LES QUATRE AGES
et, non loin de lui, ses frères et ses sœurs, engoncés dans leurs beaux vêtements, et munis chacun d’un jouet avec lequel ils s'amusent tranquillement. L’Adolescence est représentée d’une manière assez piquante. Un jeune homme, dont le cœur s’éveille, est en train de faire une déclaration à une jeune fille, un peu troublée et un peu surprise par expression de ces sentiments. Un Amour, tenant son arc et préparant une flèche, marche au-devant de ce couple insouciant, et sourit, sûr de son œuvre. Dans l’Age mûr, Abraham Bosse a marqué une idée de vie sagement ordonnée dans un intérieur heureux et calme. Si nous passons à la Vieillesse, nous retrouvons des personnages identiques à ceux du Contrat de mariage, mari et femme, rêvant près de la cheminée, se plaignant de leur faiblesse et cherchant près de la flamme un peu de cette vigueur derpière, qui n’anime pas longtemps le corps épuisé des vieillards.
Les Quatre Saisons de l’année ont inspiré à Abraham Bosse des pièces dont l'originalité n’est pas moins saisissante. Le Printemps est symbolisé par un cavalier qui tient la main d’une jeune dame assise à ses côtés et lui offre une tulipe; l’'Été par des personnes qui sortent d’un château pour se rendre à la promenade et qui vont prendre le frais au bord d’une rivière; l'Automne par des gens qui en viennent aux mains, sous la tonnelle d’un cabaret, après avoir goûté le vin nouveau. Abraham Bosse, pour caractériser l’Hiver, s’est inspiré des réjouissances et des goûters du mardi gras; il nous montre des femmes occupées à préparer des beignets et qui les font joyeusement sauter dans la poêle à frire. Un Jeune muguet s'approche de l’une d'elles et veut se permettre quelques privautés. Mais la belle, qui sait se défendre, le tient à distance; elle ne se laisse pas distraire de sa besogne par ce freluquet, beaucoup trop pressant.
Dans les Cinq Sens, Abraham Bosse revient au même genre de sujets intimes et galants. Une jeune femme respire un flacon, se regarde dans un miroir ou écoute les sons d’un instrument de musique; on comprend ce que signifie chacune de ces actions. Le Toucher, ïl est vrai, est représenté d’une façon un peu plus leste; passons sur les libertés qu’a voulu prendre le graveur. Notons seulement qu'aucune de ces œuvres n’est banale; ces pièces se rattachent, plus ou moins directement, aux séries consacrées aux mœurs.
Quels que soient les détails imaginés par l'artiste, quels que soient les attributs qu’il donne à ses personnages, nous nous trouvons aÿec lui