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LES QUATRE AGES

dans un monde élégant où tout charme l’esprit et les yeux. Ces tendres promeneurs, ces jeunes amoureux semblent sortis d’une pastorale de Racan. Ils se disent des choses fleuries, ils se répètent des fadeurs. On croit voir des Clitandre et des Chloris de comédie qui occupent leur oisiveté à des intrigues romanesques; ces cavaliers et ces dames sont heureux de vivre et satisfaits de tout, soit qu’ils se donnent leur foi, soit qu’ils la reprennent. Quand on considère, dans l’œuvre d'Abraham Bosse, cette vie du commencement du xvure siècle, on se sent transporté dans un milieu délicat où l’on ne découvre aucune dissonance. Nous avons partout devant nous le type aimable de la femme du temps. Nous la voyons passer, svelte, élancée, serrée dans sa longue robe, le front relevé sous la coiffure ronde ou les cheveux bouclés, le cou dégagé à côté du collet brodé. L’allure semble parfois un peu fière, le maintien conserve une distinction hautaine. Elle va et vient, dans son coquet ajustement, balançant les bijoux et les objets précieux qui pendent à sa ceinture, agitant d’un geste insouciant son éventail.

Il faut aussi remarquer comme les personnages d'Abraham Bosse sont placés dans un décor de choix. Les intérieurs où nous pénétrons nous présentent le bon goût que la Renaissance a introduit dans les habitations. Ici, l'artiste se souvient des demeures seigneuriales, des châteaux des bords de la Loire, tels que nous les retrouvons dessinés par Jacques Androuet du Cerceau ou reproduits par Perelle. Là, il met sous nos yeux les vastes appartements des hôtels privés de Paris, les pièces tendues de tapisseries, les hautes fenêtres dont les vitrages répandent à flots le jour, les balcons de pierre ou de marbre, où se découpent des balustres sculptés, les terrasses spacieuses, qui semblent faites pour se prêter aux divertissements d’une galante société.

Un style nouveau s’est produit dans la décoration et l’ameublement, style créé de toutes pièces et qui se prolongera encore pendant les premières années du règne de Louis XIV. Les lits, les sièges, les lambris, les cheminées, ont des formes bien distinctes. Les gravures d'Abraham Bosse nous permettent de retrouver chaque partie de la maison française d'autrefois. Et ce n’est pas seulement la maison que nous pouvons reconstituer, grâce à ces estampes. Après avoir examiné les intérieurs, nous revoyons les parcs et les jardins, les cabinets de verdure, les allées s’allongeant d’une façon bizarre, les arbres taillés en pyramides

et qui ressemblent à des cyprès, les charmilles aboutissant à des grottes de rocailles.

On dirait que l’architecte s’est associé au dessinateur de jardins pour tracer ces perspectives fuyantes, où le regard se perd, qui correspondent à un belvédère, ou qui font valoir la vue d’un pavillon ou de quelque édifice à la légère façade. Des pièces d’eau, des bassins, à la surface limpide, se montrent à la descente d’un perron, ou au milieu des platesbandes de gazon, bordées de massifs touffus.

Le goût italien domine dans la disposition de ces détails rustiques. On y sent percer, par moments, on ne sait quoi de capricieux et d'hétéroclite, et pourtant on croit déjà reconnaître les grandes lignes des avenues classiques, les parterres au tracé solennel et régulier.

FRANCE. — GRAVEURS. ABRAHAM BO$SE. — à

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