LE RETOUR
mariage, et les Présents de noces. Dans le Branle, Abraham Bosse nous offre l’image d’un bal rustique, qui se tient à peu de distance des premières maisons d’un bourg dont on aperçoit le clocher. Le seigaeur du village mène la mariée; c’est un vieil usage dont bien des auteurs d’opéras-comiques se sont souvenus. Les invités dansent sans façon, et font entre temps des plaisanteries de francs lurons. Un des villageois qui prennent part à la danse éprouve quelque jalousie à voir un beau monsieur se montrer trop empressé envers sa femme dont il tient la main, et il jette vers le galant un regard sournoiïs. Le rustre n’admet pas que’ sa ménagère le quitte un instant et prenne plaisir à se trouver avec un autre que lui. Deux personnages âgés qui, eux, ne dansent plus, contemplent ces ébats d’un air narquois. On dirait des bourgeois de petite ville, pareils à ceux que Molière place dans ses comédies; on songe à quelque Géronte ou à quelque Gorgibus. Ils trouvent que les danseurs sont dispos, mais ils ne manquent pas d’ajouter, prompts à faire l’éloge du passé, que de leur temps tout allait mieux et qu’ils auraient dansé avec plus de vigueur.
Arrivons à la seconde page de ce roman campagnard. C’est le matin ; la mariée se repose sans doute de ses fatigues; alors survient un cortège comique ; trois jeunes gens précédés de deux personnages au bizarre déguisement, l’un traînant sur lui des nippes de soldat espagnol et jouant du chalumeau, l’autre, à demi nu, mendiant ou chiffonnier et agitant un balai, portent sur leurs épaules, suspendu à un bâton, un grand chaudron, qui renferme le chaudeau, bouillon destiné aux mariés pour leur rendre les forces. Ces joyeux compagnons n’oublient pas de se verser de temps en temps une rasade et de boire à la santé des époux. Nouslisons, dans les quatrains qui expliquent cette gravure, les plaïsanteries de chaque personnage. Nous nous trouvons probablement en Touraine, pays de franc parler et de propos salés, pays qui a vu naître Rabelais!. Ces coutumes, ces mœurs, ces intermèdes baroques qui se sont perpétués longtemps, qui se retrouvent encore dans le centre de la France, ont conservé ici une forte saveur de terroir ?.
Dans la troisième gravure, les amies de la mariée, sa sœur, ses parentes et ses voisines viennent lui apporter en cadeaux des objets
1. On peut relever en effet, dans les quatrains qui accompagnent le Branle, une allusion à la Loire.
2. Voir Georges Sand, les Noces de Campagne, appendice à la Mare au Diable.