I. - Morale théorique
Les préoccupations morales proprement dites occupent dans l'esprit de Cowley une place non moins importante que le souci religieux. Nous ne saurions nous en étonner, puisqu’elles ne sont que le prolongement de son christianisme, son adaptation à la vie pratique. Le théologien devait forcément se doubler chez lui d’un moraliste.
Toute sa vie nous le voyons prendre la moralité comme pierre de touche de la valeur humaine, et n’accorder son estime à ses semblables qu'’autant qu’ils sont vertueux. Au cours de ses élégies, des poèmes qu'il adresse soit à ses amis, soit à d’illustres personnages, il est rare que le mot vertu ne se rencontre pas à la place d'honneur. Dans son tout premier recueil, l’élégie où il célèbre Lord Carleton fait de sa vertu l’aimant autour duquel gravitent ses autres qualités 1. Quelques années plus tard, il loue la duchesse de Buckingham de ce qu’on ne peut la surpasser « en talent, en gloire, en valeur, en vie vertueuse » 2. Mrs. Anne Whitfield est à la fois « chaste et belle » et il exalte l’union si rare de ces deux qualités 3. Plus tard, pleurant la mort de son ancien maître Jordan, il invite à le regretter avec lui ses camarades qui connaissaient « ses rares vertus » 4 Son meilleur ami, William Hervey, atteint sur ce point plus encore que sur les autres la perfection. Crashaw mérite à la fois le titre de poète et
1. An Elegie on the Death of the Right Honourable Dudley Lord Carleton, Viscount Dorchester, late Principall Secretary of State (I, p. 40).