‹ Abraham BosseChapitre 15 sur 63 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Gravures historiques. — Le Siège de Casal. — Allégories à la gloire du Roi. — À propos de Gaston d'Orléans. — Les Espagnols. — Types de matamores. — Le Capitaine Fracasse. — L'Officier espagnol et l'Officier français.

Suivons Abraham Bosse dans d’autres parties de son œuvre, qui sont faites aussi pour exciter notre curiosité, et pour nous donner, à travers des reproductions précieuses, l'évocation pittoresque d’une époque. Un graveur est tenu à s'inspirer des circonstances; il ne peut guère demeurer insensible aux événements qui se déroulent autour de lui. Abraham Bosse se soucie, plus que tout autre artiste, d’agir sur l'esprit de ses contemporains. Dans les compositions que nous allons examiner, nous le verrons retracer quelques-unes des actions d’éclat qui marquent le début du règne de Louis XIII. Il adresse au roi des allégories de graveur courtisan ; il attaque les ennemis de la France, en usant contre eux de toute sa verve satirique; il est patriote et populaire.

Il était entré en plein dans la représentation de l’histoire de son temps, en gravant la Levée du Siège de Casal. Cet événement avait eu un retentissement considérable en l’année 1630. Casal, petite ville du Piémont, faisait partie des domaines du duc de Mantoue, mort sans postérité, et dont l'héritier le plus direct était le duc Charles de Nevers, sujet du roi de France. Le duc de Savoie, l'Empereur et le roi d’'Espagne s'étaient alliés contre le prétendant légitime, qui avait obtenu l'appui d’une armée française. Casal avait reconnu son autorité; assiégée deux fois par les Espagnols, elle s'était vaillamment défendue. Pendant le second siège qu’elle eut à subir, le comte de Toiras, devenu illustre depuis la prise de La Rochelle, commandait la place, Le marquis de Spinola se trouvait à la tête des troupes espagnoles, retranchées derrière des ouvrages formidables près de la ville. Une armée, conduite d’abord par le roi Louis XIII en personne, était entrée en Piémont et avait dégagé les assiégés. Une trêve fut enfin conclue, et Casal fut remise aux troupes du duc de Mantoue. .

La gravure d'Abraham Bosse nous montre le comte de Toiras, escorté

de deux officiers, venant, chapeau bas, à la rencontre de Louis XIII. Le jeune roi victorieux se dirige vers la porte de la ville dont il est le libérateur. La scène est retracée d’une touche un peu fruste : le graveur, qui s’essaie, est encore ici l'élève de Saint-Igny; ses personnages sont esquissés comme les cavaliers que dessinait l'artiste normand. Cette gravure n’en a pas moins pour nous une certaine valeur. Callot a gravé un des faits d'armes de cette campagne du Piémont, le Combat de Veillane; c'était tout à l'honneur d'Abraham Bosse, commençant à se produire dans la carrière de l’art, de traiter, même d’une façon inégale, un sujet qui répondait aussi pleinement aux préoccupations de tous.

Une pièce, d’une exécution bien supérieure, est celle où Louis XIII est représenté, revêtu de son armure et monté sur un cheval de parade richement caparaçonné. Dans la bordure de ce portrait, l'artiste a distribué quelques médaillons où sont reproduits en petit les faits principaux de la guerre contre le duc de Savoie. Nous y retrouvons le Siège de Casal et la Levée du siège, à côté d’une Vue de Suze et d’une autre Vue de Pignerol. |

Ces idées ingénieuses prouvaient qu'Abraham Bosse savait présenter habilement la gloire naissante du roi. Il est bientôt appelé à donner la mesure de son talent dans des compositions d’un ordre plus important. Le 14 mai 1633, eut lieu à Fontainebleau une cérémonie imposante; Louis XIII fit une large promotion dans l’ordre du Saint-Esprit. Après avoir fait déclarer par le chapitre général la déchéance de quelques membres qui s'étaient compromis avec Gaston d'Orléans et le duc de Montmorency, le roi nommait chevaliers quarante-quatre princes, seigneurs et gentilshommes, parmi lesquels figurait le comte de Toiras. Il accordait la même faveur à trois archevêques, dont l’un était Monseigneur de Paris; il plaçait enfin, en tête de sa liste, les cardinaux de Richelieu et de la Valette. Abraham Bosse grava, pour l'éditeur Melchior Tavernier, quatre pièces ayant trait à cette promotion; lesdites pièces ont été publiées, accompagnées d'un texte dû à d’Hozier !, qui expliquait les qualités et les blasons des nouveaux membres. La première gravure représente le roi donnant l’accolade aux chevaliers, le jour qui précède

1. Les CHEVALIERS DU Saint-Esprit. Les noms, surnoms et qualités, armes et blasons des chevaliers de l’ordre du Saint-Esprit, créés par Louis le Juste, Louis XIII du nom, roi de France et de Navarre, etc., par le s' d'Hozier, gentilhomme ordinaire de la maison de Sa Majesté. À Paris, chez Melchior Tavernier.

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