‹ Abraham BosseChapitre 13 sur 63 · LE MARIAGE A LA CAMPAGNE · texte numérisé non relu

LE MARIAGE A LA CAMPAGNE

distractions des femmes qui, en l’absence de leurs maris, se réunissent en un banquet et se mettent, elles aussi, à faire ripaille.

La vie intime, sous toutes ses faces, la vie de famille, voilà ce qu’on trouve dans l’œuvre d'Abraham Bosse. Il excelle à rendre les travaux et les délassements du logis, les occupations quotidiennes et tout ce qui vient les entrecouper au hasard, les fêtes qui apportent quelques heures de joie à travers la succession uniforme des jours et des mois, les cérémonies inattendues qui élargissent le cercle des parents et des amis. Il représente l’exercice des devoirs, la pratique des vertus et de la religion. Les types qu’il met en scène composent une série bien reconnaissable : vicillards assis au coin du feu et se recueillant, comme des personnages qui se souviennent et qui sont satisfaits de leurs souvenirs; jeunes ménagères escortées de leur servante, qui surveillent la maison et savent présider à la tâche; jeunes gens et jeunes filles devisant ensemble avec une galanterie paisible qui ne laisse supposer que d’honnêtes pensées. Il sait tracer aussi de sympathiques figures d'enfants à l’allure grave, qui s'amusent avec un bâton,un masque ou un petit moulin, avec ces jouets modestes, qu’on rencontrera plus tard aux mains des garçons et des fillettes peints par Chardin.

Le monde où Abraham Bosse nous fait pénétrer présente, la plupart du temps, un caractère bien tranché: nous y découvrons une bonhomie familière et des libertés un peu rudes, mais il possède une sagesse, une raison qui imposent et qui semblent s'appuyer sur quelque puissante conviction morale. C’est sans doute parmi des personnages appartenant à des familles protestantes que notre artiste a pris ses premiers modèles. Il avait vu de bonne heure, à Tours, ces types de réformés austères et puritains, qui se sont retrouvés sous sa pointe de graveur calviniste.

Les personnages d'Abraham Bosse sont les gardiens vigilants des bonnes mœurs et des saines traditions du foyer. Ils se tiennent à lécart de toute contagion morale. Ils représentent pour nous la bourgeoisie nouvelle; ils n’ont rien de commun avec les seigneurs indisciplinés et brouillons que Richelieu a tant de peine à abattre. Leur maïntien est encore un peu gauche; ils ne sont pas raffinés; mais ils ont conscience de ce qu'ils valent, et ils se préparent à prendre une plus grande place dans l'État. Ils travaillent à élever les pensées de leur entourage : ils parlent de Dieu et récitent le Bénédicité devant leurs enfants. On retrouve dans leur physionomie tant de dignité qu’on ne peut s'empêcher, quand

‘IAN9DODUNO4 A4 TALOH,T 44 SNAIGIWKOD S47

2fous6 vf rp aennof np … “parlais mb mofeugz 227 ur op in 2 AL —27josvd symf ous ny onberuvau AIPLIO 4} 240)

*juont of rase sis ef rnour r TP xt2p jouPr Ô 1) ‘“OWF] .npuvus. » 1e, “ruvyn02[() S'UOY JUTULOUT 19) È près 7p Ju0 rank 12 ‘Jaof np nn Pis v Abou 12 : Po. {nes rtf, ë Ju) . US y pre 1% , of ri = » éd ua p Dj /Hubierue 3f5 ao

frdanf so Hynvf KIA 2) Sy bb uoSvf na p LF

on les contemple, de se rappeler quelques figures des tableaux de l’école hollandaise. Il est plus d’une gravure d'Abraham Bosse qu’il est facile de comparer, à ce point de vue, à l’admirable peinture où Adriaan Van Ostade a représenté, dit-on, sa famille, et qui est un des petits chefsd'œuvre du Musée du Louvre.

Après avoir reproduit, avec tant d'amour, les scènes de la vie domestique, Abraham Bosse devait se trouver porté à flétrir les exagérations du luxe, la dissipation presque inouïe, qui était alors passée dans les habitudes de la noblesse et qui avait aussi pénétré dans la haute bourgeoisie. Il faut voir, entre autres pièces, les estampes où il montre l’effet de l’édit somptuaire de 1633. C’est dans les sujets de ce genre qu'Abraham Bosse devient le moraliste que nous connaissons, le graveur satirique visant à nous offrir un enseignement rigoureux, un ensemble de leçons, disposées pour inspirer des réflexions utiles. Il est ce que Hogarth et Goya seront plus tard.

La richesse extravagante des costumes qu’on portait, versle milieu du règne de Louis XIII, avait fini par rendre nécessaires des mesures d’exception, pour arrêter les excès de la coquetterie. L’habillement, surchargé d'accessoires coûteux, témoignait d’une rare affectation, et avait, aux yeux des gens les plus sages, on ne sait quel air orgueilleux et presque insolent. On pouvait appliquer au gentilhomme couvert d’étoffes bigarrées et chatoyantes les vers que Regnier avait adressés dans une de ses satires au courtisan de son temps, et où il nous dépeint :

.. Un jeune frisé, relevé de moustache, De galoche, de botte et d'un ample panachet.

Les poètes du commencement du xvne siècle ont raillé avec autant de verve le damoiseau amoureux de la parure et du clinquant. Saint- Amand se demande, dans une épître bouffonne, si ce c’est point un

spectacle étrange que de voir un jeune seigneur

...... traînet ces beäux canons,

Ces points coupés à cent sortes de fois, Qui sous l’atnas de six rangs d’aiguillettes Dont les fers d’or bfillent comme paillettes, À cent féplis bouffent en s’élévant

Sur le beau cuir apporté du Levant:....;

Page 1