MARIAGE
LE
emparé des patins de la jeune épouse, de ces patins que les femmes portaient alors pour se hausser la taille. Si nous jugeons de ses sentiments d’après une strophe librement rimée, le marié trouve que le moment est venu d’éloigner tout le monde du logis conjugal, où il est maître et n’a besoin de l’assistance de personne.
Les sujets qui suivent, l’Accouchement, le Retour du baptême, la Visite à l’accouchée et la Visite chez la nourrice, sont traités avec la même vérité d'expression. La scène de l’accouchement est un peu crue; c’est une composition qui semble faite pour orner la maison d’un médecin plutôt que celle d’une jeune mère; mais quelle délicieuse gravure que celle où l’on voit les amies de l’accouchée qui viennent babiller chez elle! Une d’elles a apporté son ouvrage et travaille à sa broderie, en se tenant assise à côté du lit de la convalescente. Celle-ci, se dressant sur sa couche richement encourtinée, serrée dans un gracieux corsage de soie, la tête enrubannée, écoute avec complaisance ses amies. Elles jasent de tout, du mariage, des maris, des peines et des souffrances que coûte la naissance d’un enfant. Avez-vous lu ce livre fertile en détails de mœurs, les Caquets de l'Accouchée ? 1 C’est une œuvre même du début du xvue siècle. L'auteur, qui est demeuré anonyme, y rapporte de longs propos de femme, toute la chronique du jour.'Les jeunes bourgeoises d'Abraham Bosse font entendre de même un bavardage intarissable que rien ne peut retenir. Elles sont aussi loquaces que les commères des Contes de La Fontaine.
Après avoir retracé les péripéties successives que traverse la vie de la femme mariée, Abraham Bosse, qui n’a pas encore épuisé son thème, change le décor où il place ses scènes, et nous transporte chez d’autres personnages. En artiste qui sait comment on varie ses inspirations, ilaime déjà les contrastes et les antithèses ; de la ville il nous conduit à la campagne, pour étudier le mariage et ses épisodes ordinaires dans un monde moins relevé, monde provincial et rustique, demi-bourgeoïis, demimanant. Trois compositions forment cette nouvelle suite, le Branle, le Chaudeau, cérémonie grotesque chère à nos aieux le lendemain du
1. Les Caquets de l'Accouchée, édition revue et annotée, par Édouard Fournier, introduction par Le Roux de Lincy. P. Jannet, 1855. On suppose qu'Abraham Bosse aurait reproduit, dans une de ses gravures, une des scènes de ce livre. On voit, en effet, dans son estampe, caché derrière une tenture, dans la ruelle du lit, le person-
nage qui écoute les récits des visiteuses, avec l’intention de mettre bientôt le public dans la confidence.