‹ Abraham CowleyChapitre 133 sur 429 · HAN · texte numérisé non relu

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interprétations comme articles de foi. Ce que les autres hommes ont écrit sur Dieu ne doit pas nous suffire, la parole divine seule importe. Dieu nous a laissé la raison, reflet de son esprit, pour que, malgré la faute originelle, nous puissions faire notre salut. Sachons l’employer : elle seule peut nous aider à comprendre le Livre Saint où il s’est révélé à nous 17.

Mais la raison, si elle a un vaste champ à explorer, a aussi ses limites. Elle ne suffit pas à découvrir la vérité. Imparfaite comme elle l’est devenue par notre faute, elle ne peut comprendre Dieu, qui est la Raison parfaite, éternelle 18. Elle nous mène seulement au seuil du sanctuaire. La religion est un grand mystère, devant lequel nous devons savoir nous incliner 19, De ce que nous pouvons raisonner, ne concluons pas que nous pouvons tout connaître. Résignons-nous à avouer notre impuissance, n’ayons pas le vain orgueil d’affirmer que nous savons, alors que nous avons juste assez d'intelligence pour nous apercevoir que nous ne savons rien. Nous ne pouvons percer le voile des apparences : Dieu seul connaît la vérité entière 20. Au-dessus de la raison règne la foi.

Sir Thomas Browne avait écrit, avec ia même humilité, dans sa Religio Medici, en parlant des mystères de la religion :

Je crois que tout ceci est vrai, dont ma raison voudrait me démontrer l’erreur, et je trouve que c’est une des merveilles de la Foi que de croire une chose non seulement supérieure, mais contraire à la raison, et malgré les témoignages de nos propres sens.

Tout dogmatisme est, dès lors, vain, proclame Cowley, avant Glanvill 21. A quoi bon se perdre en discussions stériles et même dangereuses ? A ses yeux la foi la plus naïve est la meilleure. Ne dit-il pas: « une époque cultivée est toujours la moins pieuse » 22 ?

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