, en deux pièces principales : l'une destinée aux cérémonies préparatoires, l'autre au baplême proprement dit. Ils étaient parfois spacieux et ornés de portiques à colonnes. La piscine sacrée se trouvait au centre ou vers le fond.

Les églises des premiers temps étaient souvent précédées d'une cour, ou atviumy environnée d'une galerie et olfrunt ù peu près l'image d'un cloître.

Quelquefois ce fut au milieu de cette enceinte qu'on plaça la piscine destinée à l'administration du baplême ; mais, plus souvent, elle se trouvait en dehors dans un bâtiment séparé de l'église , placé tantôt en avant de celle-ci, tantôt de côté, et parfois adossé aux parties latérales : beaucoup de baptistères furent aussi à une certaine distance des basiliques et lout-à-fait indépendants de ces dernières.

Les baptistères étaient sous l'invocation de saint Jean-Baptiste, et aussi sous celle de Notre- Dame. La piscine affectait le plus souvent la forme ronde, carrée ou octogone , quelquefois celle d'une croix; on y descendait par ^^^^ ^.^^ nvpT.sTÈKF..

des degrés.

Comme le nombre des baptistères était très-restreint et qu'ils ne pouvaient suffire aux besoins, il fallut plus tard , lorsque les paroisses se multiplièrent , annexer des fonts baptismaux à beaucoup d'églises. Alors la piscine fut placée dans le vestibule ou narlhex des basiliques, près des portes; et, de ce moment, on dut construire peu de baptistères, tout en continuant à se servir de ceux qui existaient.

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