CAPITAINE
Le capitan peint par Van Molse rengorge dans une attitude provocante. Rien ne manque au personnage : il a les moustaches en croc; les sourcils eux-mêmes semblent habilement arqués. Il a l'énorme fraise, la «golille » pour l'appeler par son nom ; il porte le chapeau en pointe, une veste courte bombée en cuirasse, une écharpe brodée ; il tient délicatement d'une main des besicles. La fatuité est jointe chez lui à la forfanterie. Nous sommes avertis par les vers placés au-dessous de la gravure que notre Espagnol se trouve un homme accompli, et qu’il ne voit nulle part personne qui puisse s’égaler à lui. Il fait trembler tous ses ennemis ; il est redouté même par l’empereur de la Chine. Sa bonne mine lui a valu en amour d’innombrables conquêtes ; il a obtenu, en un mot, des triomphes de tous les genres.
Un petit laquais l'accompagne, portant derrière lui le frugal déjeuner que nous connaissons bien. L’allusion plaisante, que nous avons déjà relevée, revient devant nous pour la seconde fois, ce qui nous prouve qu’elle répondait au goût du public. L’humble valet dont ce militaire insolent est escorté, le petit facchino qui marche derrière lui, nu-tête et mal vêtu, ne doit pas gagner beaucoup à son service. Il récolte, cela est probable, plus de taloches que d’argent ; aussi ne paraît-il pas fort content d’avoir un pareil maître. Sans doute, il lui reproche, in petto, de ne pas lui payer ses gages, comme le Sganarelle de don Juan. Il leraille, à la façon d’un laquais de théâtre ; il dit à la cantonade qu’on ne doit pas faire cas de ses bravades, et que ceux qui ont vu de près ce brillant capitaine savent à quoi s’en tenir sur sa vaillance :
Fiez-vous à son langage
Ou, si vous n’en savez rien, Ceux qui le connaissent bien Vous en diront davantage.
Abraham Bosse a donné à ce sujet un pendant qui, cette fois, est une œuvre entièrement tirée de son propre fonds. Il a opposé au vantard espagnol le gentilhomme français, correct dans sa mise, réservé dans ses manières, l'officier circonspect qui n’a rien du mousquetaire orgueilleux et qui se tient en tout à une simplicité de bon aloi.
Le Français et son laquaïs, tel est le titre de cette gravure. Le personnage que l'artiste nous montre sous de si beaux dehors, et qui incarne en lui toute une nation, n’éprouve pas le besoin de faire lui-même son