D. Masson. The Life of John Milton, vol. VI, p
8. Cowley expose la plupart de ses griefs dans la satire : The Puritan and the Papist (II, pp. 150-157).
lesquelles la religion se trouve étouffée 9. Cette aversion pour Rome et tout ce qu’elle représente se manifeste en maints endroits de l’œuvre de Cowley dans des allusions pleines de dédain, d’ironie ou de haine 10.
L’hypocrisie est aussi la marque distinctive des puritains. Leur dévotion ne les empêche pas d’être de vulgaires coquins. Ils font de leur vie deux parts, tenant à l’écart de leur conduite journalière leurs principes religieux; ou bien, s’ils leur permettent de l'influencer, c’est pour leur demander de couvrir de leur prestige des actes malhonnêtes 11. Cowley se refuse à voir chez eux des sentiments sincères 12. (Sa critique est d’ailleurs au moins autant sociale que religieuse. Il combat dans le puritanisme autant la révolte contre le roi et son église que le schisme lui-même.) Mais quand il s’attaque au culte et au dogme, il proteste contre les
9. Elle admet le mensonge dans certains cas (v. 7) et la restriction mentale (v. 35). Elle puise dans les textes sacrés ce qui lui convient, et passe le reste sous silence (v. 89). Elle interdit aux laïques la lecture de la Bible entière (v. 57). Elle délie des serments (v. 49), et découvre, pour son propre bénéfice, qu’il est possible d’assurer son salut par les bonnes œuvres (v. 71).
Après l'hypocrisie, l’orgueil: l’église catholique n’oublie pas qu’elle descend de Saint-Pierre (v. 137). Au point de vue religieux, elle s’arroge l’infaillibilité (v. 121); au point de vue social, elle fulmine, excommunie (v. 193). Elle est intransigeante et dogmatique. S’y ajoutent des pratiques superflues telles que l’emploi du latin (v. 19) et l’obligation du jeûne (v. 125); des coutumes barbares, comme l’interdiction du mariage à ses prêtres (v. 85), et l’ascétisme stérile qu’elle impose aux moines (cf. Upon Liberty, II, p. 391); des croyances ridicules : culte des saints (v. 64), des reliques (v. 133), foi aux miracles (v. 161); enfin, elle complique arbitrairement le dogme ou le déforme, comme lorsqu'elle fait du libre arbitre le grand privilège de l’humanité (v. 85), et nous ordonne de croire à la transsubstantiation (v. 171), à l’immaculée conception de la Vierge (Davideis, livre II, n. 90, I, p. 320) ou à l’existence des limbes et du purgatoire (v. 113).
10. Cf., par exemple : Cutter of Coleman Street, Préface, II, p. 261 : « The Church of Rome with all her arrogance, and her wide pretences of certainty in all Truths, and exemption for all Errors… »
Cf. dans An Elegie on the Death of John Littleton…., XI, p. 55, une allusion à la facilité avec laquelle Rome fait des saints et des martyrs.
Cf., dans The Mistress (The Given Love, st. 8, I, p. 70), la satire des indulgences, des rachats par l’argent, admis par l’église catholique, et une pointe à l’adresse de l’obéissance au Pape (Not Fair, v. 28, I, p. 75).
11. Cutter of Coleman Street, acte I, sc. 2 (II, p. 271), et acte II, sc. 8 (I, p. 293).
12. Ce sont de perpétuels acteurs qui « contrefont la voix douce de la sainteté pour dissimuler la rudesse de leurs mains impies ». Cutter, Preface, XI, p. 264, L, p. 15. Voir aussi ibid., p. 263, 1. 30, et acte IIT, sc. 6, p. 302.
libertés que les puritains prennent avec les Livres Saints 15, il dénonce le fanatisme orgueilleux qui fait d'eux tous des « Saints », des créateurs de sectes nouvelles, et il tourne en ridicule les extases et les visions extravagantes de ces illumiñés 14. Ainsi le puritanisme est aussi détestable que le catholicisme. Cowley unit ces deux sectes dans une même réprobation. Il y voit des religions troubles, passionnées, et devant répugner comme telles à l’homme raisonnable.
Dans l’église d'Angleterre, qui est à égale distance de l’une et de l’autre, il trouve, au contraire, le calme et l’équilibre dont il sent le besoin. Une religion franche, à l’enseignement clair, à l’organisation rationnelle, capable de diriger les consciences sans les laisser croupir dans l'ignorance, ni les opprimer sous des règles tyranniques, capable surtout de fournir une base à la conduite de la vie et de mener à la Vertu. Ici tout satisfait la raison, et c’est là, pour Cowley, la pierre de touche, dans le domaine religieux comme dans les autres 15.
L'exercice de la raison est même peut-être plus utile et plus nécessaire en religion que partout ailleurs, car le terrain religieux est celui où les passions se déchaînent le plus aisément et causent le plus de ravages. Voici comment Cowley l’entend. Dans deux poèmes de son recueil Miscellanies 16, il définit nettement ses vues. Nos croyances doivent avoir pour base la raison. Tout d’abord, défions-nous de notre tendance paresseuse à marcher aveuglément sur les traces de nos prédécesseurs, à accepter leurs
13. Cf. The Puritan and the Papist. Par exemple sur l’arrogance avec laquelle ils se sacrent eux-mêmes prêtres, le dogmatisme de leurs synodes (v. 122..), leur morne conception du dimanche (v. 130...).
14. Cf. Cutter of Coleman Street, acte III, sc. 6 (p. 302, sq.), sc. 12 (p. 308), acte IV, sc. 5 (p. 314 et 315), et The Guardian, acte V, sc. 1 (p. 220).
15. Notons que les rapports de la raison et de la religion sont une des préoccupations dominantes du siècle. Le déiste Lord Herbert of Cherbury, le matérialiste Hobbes, s’y intéressent, tout comme les latitudinaires d'Oxford et les Platoniciens de Cambridge. Glanvill écrit, en 1670, un livre intitulé Logontheskeia, or À seasonable Recommendation and Defence of Reason in the Affairs of Religion against Infidelity (Cf. GREENSLET. Joseph Glanvill, p. 128 IS).
16. The Tree of Knowledge : That there is no Knowledge. Against the Dogmatists, |, p. 45, et Reason : The Use of it in Divine Matters, 1, p. 46.