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TROISIÈME PARTIE

Dre Sruvrancrs à ces végétaux qui dans certaines contrées naissent sans culture, et qui, transportés dans d’autres climats, luttent continuellement. contre des agens qui leur sont nuisibles , les abeilles pullulent dans certains lieux, et se conservent avec peine dans d’autres; delà, la nécessité de modifier la culture selon les pays, par rapport à la saison qui règne habituellement. Nulle part les abeilles ne prospèrent mieux que là, où la terre humectée pendant la nuit par d’abondantes rosées, se couvre de fleurs presque toute l’année; où un ciel, toujours pur en été, ne laisse que rarement précipiter des pluies, qui, inondant les campagnes , surprennent ces insectes dans leurs excursions et en font autant de victimes. Les hivers de peu de durée leur évitent la plus

grande partie des fléaux qui détruisent tant d’essaims, l'espoir de nos ruchers.

38. En France, l'incertitude des saisons rend à jamais inconstante la récolte des produits des abeilles; un hiver mou et un été pluvieux perdront un rucher, tandis qu’un hiver sec suivi d’un été qui n'aura de pluies que pour vivifier la nature, seront les plus favorables à ces insectes. Ce sont là des circonstances audessus de la puissance humaine; on ne peut que rarement en modifier les effets; mais il en est d’autres où les bons soins d’un cultivateur et la connaissance parfaite de ce qui peut être pour ou contre les abeilles, sont d’une telle nécessité que lon peut, pour ainsi dire, en doubler les produits. Nous sommes loin sans doute de croire que nous avons poussé l'art de cultiver les abeilles jusqu'à son dernier période de perfection, nous croyons au contraire qu'il est encore susceptible de modifications ; mais du moins, nous donnerons tout ce que notre expérience a pu nous faire acquérir.

Quoique notre climat, en France, soit en général peu propice à la culture de ces insectes; cependant il y a encore certains cantons qui fournissent des quantités considérables de miel

et de cire. Le Languedoc, le Dauphiné, le Gâtinais et la Bretagne en fournissent beaucoup, mais bien différens dans leurs qualités qui participent toujours des végétaux sur lesquels les abeilles les ont recueillis. Le meilleur miel vient de Narbonne et de ses environs, parce que des plantes odoriférantes mellifères y croissent en abondance; après lui, ceux du Gâtinais sont préférés , et bien inférieurs sont ceux de Bretagne. Le miel des environs de Paris équivaut à celui du Gatinais, mais les campagnes n'étant pas cultivées de manière à être aussi avantageuses aux abeilles, ces insectes s'y multiplient moins.

39. Celui qui cultiveles abeilles a quatre choses principales en vue : 1.°une abondante récolte en miel et en cire; 2.° une quantité d’'essaims proportionnée à son rucher; 5.° la qualité du miel et de la cire; 4.° enfin la conservation de son rucher.

4o. Lorsqu'on veut cultiver les abeilles pour en tirer un véritable profit, il faut se rapprocher autant que possible d'un endroit où la nature du pays même , soit de procurer des végétaux fleuris une grande partie de l’année, ce que l’on peut reconnaître par les espèces de plantes qui y croissent, con-

naissant l'époque de leur floraison. Le voisinage des prairies , des forêts surtout, où nonseulement des arbres résineux croissent, mais encore une infinité de labiées , de légumineuses, de malvacées , de borraginées , de personnées et tant d’autres plantes mellifères. La proximité de l’eau est encore nécessaire aux abeilles; elles préfèrent les eaux stagnantes aux eaux courantes, d’ailleurs les vents les précipitent quelquefois dans les grands fleuves où elles périssent. Dans les mares, elles trouvent toujours un brin d'herbe pour se sauver. Après avoir examiné les dispositions naturelles d’un canton, on peut déjà prévoir ce qu’on peut espérer des ruches (a).

(a) Quelques auteurs proposent de planter pour les abeilles , en cherchant toutefois des végétaux qui seraient nécessaires pour l’économie domestique. Outre que cela ne pourrait pas être employé par tous les cullivateurs d’abeilles , nous ne pensons pas qu'on puisse trouver en somme totale beaucoup d'avantage à essayer de changer la nature des productions d'un pays; il vaut mieux, comme nous le conseïllons , cultiver les abeilles dans ceux qui leur produisent naturellement de quoi récolter, et les transporter plutôt elles-mêmes, en certains tems , dans d’autres endroits , lorsque leur canton ne pourrait plus rien leur fournir ; on les ramènerait ensuite. Cette opéra-

tion, qui se pratique en diverses contrées , s'appelle mener et ramener les abeilles du pâturage.

41. Lesdispositions locales d’un pays, quoique bien favorables, doivent être secondées par la bonne exposition des ruches que lon veut exploiter; on appelle rucher la place qu’occupent plusieurs ruches. Le choix d’une forme de ruche influe aussi beaucoup surla quantité des produits des abeïlles ; ainsi que la manière de les exploiter, qui doit être la plus avantageuse pour le propriétaire et la moins désastreuse pour elles. La ruche à l'air libre que nous avons décrite, étant celle dont nous avons fait connaitre la supériorité, sera naturellement celle sur laquelle nous bascrons toutes nos opérations.

42. Les ruches seront rangées sur deux ou trois lignes parallèles, chacune recouverte d’un surtout, et assez éloignées l’une de l’autre pour qu’on puisse facilement tourner autour.

Toutes recevront le soleil levant , et seront tellement disposées qu’elles puissent recevoir encore le soleil couchant; autant que possible, elles devront être dans un jardin , la place qu’elles occuperont devra être sablée, afin que la propreté y règne dans toute son étendue, et qu’on puisse facilement aller et venir sans écraser les abeilles posées sur le sol. Chaque ruche, placée sur un tablier éleve

à un pied du niveau du sol, sera elle-même posée sur quatre petits supports élevés d’un pouce et implantés sur le tablier. ( Quatre forts clous rempliraient convenablement cet objet. } Cette précaution est nécessaire pour permettre aux abeilles de circuler librement sous la case inférieure de leur ruche; on pourra soi-même aussi en expulser les insectes qui s’y réfugicraient (4); ensuite cette élévation donnera plus de facilité pour le maniement

(a) Non-seulement on doit se défier de tous les insectes qui s’établissent dans les ruches , mais encore des animaux plus gros qui viennent auprès d’elles , manger les abeïlles elles-mêmes , tels que les crapauds, la plupart des oiseaux , et sur-tout les mésanges. Les mulots, les rats, les souris, sont également à craindre ; les grosses araignées dévorent les abeilles qui se prennent dans leurs filets ; on dit aussi que le papillon nommé sphinx à tête de mort leur cause de grands dommages ; mais c’est surtout le papillon gris, ou fausse teigne , qui est redoutable pour les ruches closes : cet insecte pénètre dans ces ruches vers le soir; il dépose ses œufs sur les gâteaux : ces œufs éclosent , et leurs larves filent des coques dans lesquelles elles se retirent : ils se propagent si prodigieusement , qu'ils envahissent bientôt toute la ruche dans laquelle is parviennent à s'établir, et la détruisent entièrement en se nourrissant de tous les produits des abeilles ( 14-3,0 ).

de la ruche. Le surtout sera spacieux, bien confectionné ; on évitera conséquemment que ses parois intérieures n’approchent de trop près les cases de la ruche, de crainte que les abeilles n’en prennent plus tard un point d'appui pour leurs alvéoles ; il faut au moins quatre à cinq pouces de distance tout autour.

43. Les ruches placées au second rang, ne devront pas être directement derricre celles du premier ; chaque ruche dela seconde ligne formera un triangle avec les deux du devant, de manière que l'entrée soit aussi libre. S'il y avait un troisième rang , les ruches de celui-ci, par exemple, formeraient un triangle avec celles du second, et seraient absolument visà-vis celles du premier ; mais la distance qui les en séparerait serait assez grande pour que cela ne soit pas nuisible.

4%. Ces ruches devront être à l'abri des grands vents et solidement établies pour résister aux bourrasques dont on ne peut toujours Les préserver. Le lieu dans lequel sera le rucher ne devra pas manquer d’eau , il faudrait en procurer aux abeilles s’il n’y en avait pas : un baquet enfoncé en terre, rempli d’eau et couvert de mousse, pourra très-bien y sup-

pléer. Il devra aussi exister quelques arbres K ire

dans l'endroit même du rucher, non de grands arbres, mais de petits, assez faciles à pouvoir approcher de tous les côtés ; les essaims se fixeront sur ces arbres et seront faciles à recueillir.

45. Ces dispositions sont ordinairement à la portée de toutes les personnes qui veulent cultiver les abeïlles et sont absolument nécessaires pour un rucher ; mais on peut changer la forme de ce rucher , c’est-à-dire, qu’au lieu d’avoir des ruches isolées les unes des autres, on pourrait les réunir dans un même corps de logis : on établirait à cet effet un grand chassis en planches, divisé par cases qui auraient chacune vingt pouces sur tous sens; chaque case serait fermée: sur le derrière par une porte qu'on pourrait ouvrir à volonté; on pourrait de même en établir une par-devant, celle-ci serait échancrée à sa base d’une ouverture de deux pouces de longueur sur un de hauteur ; cette ouverture qui servirait d’issue aux abeilles devrait être munie au dehors d’un petit guichet à coulisse, qu'on pourrait rétrécir à volonté; une planche de trois pouces de largeur régnerait tout le long du chassis, à fleur de toutes les ouvertures, elle servirait de premier appui aux mouches qui reviennent des

champs. Cette planche devrait être suffisamment inclinée pour faciliter l'écoulement des eaux. Le sommet de cette construction serait aussi convenablement disposé pour le même objet. Ce rucher pourrait avoir à volonté deux et même trois étages; chaque ruche serait posée dans une’ case comme sur les tabliers des ruches isolées ; c’est-à-dire, sur quatre petits supports : toutes les planches devront être tellement jointes et les portes bien fermées , que la lumière ne puisse pénétrer autre part que par l'ouverture qui servirait de passage aux abeilles; on pourrait multiplier à volonté ces ouvertures, mais les petites fentes seraient désagréables en ce que ces insectes essayent en vain de passer par ces endroits. S'il s’en produisait accidentellement quelques-unes, on les boucherait au moyen d’un lut fait avec onze parties de cire jaune etune de térébenthine ordinaire, fondues et refroidies ensemble; on en malaxerait ensuite une portion, dont on se servirait pour boucherles ouvertures nuisibles. On donnerait à cerucher lamême exposition que nous avons désignée pour l'autre; enété, ilresterait tel que nous venons del’indiquer; en hiver, on pourrait le recouvrir de paille ou de paillassons faits à la hâte. Du reste, ce projet est soumis

(e) ART DE CULTIVER LES ABEILLES.

à toutes les modifications qu'un cultivateur expérimenté pourrait concevoir ; mais il est probable qu’en général cela aurait certains avantages (4).

46. Quand on aura choisi le lieu, et que l’on aura reconnu comment on doit orienter son rucher, on ne devra pas placer sans réflexion les ruches les unes à côté des autres, car le pillage des abeilles entre elles est une chose bien funeste, et cela a ordinairement lieu par les fortes ruches sur les faibles. Il faudra, dans l’un comme dans l’autre rucher, placer les ruches dans l’ordre de leur force, c’est-à-dire mettre les plus fortes d’un bout et successivement terminer par les plus faibles; car, lorsqu'au contraire une forte est contiguë à une faible, il est rare que celle-ci ne soit pas pillée par l’autre.

47. Ceux qui ont déjà des ruches et qui, par hasard, n'auraient pas eu égard à tout ce que nous venons d'indiquer, pourront en

(a) Ce rucher devant être exposé en plein soleil, on devra se servir de bois très-serré et bien peint pour qu’il travaille moins ; nous pensons ensuite qu’il faudrait peindre différemment chaque ease du rucher, afin que les abeilles aient plus de facilité à retrouver leurs cases respectives (26).

prendre note; mais les personnes qui, n’en ayant jamais eu, désireraient cultiver les abeilles, devront , après avoir jetté un coup-d’œil sur ce qui précède et fait leurs dispositions en conséquence, procéder à l'acquisition de quelques ruches. Les mois de septembre, octobre et novembre sont convenables pour cet objet; il faudra, autant que possible , acheter des ruches de l’année, et qu’elles soient d’un poids (y compris les quatre cases) de trente à trentecinq livres : les gâteaux , sinon blancs, devront être d’un jaune tendre; mais non pas noirs.

On vérifiera si le poids que nous indiquons ne tient à aucun moyen frauduleux; on s’en assurera par l'inspection des gâteaux dont la majeure partie présentera, intérieurement , beaucoup d’alvéoles bouchées. En frappant légèrement sur le bord de l’une des cases, on reconnaîtra, par un bourdonnement lourd et prolongé, que la ruche est bien peuplée.

A la nuit close ( un beau clair de lune pourrait bien seconder F opération) , si les ruches qu’on achète sont placées sous des surtouts, et que la distance que l'on ait à parcourir soit si peu grande qu’on puisse les transporter sur un brancard , il suflira de placer les ruches sur ce brancard, de les recouvrir

de leurs surtouts et de n’y laisser qu’une seule ouverture par où l'air puisse se renouveler; encore faudra-t-il y mettre un petit grillage pour que les abeilles ne puissent aucunement sortir. Ces opérations doivent se faire lentement et avec beaucoup de ménagement ; on évitera le plus possible les secousses. Pendant les nuits, surtout quand elles sont fraîches, les abeïlles abandonnent difficilement leurs gâteaux , de sorte que, quand cette opération n’entraîne que peu de tems, elle réussit toujours sans difficulté.

Mais quelquefois on ne trouve pas à acheter des ruches proche de chez soi; autant que possible alors, on se servira de bateaux pour les transporter , et, quand on ne pourra faire autrement , de voitures proprement dites.

Si, long-tems avant de procéder à l’enlèvement des ruches, celui qui les achète pouvait s'entendre avec le propriétaire, celui-ci laisserait les essaims dans leur première enveloppe, et la commodité de les transporter serait on nepeut plus grande, même par voitures ; mais siles ruches ont été développées, on les enveloppera légèrement avec une toile claire (a),

(a) Le même moyen pourrait servir pour mener les nn À ae abeilles au pâturage (22 ).

ART DE CULTIVER LES ABEILLES. 7e

et les voitures sur lesquelles on les .placera devront être garnies de paille de manière à amortir les secousses.

Ainsi disposées, les ruches pourront faire un trajet de plusieurs jours sans que cela

puisse leur nuire: arrivées à leur destination,

on les portera chacune à la place qu’elle devra occuper; si elles sont arrivées de jour, on attendra jusqu’à la nuit; dans le cas contraire, on les laissera tranquilles seulement pendant deux à trois heures, après quoi, onles développera pour les recouvrir immédiatement de leurs surtouts. :

Si on a disposé un rucher construit pour recevoir les ruches, au lieu de les mettre enveloppées dans leurs cases respectives, on les placera devant et après le laps de tems prescrit, on les développera avec soin, puis enfin on les renfermera comme il a été dit à ce sujet. Une fois mises en place, les ruches ne doivent point en changer si ce n’est en hiver, parce qu’en été il y en a-toujours aux champs, même pendant la nuit; celles-ci seraient inévitablement perdues, ou si elles entraient dans une ruche qu’on aurait substituée à la leur, elles seraient infailliblement tuées

par les autres.

Dès le premier jour , si le temps le permet, non-seulement les abeilles travailleront à réparer le désordre du voyage, mais déjà le matin une portion s’en ira explorer le nouveau canton.

Dans la latitude de Paris, même dans un cercle assez grand, au mois de septembre les abeilles ne ramassent que fort peu ; on en voit cependant encore quelques-unes revenir les pattes chargées, preuve non équivoque que leurs sorties ont eu un but; mais on ne voit ni leurs gâteaux s’allonger, ni leurs provisions de

miel augmenter : ce qu’elles récoltent ne sert

probablement qu’à leur consommation journalière.

48. Ceux qui depuis long-temps ont des ruches, devront, depuis le mois d’août, faire attention au pillage; ce fléau a toujours lieu pendant les tems où les abeilles peuvent encore sortir, mais ne trouvent rien dans la campagne, ce qui pourrait arriver pendant les mois d'août, septembre, octobre, mars et avril.

Si d’abord on a eu égard à placer les ruches d’après l’ordre que nous avons indiqué (46), on aura employé le premier moyen de prévenir ce désordre; malgré cette précaution , si toutefois cela arrivait, il faudrait rétrécir

tellement l'entrée de la ruche envahie que les abeilles ne pussent passer qu’une à une , alors celles de cette ruche pourront plus facilement se défendre et peut-être triompher complète-

ment de leurs ennemies. Il est assez facile de

Un (

. reconnaître lorsqu'une ruche est au pillage, en levant le surtout, ou en ouvrant une porte de la case du rucher où l’on soupconne qu'il a licu ; on y remarquera uneinfinité de combats très-animés entre plusieurs abeilles.

M. Lombard assure qu’une ruche n’est pillée qu’à cause de la mort ou de la stérilité des abeilles mères; il pense qu’on ne peut la sauver qu'en lui en donnant une autre. Nous croyons bien qu’une ruche puisse être pillée ‘quand l'abeille féconde ne peut plus remplir ses fonctions, mais nous ne ‘pensons pas

que ce soit la seule et unique cause (4).

49. Dans le mois d'octobre, on doit visiter toutes les ruches pour s'assurer si toutes sont en état de passer l'hiver. Les essaims tardifs

sont souvent mal approvisionnés ; les ruches

(a) On sait qu'il arrive quelquefois , lorsqu'on donne du miel à une ruche qui se trouve dans le besoin , que les abeilles des autres ruches y sont attirées , et qu’elles pil-

lent souvent celle-ci éntièrement.

dans lesquelles deux cases paraissent bien remplies de gâteaux de miel et dont le poids. peut être de vingt-cinq livres, doivent pou- | voir se suflire; mais les ruches qui, en somme totale, n'auraient pas ce poids, auront besoin d’être secourues : il est même avantageux de le faire ; car, avec quatre à cinq. livres de miel commun, on peut sauver une ruche-qui décuplera ce qu’elle aura coûté.

Souvent même, au lieu de miel, on leur donne un sirop liquide qu’on a fait avec les eaux qui ont servi à laver les ustensiles nécessaires à son extraction (4). Du reste, quand on n'a pas de miel en gâteaux , il ne faut pas donner aux abeilles le miel dans son état s0lide, il faut qu’il soit délayé dans au moins son poids d’eau; sans cela, comme il est ordinairement grenu et comme cristallisé , elles n’en absorberaient que la portion la plus fluide et ne pourraient pas se servir du reste, Autant que possible encore, il faudra le leur donner dans des vases plats, sur lesquels on aura par-

(a) Les meilleurs secours que l’on puisse donner en . cas de famine , aux abeiïlles, sont, quand on en à à sa dis-

position, des gâteaux remplis de miel que l’on a retirés d’autres ruches.

ART DE CULTIVER LES ABEILLES. So

semé de la mousse, afin que ces insectes ne se noient pas dans ce liquide; c’est sur le tablier, et placé sur le point le plus éloigné possible de l'entrée ordinaire de la ruche, qu’il faut donner cette nourriture; pour que les abeilles voisines ne viennent pas la leur dérober, on ne leur en donnera à la fois que la moitié d’une soucoupe ordinaire , que l’on renouvellera au fur et à mesure que les abeilles l’auront enlevée (a).

50. Les mois suivans , Jusqu'au mois de mars, sont ceux pendant lesquels les froids règnent. Quoique ces insectes ne les craignent pas absolument, il faut cependant chercher à les en garantir autant que possible ; pour cela, on rétrécira l'entrée des ruches, on réparera les surtouts qui n’offriraient pas un abri assez impénétrable contre l'amoncellementetla fonte des neiges. On recouvrira également de paille ou de paillassons les ruchers construits.

(a) Quelques cultivateurs donnent aux abeilles une grande quantité de miel, d’une seule fois ; ils mettent cette provision dans les ruches pendant la nuit , et laretirent le jour pour la remettre la nuit suivante, et ainsi de suite. Cette méthode n’a pas plus d'avantage que la nôtre, et

est plus assujettissante.

Quoiqu'il soit bien reconnu que les grands froids ne sont pas contraires aux abeilles, les hivers de notre climat sont cependant extrémement désastreux pour elles ; mais c’est plus par lhumidité, tant de cette saison que par les exhalaisons propres de ces insectes, que survient pendant ce tems l'énorme perte qu’on éprouve. Ilestbien probable que par le moyen de nos ruches à l’air libre, nous réduirons ces maléfices. Pendant le cours de l'hiver, on choisira quelques-uns de ces jours où cette saison semble faire une pause, et nous donne un tems assez doux; alors on soulevera avec précaution le surtout des ruches, qu’on laissera découvertes pendant quelques minutes pour que l'humidité puisse s’'évaporer et l’air se renouveller. Dans les ruchers construits, on ouvrira les deux portes de chaque case pour faciliter ce renouvellement. On pourra, selon qu'on le jugera convenable, réitérer cette opération; ce sont là les seuls soins que les ruches peuvent réclamer jusqu’à la fin de février ou au commencement du mois de mars.

51. Vers la fin de l'hiver, souvent il arrive que le soleil se montre pendant quelques jours avec un certain degré de force; les abeilles, trompées par cet effet, se hâtent de sortir et

surprises par le froid , elles tombent surla terre, qui, couverte de neige ou d’eau, les retient et les fait périr. On devra, pour prévenir ces accidens, joncher de paille le sol du rucher. Quand le soleil a paru quelques jours de suite et que les abeilles se sont mises en mouvement, elles consomment beaucoup plus que si cela n’était pas arrivé : alors, si la végétation et par suite les fleurs tardent à paraître, la famine se manifeste dans les ruches dont les provisions n’étaient pas excessivement abondantes, il faudra donc leur en procurer de la même manière que nous l'avons déja indiqué; cependant en moindre quantité, et pour ainsi dire, au jour le jour, jusqu’à ce qu'enfin la saison se soit établie d’une manière non équivoque.

52. Dans l'extrait du sixième et dernier cours de M. Lombard sur l’éducation et la l& conservation des abeilles (Paris, 1824), il y exprime l'idée que si généralement au printems on enlevait sur chaque ruche une quantité de cire proportionnée à sa force, on augmenterait sensiblement cette récolte en France.

Nous allons mettre sous les yeux de nos lecteurs un extrait de ce cours. pourles mettre à même de profiter de l'avantage qu'ils pourront en relirer.

» Cette récolte, dit-il, dans le département »des Landes et les départemens voisins, est » générale à chaque printems; elle est d’un pro- » duit si considérable, que la cire qui en pro- » vient chaque année, est évaluée de six à sept » mille francs, récolte qui peut se faire par toute »la France et qui ne manque jamais, parce » qu'à l'époque de la sortie des essaims, les » brèches faites aux rayons sont réparées et que » dès-lors on voit cette récolte assurée pour le » printems suivant : c’est le plus sûr et le plus » important produit des abeilles.

» Cette cire, qui a peu séjourné dans les ru- : »ches, est préférée par les ciriers, et se vend » sur la place de Bordeaux quinze et vingt-cinq »francs le quintal plus cher que celle qui » provient des ruches dont les abeilles ont été » étouffées.

» Dans les contrées où cette récolte n’a pas » lieu, on n’a, lors des mauvaises années pour »les abeilles, d’autre profit que la dépouille » des ruches mortes et dans les années fertiles » en essaims on a peu de chose, parce qu'il est »rare de trouver beaucoup de miel dans les »ruches qui ont donné beaucoup d'essaims, » le couvain en ayant beaucoup consommé : le » miel d’ailleurs est moins précieux que la cire, » ne se conservant pas comme elle.

» Cette récolte n'est pas moins utile aux » abeilles; les ruches, dans les contrées où les » abeilles se cultivent en grand, sont sur terre, » ayant presque toujours après l'hiver le bas de » leurs rayons altérés par l'humidité, les mu- » lots, etc.. Si on ne les ôte pas, les abeilles em- » ploient beaucoup plus de tems pour ronger » les gâteaux altérés et les réparer, que pour en » faire de nouveaux. +

» En récoltant au printems les rayons de cire » qui sont vides, on rend un service essentiel »aux abeilles, parce que c’est dans la partie »inférieure de leurs rayons qu'elles élèvent » dans la beïle saison un couvain nombreux; ce » qui indique ia nécessité de mettre les abeilles » en état de renouveler cette partie. Si on ne le » fait pas, lacire noircit, se durcit; les alvéoles, Ê tapissées par les soies des coques successives » que les vers filentautour d'eux, avant de passer » à l’état denymphes et par leurs corps étrangers » que les abeïlles ne peuvent arracher de leurs » alvéoles, les épaississent, ce qui nuit au dé- » veloppement du couvain. Cet inconvénient, »poursuit-il, n’a pas lieu lorsqu'on met les » abeilles en état de renouveler à chaque prin- »tems les parties inférieures de leurs rayons ».

Passant ensuite à la description des instru-

mens nécessaires pour faire cette opération dans les ruches closes , il indique que l'époque à laquelle on peut faire la récolte de cire, est lorsqu’au printems on voit les abeilles en grande activité et revenir chargées de pollen ; que cette récolte peut avoir lieu communément deux mois et demi avant l’époque ordinaire de la sortie des essaims dans chaque contrée.

Plus loin, ik ajoute : que la quantité qu’on doit enlever à chaque ruche doit être proportionnée à sa force. « Aux fortes, dit-il, on en. »prend jusqu’à une livre ; à d’autres trois » quarts, une demi-livre; aux ruches faibles, » on ne fait qu'ébarber les rayons.

» Après les étés qui n’ont pas été favorables »aux abeilles, il y a des ruches qui pendant » l'hiver perdent une partie de leur population; » à ces ruches il faut prendre, dit-il , beaucoup: » de cire, car si on leur en laisse trop, les abeilles »ne pouvant ni la réchauffer ni la défendre, se »retireront entre les rayons du centre; si au »contraire, on ne laisse à cette petite famille » que les édifices qui lui sont nécessaires pour » son logement, ses provisions, sa progéniture, »elle les soignera, les défendra et lorsqu'elle » aura accru sa population et que la campagne » lui offrira des ressources, elle construira de

"nouveaux rayons et sera bien plus saine- »ment que si on lui avait laissé les vieux. » Enfin, il termine par exhorter les propriétaires de ruches , à faire cette récolte.

Nous avons copié presque littéralement tout ce qu'a écrit M. Lombard sur la récolte de cire que l’on peut faire annuellement; il est probable que l'on en retirera un très-grand avantage, surtout par la forme nouvelle de nos ruches; car lorsqu'il s’agit de faire dans les ruches closes cette sorte de récolte, c’est un travail assez épineux. L'action de renverser les ruches sens dessus dessous, d'agir assez sûrement pour ne pas atteindre et endommager le couvain ; une autre fois, n’ébarber ou même ne pas toucher à une ruche, quoiqu'il ait fallu faire tous les apprêts nécessaires à l'opération, sont sans doute des circonstances qui feraient facilement abandonner ce produit, si nousne metlions à même d'opérer sans incertitude et sans embarras.

C’est donc vers la fin du mois de mars qu’on devra fairecette opération :au moyen de fumée, on éloignera les abeilles qui seraient sur les gâteaux à enlever; une simple lame de couteau

légèrement chauffée sera suffisante. 1! est im-

‘portant de recommander de ne prendre que les rayons vides et de ne pas toucher aux autres (a).

53. Lorsque le mois d’avril est favorable, que les fleurs naissent de toutes parts et que les pluies ne sont pas trop fréquentes, les abeilles commencent déjà à déployer beaucoup d’activité ; le couvain est déposé en grand nombre dans les cellules , il en naît chaque jour une quantité considérable qui a acquis son terme. Ces jeunes mouches travaillent aussitôt, et le miel et la cire se produisent quelquefois en trèes-grande quantité. Jusqu'à l’époque des essaims, la population va croissant de jour en jour , et bientôt toute la ruche est réparée et au-delà, des brèches qui ont été faites.

54. Le mois de mai est ordinairement celui de l’année qui est le plus favorable aux abeilles; c’est le tems où les propriétaires doivent être continuellement auprès de leur rucher :

c’estlemois qui fournitles meilleurs essaims (4), surtout ceux qu'on obtient dès le commence-

(a) Il faudra «observer scrupuleusement , lorsqu'il n’y a pas de couvain développé, si on maperçoit pas des œufs au fond des alvéoles. Ces œufs produisent le couvain , et par suite les abeilles. |

(&) On pourrait dire aussi le meilleur miel.

ART DE CULTIVER DES ABEILLES. 85 ment. C'est à cette époque aussi que l’on peut en faire d’artificiels ( 23 ).

54. Dans les environs de Paris, la sortie des essaims a communément lieu depuis le 25 mai jusqu'au 25 juin, ordinairement de 1 1 heures à 5 heures, au moment de la plus forte chaleur et par un soleil continu; mais un tems contraire, c'est-à-dire presque froid et pluvieux, empêche la sortie des essaims. C’est pour prévenir ce retard qu’on a proposé depuis quelque tems de faire des essaims artificiels ; cettc méthode vaut mieux que d’attendre les essaims naturels tardifs, qui souvent n’ont pas le tems de pouvoir s’approvisionner.

Il est certaines circonstances dans lesquelles on doit toujours prévenir la sortie des essaims naturels , et en former d’artificiels ; c’est lorsque , comme amateur, on a chez soi, dans un appartement au milieu d’une ville, deux ou trois ruches ; les essaims qui sortiraient seraient indubitablement perdus lorsqu'ils se ‘fixeraient sur les cheminées ou sur les toîts des maisons : d’ailleurs on doit éviter le tumulte qu’occasionnerait ce spectacle. Céux qui voudront faire des essaims artificiels, devront y procéder de la manière que nous avons indiquée dans la première partie.

55. Uneruckie ordinaire peut fournir deux, trois et même jusqu'à quatre essaims naturels; il est rare que les deux derniers soient bons; d’abord, parce qu'ils arrivent ordinairement lorsque la saison commence à devenir peu favorable, et ensuite parce qu’ils ne sont pas assez forts; les deux premiers , au contraire, arrivent souvent dans les meilleures dispositions pour prospérer.

- 56. Lorqu'un essaim part, on he tarde pas à entendre dans le rucher un bourdonnement considérable et plus grand que celui qu’on y entend habituellement. On découvre bientôt d'où lessaim sort; le premier soin du propriétaire doit être de lui aider à chercher son abeillefemelle :il arriveassez souvent qu’elle n'a pas eu la force de s'envoler et qu’elle tombe à terre au bas dela ruche mère ; si on l'apercoit , on doitlaprendre le plus légèrement possible, la mettre dans une ruche toute disposée (6), porter cette ruche vers le milieu de J’essaim qui bientôt la découvre, s’y précipite et se trouve ainsi tout reçu. Lorsque l'essaim suit la marche ordinaire, il ne reste pas plus de trois ou quatre minutes dans l'incertitude, et se fixe à une branche d'arbre, d’où les abeilles accrochées les unes aux autres pendent en une

sorte de barbe. Cette position est la plus convenable pour le recueillir ; il suffit d’avoir une ruche toute préparée, de présenter sous la masse des abeilles un des côtés de la case inféricure, disposé comme nous l'avons déjà dit, d'imprimer une secousse à la branche d’arbre, et presque toutes les abeilles tomberont aussitôt dans cette ruche; on la posera alors au pied de l'arbre, pour que celles qui voltigent viennent s’y rassembler. Mais les essaims ne sont pas toujours aussi commodément situés : il arrive quelquefois qu'ils se fixent autour d’un tronc d'arbre ou à sa base, ou après une muraille ; ces dispositions sont désagréables et pénibles pour parvenir à les ramasser. Dans l’un de ces cas, on devra se servir de fumée ; pour cela, on placera la ruche le plus convenablement possible; son orifice disposé de manière qu’en dirigeant de la fumée sur l’essaim, toutes les abeilles s’y réfugient, ce qui alors termine l’opération ; mais si, aulieu d’être fixé à portée, l’essaim était placé à une grande élévation , il faudrait diriger sur lui une telle abondance de fumée, qu’il fût forcé de déloger : du moins courrait-on la chance de le voir se placer plus avantageusement. En général, les premiers essaims sont ceux dont les abeilles.

fécondes volent le plus difficilement ; ce sont celles-là que l'on doit chercher plus particulièrement au bas de la ruchemère. Rarement les premiers essaims se fixent hors d'atteinte; il n’en est pas de même des seconds et des autres : quelquefois ils s'élèvent à des hauteurs prodigieuses , aussi faut-il veiller à ce qu'ils ne sortent pas de l’endroit où est le rucher ; on suit la direction de leur vol, et lorsqu'on s’aperçoit qu'ils pourraient s’écarter, on leur lance de l’eau au inoyen d’un aspersoir fait avec de la longue paille de seigle munie de ses épis ; cette pluie factice les fait souvent abattre et fixer promptement; alors on les recoit comme à l'ordinaire.

57. Quand immédiatement après avoir recu un essaim, il en part un d’une autre ruche, il faut aussitôt couvrir le premier avec un drap ou une nappe, parce que celui qui sort pourrait aller se mêler à lui, ce qu'il faut empêcher, surtout quand ce sont deux premiers essaims. Îl arrive pourtant qu’on ne peut pas toujours éviter cette confusion, que deux et souvent trois essaims sortent dans le même moment ; alors ils se mêlent forcément. Lorsqu'ils sont fixés, on observe s’il y a deux ou trois groupes distincts; dans ce cas, on fait

ART DE CULTIVER LES ABEILLES. 89 tomber le plus facile dans une ruche qu’on va porter loin du reste. On agit de même avec le second groupe , que lon porte à une distance opposée au premier; enfin on recueille le troisième; mais s’ila été impossible dediviser convenablement les deux derniers , il faudra les faire tomber en même tems dans une ruche ou tout autre vaisseau en forme de cloche : lorsque toutes les abeilles seront introduites, on fera soulever cette espèce de ruche, on verra siles abeilles sont placées confusément ou si elles ont reformé deux groupes distincts; dans le premier cas ,on agira au hasard; dans le second, on aura une planche mince, longue de deux ou trois pieds, que l’on placera sur champ entre deux piquets; on mettra une ruche préparée à un pied de distance de chaque côté, l’orifice de chacune tournée vis-à-vis celte planche; on soulèvera la ruche qui contient les deux essaims, on la posera sur la planche de telle sorte que si les essaims sont divisés en deux groupes, il en puisse tomber un de chaque côté. Pour effectuer cette chute, on frappera sur la ruche un fort coup , on l’enlèvera aussitôt , et chaque groupe tombé séparément ira se loger dans celle qui sera de son côté, IT est probable qu'ils auront chacun une abeille femelle, et

que l'opération réussira bien , si les deux essaims n'étaient pas confusément dans la ruche où on les a reçus; mais lorsque les essaims sont tellement mêlés dans cette ruche qu'ils ne forment qu’une seule masse ,; on tâchera de faire tomber autant d’abeilles d’an côté de la planche que de l’autre; ordinairement il arrive qu’on est assez heureux; pour que, dès la première fois, il y ait aussi une abeille femelle dans chaque ruche; mais si cela n’arrivait pas, les mouches qui seraient sans femelle sortiraient deleur ruche pour rejcindre l’autre, alors on recommencerait l'opération une seconde et même une troisième fois, mais toujours on finit par réussir.

Nous nous rappelons que d’abord nous avons supposé qu’il y avait eu un mélange de trois essaims ; que le premier avait été facilement séparé, et que les deux autres avaient été partagés, comme nous venons de le dire.

S'ils n'étaient pas tous, à peu près également volumineux, on devrait placer dans le rucher les deux plus forts, et laisser pendant 24 heures le plus faible auprès de l’arbre où le tout était fixé, parce que toujours une partie des abeïlles d’un essaim recu , et même mis en place, vient voltiger aulour de cet

arbre. Nous avons souvent observé qu'un essaim faible, provenant de l'opération dont nous venons de faire mention, s'était suflisamment augmenté par ce moyen.

58. Nous avons déjà dit que les premiers essaims étaient ordinairement forts; il arrive cependant que les seconds, mais le plus souvent les troisièmes et quatrièmes ne le sont pas assez. Il ne faut jamais laisser d’essaims faibles : dans ce cas , on doit les réunir à d’autres. Si on obtient plusieurs essaims faibles le même jour, on les mêle immédiatement pour en former un fort. Un essaim qui ne pèse que trois livres est très-faible, il est très-fort quand il en pèse

.sept. Les bons essaims sont de cinq livres et

demie à sept livres.

59. Un propriétaire exercé n’a pas besoin de peser les abeilles d’un essaim ; il évalue approximativement son poids, et se trompe rarement sur ce qu'il doit faire. Pour ceux qui n’en ont pas l'habitude, ils devront connaître le

poids des cases qui composent une ruche : le

poids d’une, suflira pour connaître celui des autres, étant construites toutes de même. Ce poids étant connu, on enveloppera une seule case , pour recevoir un très-petit essaim , deux cases ,' pour un qui serait relativement plus

fort. Immédiatement après l'avoir introduit, on se rendra compte par les moyens ordinaires du poids absolu des abeilles, on en prendra note. Aussitôt qu'on pourra en avoir un autre à sa disposition , et qu'on destinera à être mêlé, on le recevra comme le précédent ; puis le soir, le soleil étant couché, lorsqu'on sera disposé à faire le mélange , il faudra introduire un peu de fumée dans chacun de ces deux essaims ; puis on les superposera l’un sur l’autre, ou bien on approchera le plus près possible de la ruche à augmenter, le petit essaim que l’on doit y joindre; on donnera une forte secousse au vase qui contiendra celui-ci, les abeilles répandues à l'entrée de l’autre ruche y entreront aussitôt : on enfumera le tout après leur introduction, pour qu’elles s’accordent parfaitement ensemble; si la‘réunion de deux essaims n’était pas suffisante, il faudrait en joindre un troisième de la même manière. 60. Assez ordinairement, on n'obtient plus d’essaims après le mois de juin; mais déjà dans ce mois, les abeilles se sont multipliées en elle quantité que l’on voit quelquefois doubler son rucher. Il y a aussi, quand la saison a été bien favorable , une si grande abondance dans les ruches, que toutes les cases sont pleines et au-delà. ®

61. Au commencement d'août, ou mieux encore à la fin, on doit connaître exactement l'état de chaque ruche. Celles qui ont produit deux essaims sont ordinairement mal peuplées, et seraient dans de malheureuses circonstances pour passer l'hiver; d’ailleurs on ne peut pasaugmenter indéfiniment le nombre de ses ruches, surtout dans notre canton, où nous n’avons ni sarrazin, nibruyère , ni plantes qui puissent les remplacer pour elles. On doit donc en réduire le nombre à ce que le pays peut nourrir, en examinant non-seulement la quantité que l’on possède soi-même, mais celleaussi que peuvent posséder d’autres propriétaires. On assure que les abeilles n’explorent guères qu'un rayon d’une lieue tout au plus; mais lorsque ce rayon est bien productif, et qu'il peut entretenir une plus grande quantité de mouches qu'il n'y en a, non-seulement on obtient chaque année un grand nombre d’essaims, mais ils travaillent tous avec une étonnante célérité, et il en meurt peu pendant l'hiver; en général dans un pays suffisamment peuplé de ruches, on court les chances ordinaires de toutes les récoltes, c’est à dire qu'il en est de même pour les abeilles, que les années se succèdent mais ne se ressemblent pas; quelquefois deux mau-

vaises pour une bonne. L'expérience est la

plus belle théorie dont on puisse se servir, souvent il faut l’'acquérir à ses dépens. Alors,

dès qu’on pourra connaître ce qu'un canton

peut nourrir d’abeilles , on pourra laisser

augmenter son rucher en conséquence.

36. Nous avons dit tout à l'heure, qu’une ruche qui avait essaimé deux fois était assez souvent dans un état déplorable ; à plus forte raison celles qui ont essaimé trois ou quatre fois la même année. Non-seulement ces ruches manquent par la population, mais aussi les alvéoles qui ont donné naissance à beaucoup d’abeilles sont trop surchargées des enveloppes deleurétatdenymphes, et la cireserembrunit.

On doit se défaire de ces ruches qui d’ailleurs pourraient périr pendant l'hiver. Quelques personnes sont dans l’usage, au mois de septembre, de les asphyxier; nous ne partageons pas cette manœuvre, à laquelle on peut toujours se dispenser de recourir; il convient mieux de réunir les abeilles de ces ruches, avec des essaims faibles. On mettra de côté la provision de ces ruches pour en extraire les produits.

65. Aux mois d'août , septembreet octobre, outre ce que nous avons déjà dit au commen-

cement de ce chapitre sur cette époque, nous devons ajouter que, lorsque des essaims qui, quoique primitivement considérés comme bons , n'auraient pu parvenir à remplir qu’une ou deux cases de leur ruche, on devrait, dans ce tems, réunir plusieurs de ces essaims, et chacun avec sa provision; on enlèverait à chacun d'eux les cases restées vides, puis on mettrait les cases pleines de l’un avec celles de l’autre, on enfumerait légèrement les parties réunies, et de plusieurs mauvaises ruches on en ferait quelques bonnes, ce qui est toujours préférable.

Il est tems enfin de déterminer ce que le cultivateur doit obtenir de ses ruches ; jusqu’à présent, nous n’en avons parlé que d’une ma-

nière vague , et cependant cela mérite quelque attention.

Nous avons, plusieurs fois fait mention que cette récolte était soumise à tous les accidens des autres, et qu’elle dépendait essentiellement de la faveur des saisons pendant lesquelles les abeilles peuvent travailler. Nous avons aussi parlé , en divers endroits, des moyens à l'aide desquels on pourrait faire cette récolte. Nous n’avons donc plus qu’à indiquer les épo-

ques que l’on doit choisir, et la quantité que l'on doit enlever.

64. On commence à récolter dans les ruches depuis le mois de mars ou avril. Cette première récolte est celle de la cire. Nous avons donné l'extrait du cours de M. Zombard qui en fait mention (52). La réalité des produits et les quantités relatives qui y sont mentionnées, jointes à la facilité qu’on a de les voir dans nos ruches et deles en extraire, suffisent assez pour ne pas donner plus d'explications, et engager tous les cultivateurs d’abeilles à faire cette récolte, qui, lorsqu'on a déjà un certain nombre de ruches, mérite l'exploitation.

65. À la fin d'avril, et dans les mois de mai, juin et juillet, lorsque la saison est favorable, on peut être assuré d’abcondantes récoltes. S'il était possible de pouvoir deviner, quand la saison commence bien , comment eile finira, on pourrait y gagner beaucoup; mais tel qui a voulu en courir les chances, a souvent éprouvé des revers. IL faut donc être très-discret dans la quantité qu’on doit soustraire à son profit , et suivre , attentivement, les progrès des abeilles. On devra toujours agir comme si la saison allait subitement changer et devenir défavorable : alors, si on avait trop

ART DE CULTIVER LES ABEILLES, 97 enlevé , il faudrait restituer ou voir périr ses ruches : si au contraire , On laisse à une ruche unc quantité de miel qui puisse toujours Jui faire braver la famine, on n'y perdra rien Pour cela; nous avons dit qu’une ruche qui avait trois cases pleines était bien suffisamment pourvue; dès qu’elle en aura quatre, on pourra lui en enlever une, ainsi que tout ce qui saillira hors de la contenance des autres. Une ruche bien peuplée peut, dans certain tems, remplir une case en moins de quatre jours. Celui qui a bien soin de son rucher, qui ne garde que de bonnes ruches où qui a rendu bonnes, par des mélanges, celles qui étaient faibles, obtient, quand les années sont productives, des quantilés considérables de cire et de miel.

66. Non-sculement la taille des ruches est un grand bénéfice pour le cultivateur; mais si, comme nous l'avons conseillé, dans le cas où une mère ruche a essaimé deux fois la même année, on en a fait passer les mouches dans une autre, dont la population était faible, on aura encore la dépouille de ccite mére ruche, qui, outre du miel, contient surtout une très-grande quaniiié de cire. -

Nous ne pouvons trop répéter que toutes

rm

les années ne sont pas également favorables, et que toujours les productions des abeilles y sont relatives. Toutes choses égales d’ailleurs, on ne perd jamais avec ces insectes, mais on n’a pas toujours autant.

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