‹ Abraham CowleyChapitre 139 sur 429 · LD · texte numérisé non relu

LD

celui de saint 5. Dans son dernier recueil, Cowley glorifie de même l’irréprochable vertu de la belle Orinda et il y trouve la raison de son infinie supériorité sur Sapho 6.

Si nous passons du monde réel à celui qu’il crée, nous lè voyons choisir pour héros de ses poèmes des personnages vertueux à l'extrême, sinon à l’excès. Ses amoureux, Pyramus et Thisbe, Constantia et Philetus, sont représentés avec naïveté comme ornés de toutes les perfections physiques et morales. Ils ne diffèrent guère des amoureux du Guardian, Truman Junior et Lucia, dont la pureté contraste d’une manière quelque peu irréelle avec le vice qui les entoure 7, et nous trouvons chez les héros de la Davidéide, David et Michol, la même union de beauté, de vertu courageuse et de modestie 8. Dans ce dernier poème, le caractère selon le cœur de Cowley, celui où il a visiblement incarné son idéal, Jonathan, se montre également vaillant, savant et pieux. Sa charité ne connaît pas de bornes. Il s’acquitte strictement de ses devoirs d'affection envers les siens, il est bon époux, bon maïtre, bon père et bon fils, ami parfait. Son érudition est immense, mais il se consacre avant tout à l’étude de « la Loi sacrée de Dieu », et sa vie en est une perpétuelle application 9.

L'amour de la vertu transparaît à chaque page de l’œuvre de Cowley. À tout instant, au milieu de développements qui semblent indifférents à la morale, une phrase, une parenthèse rapide, révèlent ce souci de la pureté des manières et du cœur. S'il paraphrase une épigramme de Martial célébrant un idéal de vie simple et heureuse, il a soin de préciser que la gaieté doit toujours rester dans les bornes de la décence et du bon ton 10. Dans un passage inspiré de Virgile où il décrit les plaisirs champêtres d’où le vin n’est pas exclu, il ajoute avec prudence qu'il ne faut pas boire au point de perdre sa raison et ses forces 11. Dans les projets de

5. On the Death of Mr. William Hervey (p. 36), str. 14 et 15, et : On the Death of Mr Crashaw (I, p. 48).

6. On Orinda’s poems, st. 4 (1, p. 405); et : On the Death of Mrs. Katherine Philips, st. 4 (I, p. 443).

7. The Guardian, acte I, se. 6 et 7 (II, pp. 172-174) et acte IV, sc. 7 (p. 217).

Page 1