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éloge. Les hâbleries du fier-à-bras espagnol ne le troublent guère ; il rit de la jactance de ce bravache. Il a mis l’épée à la main et attend que son adversaire s'approche, s’il en a envie. Il se borne, quant à lui, à accomplir son devoir, sans faire sonner ses prouesses. Le laquais du Français imite les allures sérieuses de son maître; il l’aime et le respecte, et, faisant écho aux dires de l’officier, il trouve que le capitan à l'humeur hautaine a plutôt l’air d’un personnage bouffon que d’un militaire.
Le contraste entre les deux peuples est nettement tracé. Nous sentons déjà surgir une jeune France du xvue siècle, sensée et réfléchie. Cette nouvelle génération qui se forme est digne de tous points de l’heureuse destinée qui l’attend. Elle est lasse des extravagances et de la déraison dont elle voit les pernicieux effets ; elle est attirée par la clarté, par la rectitude des idées. Elle possède une ironie malicieuse qui l’aidera à se dégager des exagérations frivoles. Les phrases incohérenteset alambiquées lui semblent ridicules. Elle laissera l’hôtel de Rambouillet pour le palais de Versailles, et le cavalier Marin pour Molière et pour Racine. Vêtue de l’habit à la française, elle échappera bientôt à l’imitation des modes et des mœurs espagnoles. Le jeune officier, dont nous admirons la bravoure résolue et modeste, pourrait dire, comme Voiture, à propos de ce vaniteux hidalgo qui ne lui inspire que du dédain : « Votre beau guerrier consiste tout en la pointe de sa barbe à l’espagnole et de ses deux moustaches de même. Pour le défaire, il ne s’agit que de trois coups de ciseaux. »
Une autre composition : la Mort et le Capitan, sernble succéder naturellement aux gravures précédentes. Le nouveau matamore que nous apercevons devant nous, ct qu’on peut prendre pour une répétition du personnage peint par Van Mol, a affaire à un ennemi dont il est impossible d'éviter les coups ; la Mort le guette, postée en embuscade. Elle tient d’une main son sablier, de l’autre une flèche qui ne manquera pas son but. Cette arme est autrement redoutable que l’épée d’un officier français. Abraham Bosse a tracé là une scène un peu macabre, comme s’il s’était souvenu de quelque Danse des morts. L'idée qu’il a rendue dans cette estampe est presque gothique et répond à une conception fantasque et originale.
Si nous voulons, après avoir étudié ces types empruntés à l'Espagne, arriver, à travers les œuvres mêmes de Bosse, à une sorte de composition finale, nous nous arrêterons à une gravure allégorique : la Fortune de la
France. La lutte entre les deux nations a abouti au dénouement qu’on pouvait prévoir ; nos armes sont partout victorieuses. La Fortune plane dans l’air ; elle a jeté devant elle des palmes, des sceptres et des couronnes. L'artiste a opposé l’un à l’autre deux groupes. D’un côté, Louis XIIT et Anne d'Autriche, Gaston d'Orléans et quelques seigneurs de la cour ; de l’autre un officier éclopé, trainant une jambe de bois et s'appuyant sur un bâton, et un second personnage, monté celui-ci sur une maigre Rossinante et suivi d’une famille qui mendie, femme et enfants. Voilà les piteux débris de la noble armée espagnole ; les matamores qui font trembler le Sofi sur son trône reviennent de la guerre estropiés et meurtris. Capitaines et soudards ont beau invoquer la divinité volage elle leur fait la nique, elle leur tourne le dos et répand ses faveurs sur les Français. Ces derniers verront leurs vœux exaucés de plus en plus. De nouveaux temps se préparent ; notre nation comptera bientôt des victoires éclatantes. Le Dauphin qui va naître et qui sera Louis XIV, le Dauphin que la Fortune réserve à la France comme son plus beau présent, prendra à la monarchie espagnole quelques brillants fleurons. La France va entrer dans sa période héroïque, et l'Espagne, au contraire, emportée sur une pente fatale, glissera de jour en jour vers le déclin.