LES CINQ SENS
au roi le surnom de Louis le Juste. Cette austérité, que nous verrons parvenue au plus haut degré chez les solitaires de Port-Royal, devait avoir son influence sur notre art et lui imprimer une tournure janséniste. Sous la régence d’Anne d'Autriche, sous le ministère de Mazarin, les œuvres religieuses de nos artistes, les estampes comportant une leçon sentencieuse et morale répondront encore aux mêmes idées courantes.
On peut être surpris de découvrir ces penchants chez des graveurs tentés d’instinct par le spectacle de la vie. Leur cas a été analogue à celui de quelques poètes qui, après les sonnets amoureux ou les odes bachiques, se sont mis à écrire des hymnes. Clément Marot a traduit les Psaumes ; Saint-Amand a aligné les alexandrins de Moïse sauve, et y a perdu la verve lyrique qui lui était naturelle. Le Parnasse Satyrique, après avoir donné l’exemple de tous les dérèglements, finissait lui-même par aboutir parfois à la religion.
Les graveurs qui avaient produit des estampes de mœurs quelque peu relâchées, revenaient à des conceptions plus sages. Ils avaient peut-être besoin d’infliger à leur imagination une sorte de pénitence. Ces sujets pieux qu’ils exécutaient, ils les avaient eus sous les yeux dès l’enfance, retrouvant dans les sculptures, dans les vitraux des églises, les mêmes légendes répétées à l'infini. Plus d’une de ces représentations artistiques leur avait fait éprouver, dès le début, une vive impression.
Nous avons noté qu'Abraham Bosse se souvenait des vieux maîtres, en traitant des sujets sacrés. On voit peut-être se révéler plus clairement, à travers cet ordre de compositions, les origines de son talent. On découvre mieux les emprunts qu’il a faits aux graveurs de race germanique, la plupart de religion luthérienne. Il s’est inspiré, en même temps que de Callot et de quelques maîtres français, de certains artistes de l’école d'Albert Dürer et de celle de Lucas de Leyde. Il a étudié Théodore de Bry, Aldegrever, Hans Sebald Beham, Jost Amman et Crispin de Passe. Il s’est assimilé leurs idées et a gagné à leur contact un peu de gravité et même de lourdeur.
Ces maîtres ont mêlé aux sujets religieux les scènes de la vie familière. Ils ont reproduit des suites de costumes, ils ont esquissé des types galants ou militaires; ils ont buriné des noces villageoïses, des fêtes bourgeoises ou rustiques !. Ils ont traité certaines allégories qu'Abraham
1. Citons, par exemple, de Hans Sebald Beham, les Noces de village. Ne faut-il pas voir dans ce sujet le prototype du Mariage aux champs? Le même graveur a