SPRAT. Op. cit., p. XLIII
11. C’est l'opinion de H. C. Minc. Cowley's Last Testament (Fortnightly Review, April 1, 1904, p. 580).
12. L'auteur en serait J. Bushwell (D. Lysons. The environs of London... 1796, vol. III, p. 340).
13. Un lecteur des Notes and Queries possède un manuscrit qui renferme le texte de l’épitaphe, accompagné de ces mots : « Per Carolum Scarborough militem med. doctorem », et d’une parodie de l’épitaphe où Scarborough est
tourné en ridicule autant que Cowley (communication de Mr. Henry Campkin aux Notes and: Queries, I, 5, p. 267).
Au plus fort de la grande peste de Londres, le 28 septembre 1665, Cowley avait fait son testament. William Oldys en signale l’existence 14; J. L. Chester l’a retrouvé dans lies archives de Somerset House 15, où nous avons pu nous-même le copier, et Grosart le reproduit dans son édition des œuvres du poète.
Il se confie au début, selon l’usage, à la miséricorde divine, mais il le fait avec une ferveur qui dépasse la banalité des (oi mules traditionnelles :
Je recommande humblement mon âme à ce grand Dieu, de qui je lai reçue, le suppliant de l’accueillir dans son sein pour les mérites de son fils, sauveur des pêcheurs, parmi lesquels je suis un des
plus grands, et mon corps à la terre, d’où il est venu, dans l’espoir
d’une heureuse résurrection. Seigneur, je crois, secours mon incroyance, seigneur, je me repends, pardonne la faiblesse de mon repentir.
Comme exécuteur testamentaire et légataire universel il désigne son frère Thomas qui, libraire à l’enseigne du Greyhound dans St. Paul’s Churchyard, était en relations avec Evelyn et Pepys 16. De fait, la première clause du testament de Thomas exprime le désir de voir rapidement régler les legs dont Abraham lui avait confié l’exécution 17.
Les légataires particuliers de notre poète sont d’abord des parents, un neveu et trois cousins :
Je laisse à mon neveu Cowley (s’il est encore en vie) dix livres; à mon cousin Benjamen Hind, pour compléter son éducation, cinquante livres; à mon cousin Gauton de Nutfeld, en Surrey, pour le même
14. Note manuscrite à l’édition de Langhaïine, p. 87 : « See his will leaving his brother executor at the prerog. office in Drs. Commons, in register vocat. can, quir 104 dated March 1667 (cette dernière indication était une erreur).
15. Cf. Notes and Queries, IV, 11, p. 340. Le testament avait été redécouvert par Peter Cunningham, comme le rappelle son fils (Notes and Quertes, ibid., pp. 371 et 450), et comme le prouve une copie manuscrite du testament annotée par P. Cunningham (Bodleian Library, Ms. Engl. Hist. e. 1).
16. Pepys y prend les « Verses written upon several Occasions » de 1663. Cf. Diary, 18 nov. 1663 : « I walk home again, reading of a little book of new poems of Cowley’s given me by his brother » (Globe edition, p. 288). Et Cowley demande à Evelyn d’envoyer chez lui le livre de Sir George Mackenzie sur la solitude (Lettre du 13 mai 1667. Diary and Correspondence of J. Evelyn, p. 630).
17. « First I desire that the legacies given by my late deare brother Abraham Cowley in his last Will not yet paid be justly performed. » Le testament, daté du 20 mai 1669, se trouve également à Somerset House,
usage, pour son fils, cinquante livres; à ma cousine Mary Gauton, vingt livres.
Notons que les plus importants de ces legs sont destinés à l’éducation des enfants, trait bien caractéristique. Viennent ensuite les amis : Thomas Fotherby, d’abord, son ancien protecteur de Cambridge, qu’il prie d'accepter cent livres « en modeste souvenir de ses anciennes bontés pour moi », puis Sir William Davenant, Martin Clifford, Thomas Sprat, un certain Thomas Cook, Dr. Charles Scarborough, et Dr. Thomas Croyden (ancien condisciple de Westminster et de Cambridge), à chacun desquels il laisse vingt livres. Suivent les legs à ses domestiques : vingt livres et son linge de corps à Mary, dix livres et ceux de ses habits que son frère lui permettra de prendre à Thomas Waldron 18, cinq livres à Mary la domestique de son frère. Puis un legs charitable de vingt livres aux pauvres de la ville de Chertsey 19. Il offre en outre, à titre de souvenir, son action du théâtre du Duc d’York à « the honorable John Hervey, of Ickworth, Esquire », qui l’avait présenté à Lord Jermyn, et à ce dernier, devenu Lord St. Albans, une bague d’une valeur de dix livres « en simple souvenir de mes devoirs et de mon affection envers lui, ne pouvant rien lui donner qui soit digne de lui, et lui n’ayant, grâce à Dieu, nul besoin de cadeaux venant de personnes de ma condition ».
Il n’oublie pas son collège de Trinity et lui abandonne ce qui pouvait lui rester dû de son traitement de fellow, à charge de l’employer en livres pour la bibliothèque. Il donne aussi une bague de cinq livres à Dr. Robert Crane, fellow du collège (et ancien élève de Westminster) « comme un humble gage de notre amitié » 20.
18. Thomas Cowley prendra ce Waldron à son service. Il lui lègue, dans son propre testament quarante livres, s’il est encore à son service, et dix livres s’il l’a quitté avec son consentement.
19. J. Aubrey déclare qu’il a laissé un revenu destiné à libérer chaque année les plus pauvres des prisonniers pour dettes, et il ajoute : « This I had from Mr. Dunning of London, a scrivener, who is an acquaintance of Doctor Cowley’s brother » (Brief Lives, p. 189). Mais il confond le testament de Thomas et celui d'Abraham. Car Thomas lègue bien « to the poore prisoners of Ludgate Kings Bench and Marshalsees, for the discharge of such as are kept for any debt under ten pounds, 150 pounds. »
20. Le legs à Trinity College permet de comprendre un passage des livres de comptes du Collège jusqu'ici bien obscur. Les Senior Bursar’s Accounts
Enfin, passant à son œuvre littéraire, il charge son ami Sprat de rassembler et de reviser celles de ses œuvres, imprimées ou non, qu’il jugera dignes d’être publiées, « le priant de n’en laisser passer aucune qu'il jugerait indigne (s’il s’en trouve de cette sorte qui m'’aient échappé), et qui puisse offenser le moins du monde la religion ou les bonnes mœurs », et lui lègue sa bibliothèque.
Telles sont les clauses de ce testament où se reflètent une dernière fois le tempérament et les goûts de Cowley, sa piété sincère, sa foi d’humaniste dans la vertu de l’éducation, surtout son culte de l’amitié, qui occupe. bien dans ses dernières volontés la place de premier plan qu’elle avait tenu dans sa vie, et auprès de laquelle paraît minime fa part de la famille (alors que, deux ans plus tard, Thomas lègue des sommes diverses à onze parents ou alliés, Abraham s'intéresse à quatre d’entre eux seulement).
Et ces quelques traits confirment ce que sa vie a pu nous apprendre de sa personne et de son caractère.
de l’année 1670 portent parmi les dépenses extraordinaires : « To Mr. Alestry for bookes given by Dr. Cowley to the library 51.00.00. » Or, James Alestry était libraire, exactement : « Printer of the Royal Society, at the Rose and Crown in St. Paul’s Churchyard. » Ces cinquante et une livres représentent donc la somme due par le Collège à Cowley, et dépensée, selon sa volonté, en achat de livres. La date 1670 s’explique par la phrase du testament de Thomas que nous avons citée : c’est un des legs non encore exécutés.
Une dizaine de portraits de Cowley nous ont été conservés. Mais la plupart semblent être des fantaisies d’artistes, ou des copies du seul portrait qui ait pour nous l’apparence de la vérité, le buste gravé par Faithorne, en tête de l’édition de 1668 1.
Nous y trouvons le Cowley de la maturité : un visage rasé, rond et plein, de grands yeux vifs et francs sous des sourcils épais, un nez droit, plutôt long, une bouche charnue, un peu molle, le tout encadré d’abondants cheveux blonds bouclés, régulièrement partagés sur le front. L’impression qui se dégage de l’ensemble est une impression de solidité et de placidité. L'intelligence du regard anime la régularité des traits, mais on y sent moins de flamme que de réflexion avisée. On y devine un homme raisonnable, sensé, ami du calme. Cowley n’apparaît, en somme, ni beau, ni très distingué. Il a une lourdeur, tout au moins une plénitude de traits qui rappelle ses origines plébéiennes. Maïs sa physionomie sereine a du charme et même une certaine grâce un peu nonchalante.
Voici d’ailleurs comment l’ont vu les générations suivantes :
Je vis, dit un rédacteur du Gentleman’s Magazine, en 1738, un personnage d'environ quarante ans, de teint délicat et d'aspect pensif, qui prit place près de Spencer (les poètes se sont réunis pour admettre
1. Un autre portrait seul est réellement intéressant : c’est celui de Cowley à l’âge de treize ans, qui figure en tête des Poeticall Blossomes. On y voit l’écolier sage et déjà méditatif. Le portrait conservé à la National Portrait Gallery, celui de Sir Peter Lely, tombe dans la fantaisie, avec son Cowley aux cheveux en désordre, à la figure exaltée par une inspiration romantique. Quant au crayon qui fut légué en 1820 par un descendant du poète, « Richard Clark, Esq. », au Master de Trinity College, malgré sa ressemblance certaine avec le portrait de Faithorne, il nous offre un fier cavalier à la fine moustache, assez différent du Cowley que nous imaginons. Peut-être pouvons-nous l'y voir sous les traits de l’ami de Buckingham ? Nous ne parlons pas de la miniature de Zinck, tant l’imagination semble y avoir joué un rôle important.
spy à + m-
Milton parmi eux) ; ses beaux cheveux qui tombaient en boucles souples sur ses épaules, sa robe flottante et son air modeste, faisaient penser à un des disciples de Platon, tels que 1° grand Raphaël les a peints dans son Ecole d'Athènes 2.
Notons que c’est l’homme qui semble les captiver, plus encore que l’auteur. N’est-on pas allé jusqu’à dire que « son savoir et sa poésie étaient ses moindres mérites », mettant ainsi ses qualités personnelles au-dessus de son talent ? 3. Le roi le jugeait bien de ce point de vue, lorsqu'il s’écriait que « Mr. Cowley n’avait pas laissé d’homme meilleur que lui en Angleterre ». Et les journaux mêmes, rendant compte de son enterrement, insistaient sur l’honnêteté parfaite de sa vie autant que sur son talent d’artiste 4.
Aussi ne sommes-nous pas surpris lorsque Sprat, après avoir raconté sa vie et examiné son œuvre, consacre cinq pages éloquentes à l’éloge de sa personnalité morale. Si nous avons souvent pu déplorer le vague et l’insuffisance des renseignements biographiques que Sprat nous donne sur son héros, nous sommes heureux de trouver ici une analyse aimante et détaillée de ses vertus. Lorsque Cowley jugeait les autres, explique Sprat, « il mettait toujours l’heureuse tournure de leur esprit, et l'honnêteté de leurs actions, au-dessus des richesses de leur éloquence ou de leur savoir. Je vais appliquer la même méthode à sa louange, que doit surtout inspirer sa vie » 5.
Le premier trait de son caractère qu’a noté Sprat, c’est sa solidité foncière, le parfait équilibre de sa nature, — un équilibre que rien n’a pu ébranler, ni les vicissitudes de son existence ni même l’étendue de son talent. Cowley est toujours resté semblable à lui-même. Il n’a pas subi d'évolution morale, et le sage de Chertsey se trouve déjà dans l’écolier de Westminster. L’expérience n’a fait que le confirmer dans ses tendances naturelles; elle a simplement transformé en convictions ses instincts.
Et l'instinct le plus fort auw’il ait porté en lui est celui de la modération. L'analyse de Sprat est bien révélatrice à cet égard.
2. Gentleman’s Magazine, Septemhre 1738 (vol. VIII, p. 469) : The Apotheosis of Milton.