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UN GARDE-FRANCAISE CUIRASSÉ

N° 8 de la série des Figures au naturel tant des vestements que des poslures

des Gardes Françoises du Roy Très Chrétien.

Flandre, à laquelle il avait assisté, et peignait les faits d'armes de la campagne contre la Hollande. Le Brun allait consacrer à la gloire de Louis XIV les grandes toiles allégoriques et décoratives de la galerie de Versailles. Les graveurs du Roi reproduisaient les œuvres des peintres: les tapissiers des Gobelins reportaient ces compositions dans de magnifiques tentures.

Le Brun, qu'Abraham Bosse avait poursuivi d’une haïne bien impuissante, exerçait sur les arts une autorité absolue. Les honneurs s'étaient accumulés sur sa tête; il voyait se réunir autour de lui, à l'Académie de Peinture, ses collaborateurs et ses amis. Van der Meulen en était membre depuis 1673, Sébastien Le Clerc y était entré un an auparavant; Gérard Audran y avait été reçu en 1674, après avoir fait agréer à la compagnie deux gravures d’après des tableaux du peintre des Batailles d'Alexandre". Parmi les artistes nouveaux qui venaient grossir les rangs des académiciens, la plupart, Jouvenet entre autres, étaient imbus des leçons de Le Brun. Ces peintres étaient, eux aussi, convaincus du besoin d’apporter en art une règlementation rigoureuse. Ils n’admettaient plus un essai quelconque d’indépendance et exigeaient la pureté du style.

Les amis qu’Abraham Bosse avait comptés à l’Académie avaient disparu un à un; Claude Vignon, qui y était aussi entré, était mort en 1670, âgé de soixante-dix-sept ans. Sébastien Bourdon avait été enlevé l’année suivante. Le Bicheur, Martin de Charmoïs, ceux, en un mot, dont Bosse s'était attiré le plus l’inimitié, ceux-là manquaient aussi à l'Académie. Un. monde nouveau s'était formé; on pouvait remarquer de tous côtés l’avènement d’une autre génération.

Le vieil artiste s’en était allé au milieu de l'indifférence générale. Il ne laissait point d'élèves pour perpétuer derrière lui la tradition de son œuvre. Et comment ses scènes de mœurs, ses gravures intimes, auraientelles pu servir de modèles? Elles reportaient l’esprit à un passé déjà lointain. Tout avait changé, les modes, les costumes, les usages. A la cour, les fêtes, les cérémonies n'étaient plus les mêmes. L'architecture des maisons de la noblesse répondait à de nouvelles tendances ; l’ameublement s'était transformé. Les seigneurs, qui allaient applaudir les pièces de Racine, auraient songé, avec un sourire de dédain, aux habitudes que rappelaient les gravures de l’auteur du Mariage a la ville. Ces estampes, qui évoquaient on ne sait quoi de suranné, leur auraient inspiré quel-

1. Procès-verbaux de l’Académie de Peinture, tome II, page 24.

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