Bazin. Histoire de Louis X
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Mais de nouveaux événements se préparent; la guerre est déclarée à V'Espagne. En 1635, Richelieu, trouvant le moment favorable et s’appuyant sur une alliance avec la Hollande, fait entrer une armée sur le territoire des Flandres. C’est la grande guerre qui commence, la lutte féconde en vastes entreprises et marquée, dès le début, par des alternatives de succès et de revers. Abraham Bosse, attentif à chaque nouvelle qui vient des champs de bataille, aiguisant son esprit et sa pointe, va avoir l’occasion de se signaler par quelques compositions qui, sous une apparence fantaisiste, n’en conserveront pas moins une forme originale.
On n’aimait guère les Espagnols en France, au commencement du xvue siècle; l'Espagne nous avait fait souffrir bien des humiliations. Pendant la Ligue, les descendants des vainqueurs de Pavie avaient foulé aux pieds notre capitale, qui avait dû subir, comme au temps des Anglais, une garnison étrangère, composée cette fois de Wallons, de Napolitains, de Catalans, en un mot de représentants de tous les peuples que réunissait la vaste monarchie fondée par Charles-Quint. Les auteurs de la Satire Ménippée nous ont gardé, on s’en souvient, un fidèle écho de cette haine. Ils ont adressé à ces soldats étrangers leurs imprécations les plus vigoureuses.
Une nation, en temps de guerre, n’épargne d’aucune façon ses ennemis, et la passion populaire sait vite découvrir les travers, les ridicules et les traits burlesques. On accablait de railleries nos voisins d’au-delà des Pyrénées. On leur en voulait de leur humeur fanfaronne, de leur penchant à nourrir de grands projets qui s’en allaient en fumée. Les Espagnols, vrais routiers de l'Europe, courant par troupes d’un point de leurs possessions à un autre, se croyaient les maîtres incontestés du monde. Ils parlaient avec fracas de leurs exploits, et annonçaïent avec assurance les succès inouïis que l’avenir leur réservait. Si leurs desseins ne se réalisaient pas, ils laissaient voir le pitoyable spectacle de leur déception, pareils en tout à leur don Quichotte, devenu de plus en plus une personnification nationale.
Pendant une certaine période qui va jusqu’à la prise d'Arras, jusqu’à la bataille de Rocroy, les gravures satiriques dirigées contre l'Espagne se succèdent aux étalages des marchands d’estampes du Pont Notre-Dame. Un type alors nouveau, l'Espagnol de caricature, se produit dans Phistoire de notre art!. C’est le capitan, le matamore, le tranche-montagne.
1. Voir, pour quelques détails, Champfleury, HisToiRE DE LA CARICATURE SOUS LA
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Ce personnage est figuré à l'infini, sous mille traits différents ; on le retrouve non seulement dans les œuvres des peintres et des graveurs, mais encore dans les statuettes et les figurines que les sculpteurs, les céramistes, les ivoiriers et les orfèvres mettaient au jour.
Ce type, Abraham Bosse se l'approprie à son tour : le portrait qu’il nous donne sous ce titre, le Capitaine Fracasse, est à coup sûr un de ses chefs-d’œuvre. Le capitan porte un long chapeau au bord retroussé par devant. Son cou est enveloppé d’une vaste et haute fraise empesée, à gros bouillons, sur laquelle se détache son visage rempli de suffisance et bouffi d’orgueil. Une écharpe de capitaine s’enroule autour de son épaule; il tient d’une main la garde de sa longue rapière, de l’autre « deux raves » qui vont servir à son frugal déjeuner. Les soldats espagnols savaient se contenter de peu; leur sobriété avait étonné nos paysans, et il était de mise de les plaisanter sur leur goût pour les aliments grossiers. La chère qu’ils faisaient était bien maigre, en effet, après les rêves ambitieux et les rodomontades sonores.
Le capitaine Fracasse parle en vers, à peu près, dans les mêmes termes que le matamore de Corneille ; il nous dit avec arrogance, accumulant à plaisir les métaphores redondantes :
Je suis un vrai foudre de guerre, Invincible dans les dangers,
Et mon haleine est un tonnerre Contre les efforts étrangers...
Le personnage que notre grand poète a mis en scène emploie, il est vrai, un langage plus relevé; les vers de Corneille ont une ampleur à laquelle ne pouvaient atteindre les pauvres rimes tracées au bas de Ja gravure d'Abraham Bosse :
Le seul bruit de mon nom renverse les murailles, Défait les escadrons et gagne les batailles.
Mon courage invaincu contre les empereurs N'arme que la moitié de ses moindres fureurs.
RÉFORME ET LA LiGue, Caricatures contre les Espagnols. Au Cabinet des estampes, il faut feuilleter les volumes intitulés : RECUEILS DE FACÉTIES ET DE PIÈCES DE BOUFFON- NERIE. On y retrouve de curieuses gravures : le Drille espagnol renoncant au métier, l'Espagnol alchimiste, le Gazetier espagnol désespéré, etc., etc. Saïnt-Igny est aussi l’auteur d'une caricature dirigée contre nos ennemis ; elle porte ce titre, l’Espagnol échec et mat.