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LES VIERGES

54 LES ARTISTES CÉLEÈBRES

parti de la misère contre l’opulence égoïste. Il montre le riche à table, entouré desa famille, servi par de nombreux valets et savourant des mets exquis, tandis que Lazare, repoussé par les serviteurs, souffre de la faim au seuil de cette demeure fastueuse. Appuyé sur une béquille, le pauvre hère est défaillant et va s’évanouir. La justice divine vient cependant rétablir l’équilibre ; le riche est puni de la dureté de son cœur. Le voici qui, frappé d’un mal subit, agonise dans son lit somptueux. Le médecin a prononcé son arrêt devant sa femme et sa fille qui pleurent. Abraham Bosse, désireux de parler à imagination, a placé près du malade l’image de la Mort, figurée sous des traits fantastiques. Elle a la tête entourée de plumes de paon : c’est une Mort fastueuse, qui semble s'être déguisée ainsi pour apporter au riche un emblème de sa vanité et de son orgueil. Un monstre bizarre, sorte d’évocation diabolique, surgit, en même temps, derrière les rideaux du lit; on croit entrevoir un personnage échappé de la Tentation de saint Antoine, de Callot. Il a un groin de pourceau, comme pour symboliser la luxure. Le moribond, poursuivi par ces apparitions horribles, voit sans doute s’ouvrir devant lui les portes de l'enfer. Lazare, au contraire, est visité dans sa pauvre demeure par les anges qui ne dédaignent pas de poser leurs ailes au bord de son grabat. Il va être débarrassé de son existence chétive, et son âme prendra l’essor vers un monde meilleur.

Arrivons cependant à une autre suite, d’une beauté toute idéale : Les Vierges sages et les Vierges folles. Abraham Bosse atteint dans cette série à une véritable sublimité d’accent. Son sujet devient un poème mystique dont chaque page est magistrale. L'artiste élève le ton de sa voix, comme s’il voulait nous faire entendre une prédication émouvante. Philippe de Champaigne pourrait seul avoir une pareille hauteur de langage.

L'usage du costume moderne répand, en eff:t, dans ces scènes une vie intense. Imaginez aux Vierges sages et aux Vierges folles des vêtements orientaux, conformes à une tradition ancienne et tels qu’on pouvait en porter dans la Galilée où Jésus contait ses paraboles, le caractère des personnages serait peut-être affaibli par le déploiement d’une couleur locale artificielle et indécise. Nous avons au contraire, sous les yeux, tout en nous trouvant retenus dans le décor particulier au temps de Louis XIII, des types d’une religiosité et d’une frivolité bien réelles. Les femmes que le graveur représente, en les opposant les unes aux autres

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