Destinie, n. 1, st. 2 (I, p
ses affirmations, Cowley semble condamné au pessimisme. Et cependant nous le voyons aboutir à un doux optimisme. Comment expliquer cette contradiction entre les prémisses et la conclusion ?
N'oublions pas que les Odes pindariques où nous trouvons surtout exposée cette sombre philosophie sont d’abord l’œuvre d’un poëte qui ne se croit pas obligé à une vérité totale; pour rehausser l’effet artistique, il se laisse aller à exagérer sa pensée. Tenons aussi compte du fait qu’elles ont été écrites par Cowley en pleine crise de découragement. Ces Odes correspondent à un accès de pessimisme, de cette forme élémentaire du pessimisme qui consiste à ériger en théorie philosophique des malheurs ou des désil!luüsions personnelles. Elles ne traduisent pas son véritable sentiment. Il est par nature optimiste. Ayant constaté l’existence du mal, il s’en accommode tout en le déplorant. Il n’est pas de ceux qui s’insurgent, mais il n’est pas non plus de ceux qui s’abandonnent : il veut vivre, et avec l’aide de son bon sens, il s'efforce de tirer des choses telles qu’elles sont le meilleur parti possible. C’est ainsi qu'il s'oriente vers une sorte de compromis d’où se dégage un optimisme modéré. Conduit par la réflexion à se faire du sort des hommes une opinion pessimiste, il se refuse à la pousser jusqu’à sa conclusion légitime. Il s’arrête à mi-chemin et, considérant comme possible un bonheur relatif, il fait de la recherche de ce bonheur le but suprême de nos efforts. De ses observations désolantes, il tire des raisons de vivre et sa règle de conduite. Son pessimisme vaincu ne va subsister que sous la forme atténuée d’une misanthropie grondeuse.
Sans doute, dit-il, la vie est courte; mais c’est une raison de plus pour mieux en jouir, pour vivre au sens plein du terme et ne remettre au lendemain toujours incertain, aucun des plaisirs que peut nous procurer le présent. Le sentiment même de notre fragilité accroît notre joie de vivre 35. Sans doute, nous subissons les caprices de la fortune, mais nous pouvons chercher à ne pas lui donner prise et à placer notre bonheur hors de son atteinte 84.
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33. The Danger of Procrastination (II, p. 452). 34. Ceci est le thème de la plupart de ses essais. Cf. Of Liberty (p. 377);
Of Obscurity (p. 397) ; Of Greatness (p. 428); The dangers. (p. 443).
De ce que le bonheur est possible, il ne s’ensuit pas qu’il soit à la portée de tout le monde. Il s’entoure d’une série de barrières, et seul un petit nombre d'élus est appelé à en jouir.
Le premier devoir de l’homme qui le poursuit intelligemment est de se connaître. C’est l’antique appel : yv&01 ssautév.
Mais l’entreprise est délicate! Comment la mener à bien dans les conditions normales de l'existence? Vivant au milieu de nos semblables, soumis de ce fait à mille obligations, nous nous sommes bâti une personnalité factice, sorte de masque créé par les exigences de la vie en commun. Rares sont les instants où nous pouvons nous voir tels que nous sommes, et même alors, l’habitude de notre être social ne nous permet plus de reconnaître notre être véritable : nous sommes devenus des étrangers pour nousmêmes. Pour apprendre à nous connaître, il faut donc nous affranchir des exigences sociales, reprendre sur nous-mêmes la maîtrise perdue, en un mot redevenir libres 55.
La liberté est le plus indispensable, le plus précieux des biens. La liberté, c’est-à-dire le sentiment du pouvoir que nous avons d'agir à notre guise, « dans les limites permises par les lois de Dieu et de notre pays », le privilège du libre arbitre que le créateur nous a laissé, tant il nous est nécessaire, après même la faute d'Adam 36, « l’admirable fleur qui couronne l’humanité » 37.
He’s no small Prince who every day Thus to himself can say, Now I will sleep, now eat, now sit, now walk, Now meditate alone, now with Acquaintance talk. This I will do, here I will stay, Or if my Fancy call me away, My Man and I will presently go ride :
(For we before have nothing to provide, Nor after are to render an account) To Dover, Barwick, or the Cornish Mount 38.