LA BÉNÉDICTION DE
l’auteur l’a transportée en France et a pris la licence de donner à toutes ses figures des habillements, tels qu’on les portait de son temps. » Quant à nous, nous n’avons pas à nous plaindre de cette substitution ; nous sommes encore en face de pittoresques gravures de mœurs.
Lorsqu'il développe les sujets qui lui sont fournis par les livres saints, Abraham Bosse les renouvelle, grâce à la vision personnelle qui le distingue, grâce à la violence et à la fougue de ses convictions. Censeur rigide, il flétrit sans pitié le péché et le vice : ilne se préoccupe guère d’atténuer les détails. Se proposant, avant tout, de condamner l’orgie des sens et les égarements des passions, peu lui importe de rencontrer quelques crudités d'expression. Il court à la conclusion philosophique, ce qui est pour lui le plus pressé.
Regardez cette suite de l'Enfant prodigue,‘qui était faite pour contenir un enseignement salutaire à l’adresse de tous les jeunes gens. Callet a traité le même sujet ; il a fait défiler sous nos yeux de petits personnages aux allures vives, aux gestes déliés de grotesques, mis aussi à la mode de son époque et ne conservant aucun souvenir de la Judée. Abraham Bosse nous fait éprouver une impression profonde que l'artiste lorrain n’a pas cherchéà nous donner. Quelle véritéila portée dans les situations ! Quel pathétique il nous offre dans chaque scène!
On assiste au départ de lenfant abusé, et l’on sait bien qu'il ne rencontrera pas le bonheur, en s’éloignant du toit familial. Le graveur impitoyable nous le montre trébuchant dès les premiers pas; des courtisanes le grugent et le volent. Abraham Bosse retrace le mauvais lieu où le jeune homme est entré, avec le style expressif et brutal que nous retrouverions dans un tableau de genre de Breughel le Vieux.
La famille de l'Enfant prodigue souffre de ses fautes avec une sage et noble résignation. Voyez comme le graveur insiste avec force sur ce contraste : tandis que le fils court à sa ruine, le vieux père contient en lui-même ses tristes pensées. Il conserve, malgré tout, au fond de son cœur des trésors inépuisables d’indulgence. Quand lexpiation est venue, il se sent attendri et, laissant de côté les rigueurs de l’autorité paternelle, il ouvre les bras à son fils repentant. Il lui rend sa place au foyer et célèbre son retour par un banquet auquel il a convié ses parents et ses amis.
La parabole de Lazare ou du Mauvais Riche inspire à notre artiste quelques traits d’une réalité aussi pénétrante. Il a pris avec énergie le
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