LE LAQUAIS SERRANT LES VÊTEMENTS DE SON MAÎTRE
la cérémonie. Ensuite viennent le défilé, la cérémonie elle-même et le banquet. Les écrivains du temps n’ont pas manqué de nous dire que les deux cardinaux furent dispensés de l'obligation de s'agenouiller pour prêter le serment et recevoir le collier. Les annalistes ont aussi raconté qu’au banquet, le roi avait pris soin d'envoyer à Richelieu, comme une marque de sa faveur, une part du dessert, « un rocher de confitures d’où sourdait une fontaine d’eau parfumée! ».
Les gravures d'Abraham Bosse sont comme des documents officiels pour le cérémonial qui a été suivi, pour le rituel qui s’est mêlé à cette solennité. La manière du jeune maître s’est ennoblie, il est à la hauteur de ce que l'éditeur pouvait exiger de lui. Ses planches, à les prendre par les détails, sont d'une rare perfection. Si l’on veut en trouver d'aussi belles dans le même genre, en parcourant son œuvre, il faût passer aux compositions qu’il a consacrées, en 1645, à représenter le mariage par procuration de la romanesque princesse Marié de Gonzague, fille du duc de Nevers et de Mantoue, avec le roi de Pologne, Ladislas.
Rendant quelques incidents de cette époque troublée par de longues dissensions intestines, notre graveur exerce sa pointe à d’autres pièces historiques. Il retrace l’ Heureuse Arrivée de Monseigneur frère du Roi (Gaston d'Orléans), à La Capelle, à neuf heures du soir, le 8 octobre 1634. Gaston revenait de Bruxelles, où il s’était réfugié, il rentrait en France pour se réconcilier avec le roi. On le voit parlementer avec le gouverneur de la citadelle, surpris d’abord de cette visite inopinée, et qui, après avoir hésité à le recevoir, donne l’ordre d’abaisser le pont-levis.
Abraham Bosse insiste dans ces gravures, chaque fois qu'il y a lieu, sur l'union de la famille royale. I] montre, dans une autre pièce, les Forces de la France, Louis XIII et Gaston d'Orléans, à cheval, escortés de nombreux bataillons qui, rangés en ligne de bataille, dressent de toutes parts des forêts de piques.
Tout nous rit, Monsieur est en France...
Ce cri du cœur, que nous relevons au bas de la gravure d'Abraham Bosse, avait assurément été poussé par plus d’un bon Français. La nation avait oublié l’insubordination de Gaston; elle voyait les deux frères prêts à conduire les troupes, l’un à côté de l’autre, et, se laissant aller à la joie, elle ne se souvenait plus des rancunes qui les avaient divisés.