‹ Abraham CowleyChapitre 127 sur 429 · E. Ecvs. An Exclamation.…., p · texte numérisé non relu

E. Ecvs. An Exclamation.…., p

15. Cf. SPENCE. Op. cit., p. 285, et J. WARTON. Op. cit., p. 44.

16. Warton dit : « Towards the latter part of his life he shewed an aversion to the company of women, and would often leave the room if any jun to enter it whilst he was present. » Cf. aussi Notes and Querties,

d'Adam ? Il a connu et admiré une femme, mais c’est Orinda, l’incarnation de l’amour platonique, de l’amour spiritualisé, dépouillé de tout élément sensuel, confondu avec l’amitié. S'il en parle avec tant de sympathie, c’est qu’il la considère comme un pur esprit avec laquelle il peut correspondre d'âme à âme.

Aussi trouve-t-il dans l’amitié la satisfaction complète de ses besoins sentimentaux. Encore le sentiment yÿ tient-il une place très secondaire. Il cherche surtout chez ses amis, ce qu’il demande aux livres, une nourriture intellectuelle, le contact d’autres esprits. Nous ne voulons pas dire qu’il ait été totalement dépourvu de sensibilité, et qu’il ait vécu dans un monde d'idées pures. Il était très humain, il connaissait les émotions, les enthousiasmes. Mais émotions el enthousiasmes revêtent chez lui une allure intellectuelle, s'appliquent aux choses de l'intelligence. Les plus spontanés des sentiments, comme l’amour de la nature et de la solitude, il les raisonne et les transforme en théories philosophiques. De même, dans l’amitié, la seule forme d’attachement humain — les liens naturels de la famille exceptés — à laquelle il se soit montré sensible, il songe avant tout à satisfaire et à cultiver son esprit.

Ses amitiés ne sont pas passionnées. Elles naissent de son intelligence. Elles la reflètent, en quelque sorte, dans leur diversité et leur solidité. Nous connaissons leur variété extrême. Il se plaît dans la société d’un duc de Buckingham, grand seigneur léger, gracieux, spirituel, ou d’un Jermyn, courtisan modèle, expert en intrigues, prompt à capter les faveurs et les honneurs, et eux, de leur côté, lui sont étonnamment fidèles et dévoués. Il se lie avec de jeunes hommes graves et pieux, comme William Hervey, ou, plus tard, Sprat, et d’autres jeunes hommes, Martin Clifford par exemple, plus spirituels que moraux, si nous en croyons les biographes. Lord Falkland, un apôtre de la raison et de la modération, Thomas Hobbes, le philosophe à la logique rigoureuse, Sir Charles Scarborough, le grand médecin, l’attirent, et sont ses maîtres autant que ses amis, mais il subit aussi l’attraction de Crashaw, le fougueux et sensuel mystique. Et n'oublions pas Evelyn, amateur éclairé des jardins et des fleurs.

I1 fallait que le charme personnel de Cowley fut bien fort pour grouper autour de lui des hommes si différents, et pour les rete-

nir jusqu’au bout. Nous avons retrouvé dans son testament les noms de tous ceux de ses amis qui n’étaient pas morts avant lui. L’ayant connu, on ne pouvait plus se détacher de lui. Et certes il devait faire un compagnon charmant, avec sa probité intellectuelle, sa vaste culture, son esprit, la douceur et la délicatesse de ses manières. Croyons en Sprat : « personne ne cessait avec plaisir une conversation avec lui; car il la dirigeait de telle sorte que chacun en tirait l’impression d’y avoir sa part ».

Et ce charme reste le plus beau titre personnel de Cowley. Nous pouvons admirer dans son œuvre la subtilité de son intelligence, ou l’étendue de son talent poétique. Il a été réservé à ses contemporains de l’aimer pour lui-même. N'oublions pas ce qu’il a été pour eux. Ne voyons pas seulement en lui l’auteur, mais l'homme, avec sa belle et fine nature de gentleman.

Nous avons vu dans Cowley un intellectuel, un homme chez qui la pensée précède et conditionne l’action, chez qui sont réprimés les élans de l'instinct. Son œuvre ne surgit pas des profondeurs obscures du sentiment. Elle dépend de ses théories et de ses principes. Le penseur guide l'artiste. Il semble donc logique de commencer par l’étude de ses théories, avant d’aborder celle des applications qu’il en a faites.

On ose à peine, en parlant de la pensée de Cowley, prononcer le nom de philosophie, et pourtant, bien que nulle part il ne l’ait exposée de façon cohérente, bien que peut-être il n’en ait jamais eu lui-même une conscience claire, il a une manière de philosophie. On la voit, en lisant son œuvre, se dégager peu à peu, et prendre corps; toutes les grandes questions morales et sociales l’ont intéressé, et les solutions qu’il en donne sont, malgré leur éparpillement, assez nettes pour qu’on puisse les grouper et reconstituer sans trop d’arbitraire la conception que le poète avait de la vie et de ses problèmes.

En dépit des apparences, sa pensée est une. Toutes ses théories ont un principe commun qui les explique, les justifie et les enchaîne : la foi en la raison.

L'homme est à ses yeux un être essentiellement raisonnable. Dieu, le créant à son image, lui a donné, et à lui seul, cette faculté. La raison est donc la trace du divin en lui, ce qui l’élève au-dessus des animaux et le rapproche de son créateur 1.

1. Brutus, st. 4, v. 4. I, p. 195. Cf. aussi Reason. The use of it in Divine Matters, st. 5, v. 3 et 4. I, p. 47.

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