IV PRÉFACE
personnages sont des écoliers et des professeurs; partout l'esprit tient le premier rang, la passion ne vient qu'après lui, animée, embellie par lui. Le temps / même où vit cette société est ce moyen âge mys- ' térieux, théâtre ordinaire de la fantaisie. Autrefois comme aujourd'hui, avant comme après les études historiques qui l'ont éclairé, ce siècle de pédanterie • et d'imagination, de rudesse et de grâce, d'ignorance naïve et d'étude ardente a servi de refuge à l'art et 1. à la poésie. Combien d'idées, de projets, d'images devaient alors traverser l'esprit de celui qui avait su extraire une telle conception d'un mélodrame, semblable en apparence à tant d'autres mélodrames ! Lui seul, hélas! aurait pu les exposer dignement. Lui seul aurait pu nous dire ce qu'il a tenté, et jusqu'à quel point il a réalisé sa propre pensée. Lui seul aussi pouvait savoir si quelque allusion secrète aux contemporains ne se cachait point sous l'apparence des philosophes du xii® siècle.
Mon père avait trente-neuf ans en 1836. Il était depuis longtemps moins occupé de littérature que de politique, et n'écrivait guère que des articles de journaux touchant les affaires courantes, des exposés de projets de loi, et des rapports législatifs. Peu s'en fallait qu'il ne crût sa carrière d'écrivain terminée. A vrai dire, la politique avait toujours eu la première place dans ses préoccupations et dans ses écrits. Sous la Restauration, il avait imprimé dans les revues et les journaux les articles qui ont commencé sa réputation, et si ces articles étaient très divers par le sujet, le but en était invariable: la