‹ Abraham BosseChapitre 9 sur 63 · LE MARIAGE A LA VILLE · texte numérisé non relu

LE MARIAGE A LA VILLE

même de cette époque. Les parents causent et discutent gravement, en gens qui prennent au sérieux la préparation d'un des grands événements de l’existence. Quant au futur et à la fiancée, qui ne se soucient guère des conditions de leur mariage, ils forment un groupe séparé et sont assis l’un près de l’autre : ils s'occupent uniquement d'eux-mêmes et se font l’aveu de leurs sentiments. Tous deux se sont pris par une main; ils tiennent l’autre main posée sur leur cœur comme un témoignage de leur sincérité. Une légende rimée accompagne la gravure. Des vers sont placés, la plupart du temps, au bas des estampes de mœurs d'Abraham Bosse. Ces vers, bien ou mal venus, sont faits pour expliquer le sens de certaines scènes, et tout semble indiquer qu'Abraham Bosse luimême, homme universel, comme nous le savons bien, y a quelque peu collaboré.

Voici ces rimes où respire une passion candide et juvénile : Est-il bien possible, Sylvie, Qu'aujourd’huy me donnant ta foi,

Tu brûles de la même envie

Que j'ai de n’aimer rien que toi?

— Cher Damon, pour qui je soupire, Je te jure qu’à l’avenir

Je veux vivre sous ton empire,

Et mourir dans ton souvenir.

Les autres scènes du mariage se déroulent sous nos yeux; la mariée est reconduite dans la chambre nuptiale, escortée par ses demoiselles d'honneur et accompagnée des jeunes gens de la noce. Ceux-ci s’empressent autour d’elle, et tandis qu’elle montre à ses amies les broderies et les dentelles qu’elle a reçues, et qui sont étalées à côté d’un riche cof-fret, ils se disputent à qui l’aidera à se déshabiller. Il est toujours un moment, en France aussi bien que chez d’autres nations, où la facétie se donne cours le jour des noces. Une pointe licencieuse, un peu de gaudriole se font jour dans les propos des invités et des témoins, et les allusions malignes paraissent de circonstance. Abraham Bosse, tout en donnant un caractère sérieux à ses compositions, se permet souvent de relever les jeux de mots à double entente, les quolibets gaulois, les plaisanteries indiscrètes. En cela, il ne se montre pas plus sévère que ses contemporains. Il en est ainsi dans cette gravure; le marié éconduit doucement un des jeunes gens les plus entreprenants qui s’est facétieusement

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