‹ Abraham CowleyChapitre 134 sur 429 · Cf. GLanvizz. On the Vanity of Dogmatizing · texte numérisé non relu

Cf. GLanvizz. On the Vanity of Dogmatizing

22. Against Fruition, vers. 4, I, p. 98. Il proscrit de son Collège philosophique toutes les discussions sur le dogme. La religion y tient une grande place,

Dans l’appel à l’étude raisonnée de la Bible, nous apercevions la trace des doctrines de Lord Falkland et de Chillingworth. Ici, Cowley nous fait plutôt penser à Henry More, qui plaçait au-dessus de la raison l'intuition de la vérité, ou, selon ses proprès termes, une « sagacité divine ». Mais il faut, pour trouver la source première de sa conception, remonter bien plus haut, jusqu’au Moyen Age. Les deux poèmes dont nous parlons nous apparaissent comme un écho lointain de la grande querelle entre le réalisme et le nominalisme. Nous y voyons Cowley se joindre aux nominalistes pour déclarer que la foi ne saurait se confondre avec la raison 23. Lorsqu'il identifie à l’arbre du fruit défendu l« Arbor Porphyrii », c’est-à-dire l’Arbre des Universaux portant les fruits du Réalisme, et raille le dogmatisme, il prend parti contre l’intellectualisme absolu des disciples de Saint-Thomas 24. Ses longues études universitaires lui ont assurément donné de Ja question une connaissance approfondie.

Il n’est pas, toutefois, sans intérêt de noter que sa position rappelle étrangement celle de l’homme qui, du point de vue poétique, a exercé une telle influence sur lui, John Donne. Cette emprise semble se prolonger et atteindre aux sources mêmes de sa pensée. Nous n'avons pas l’ambition d'analyser ici les idées religieuses de Donne. Nous voudrions simplement mettre en lumière les points communs qu’elles présentent avec celles de Cowley. Donne subordonne nettement la raison à la foi.

Que mon esprit ne soit pas rendu plus aveugle par plus de lumière,

mais le rôle du chapelain se borne « à enseigner Dieu dans ses justes commandements et ses œuvres merveilleuses » (À Proposition for the Advancement of Experimental Philosophy, I, p. 255). Cf. la note à la strophe 7 de The Plagues of Egypt, IL, p. 234.

23. Rappelons que, pour les réalistes, la foi et la raison ne font qu’un. On s’approche de Dieu, l’universel suprême, par la compréhension des universaux successifs. Pour les nominalistes, Dieu est volonté, et non intelligence. Notre raison est impuissante à le comprendre, elle est même pour la foi un danger.

24. Cf. The Tree of Knowledge, st. 1 et 2, I, p. 45. Malebranche, réaliste, déclarait : « La raison doit toujours être la maîtresse: Dieu même la suit. L'intelligence est préférable à la Foi, car la Foi passera, mais l’intelligence subsistera éternellement » (Cité dans un article de Louis I. Brepvorr. The religious thought of Donne in relation to medieval and later traditions (University of Michigan publications, vol. I. Sfudies in Shakespeare, Milton and Donne, New-York, 1925), qui nous a beaucoup servi pour tonte cette question).

s’écrie-t-il, que la Foi, par l'addition de la Raison, ne perde pas la vue 25. — La Raison est la main gauche de notre âme. La Foi sa main droite, grâce à elles nous atteignons Dieu... 26.

Il a, en outre, le désir d’atteindre la vérité par une enquête personnelle, et le sentiment de la difficulté de son entreprise. II s’est convaincu que toutes les sectes renferment une part d’erreur et de vérité. Aussi demande-t-il la plus large tolérance et la simplification du dogme, à tel point qu’on a pu l’appeler « un prélatitudinaire ». Ne va-t-il pas jusqu’à dire, parlant du protestantisme et du catholicisme :

Les canaux de la miséricorde divine traversent l’un et l’autre champ; et ce sont les mamelles jumelées de sa grâce, toutes deux cependant malades et atteintes, mais de maux différents ? 27.

Autant d'idées que nous trouvons chez Cowley.

Lui-même, en vrai latitudinaire, se refuse à la casuistique, et il semble réduire le dogme à un petit nombre de grandes vérités. C’est ainsi qu’il affirme sa croyance à l’immortalité de l’âme 28, à la bonté et à la justice de Dieu 29, à la vertu bienfaisante des épreuves 30, à la conception de la vie sur cette terre comme une préparation à la vie éternelle 31. Son ultime dessein, que la mort arrêta alors qu’il avait à peine reçu un commencement d’exécution, nous voulons dire son projet d'écrire une histoire des origines du christianisme, n'est-il pas entièrement fidèle à l’esprit qui animait Lord Falkland et ses amis, d’une part, et les « Cambridge Platonists » de l’autre ? Il s’agissait pour lui, explique Sprat, « de confirmer son esprit dans la Foi qu’il professait »; non qu’il doutât lui-même, c'était un bon anglican, et il avait en horreur toute controverse :

25. À Litany, st. 7 (Poems of John Donne (The Muses’ Library), vol .I, p. 177).

26. To the Countess of Bedford, cité par Brepvoup. Op. cit., p. 214. Cf. aussi le début de l’élégie sur la mort du prince Henri (II, p. 72) : Look to me, faith, and look to my faith, God; For both my centres feel this period.

Of weight one centre, one of greatness is; And reason is that centre, faith is this. »

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