PRÉFACE. IX
Quant à l'œuvre elle-même, on ne saurait attendre de l'auteur de cette préface un jugement, encore moins une critique, pas même une apologie. Comment saurais-je me satisfaire moi-même en en parlant? comment ne serais-je pas au-dessous de ma propre pensée, de mes sentiments les plus naturels et les plus profonds? comment exprimer même l'émotion que je ressens en relisant ces pages brillantes, en livrant au public l'ouvrage préféré de celui dont la mémoire m'est chère? C'est le plus pur, le plus éclatant de son esprit dont je me sépare aujourd'hui, avec tous les sentiments d'un fils et d'un disciple. Je ne saurais dire et je devrais cacher les émotions dont mon cœur est plein, mais il s'agit ici des deux êtres qui se sont le mieux connus, le plus aimés, et l'on comprendra le trouble de celui qui survit, et qui, tout soucieux de la gloire qu'il voudrait défendre, livre à la publicité une œuvre inédite, composée il y a quarante ans, dans des circonstances très-différentes, pour une société qui n'est plus. Les ouvrages d'imagination sont sujets aux retours de la fortune. Le temps n'aura-t-il pas enlevé la fleur de celui-ci? Les meilleurs juges ne l'ont point pensé en l'écoutant autrefois. Il est des œuvres, et ce sont les plus délicates, que le temps ne flétrit point. L'auteur pourtant semble avoir hésité à produire son drame écrit par lui en plein talent, en pleine réputation. En avait-il quelque scrupule ou quelque embarras ? doutait-il du mérite ou du succès? ai-je le droit d'être plus hardi que lui?
Il faut bien dire que la première raison de mon