Of Agriculture, I, p. 403, 1. II
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Jours exclu, voici pour ainsi dire, le premier article de notre pro-
gramme. Par la réflexion, nous nous élevons vers la divinité. Cowley n’affirme-t-il pas : « la pensée est la chose qui distingue la solitude d’un Dieu de celle d’une bête sauvage » 62?
Mais notre intelligence est trop imparfaite pour que nous puissions longtemps vivre, en quelque sorte, de nous-mêmes. Nous pouvons alors recourir au trésor des livres, et leur demander un renouvellement de nos intérêts. En eux, nous trouvons des amis fidèles, toujours prêts à nous charmer. Leur richesse développe en nous une soif de savoir telle que nous désirons vivre, comme Mathusalem, plus de neuf cents ans 63.
Enfin, aux amis du passé, ajoutons ceux que nous offre le présent : recherchons la compagnie d’un petit nombre d’hommes également libérés de l’esclavage social. Nous trouvons dans l’amitié les jouissances les plus douces comme les plus pures.
L’éloge de l’amitié ne nous surprend pas dans la bouche de Cowley : Nous savons le rôle qu’elle a joué dans son existence même. Il a vécu entouré d’amis fidèles et s’est montré digne de leur attachement. Il y a trouvé la satisfaction de ses goûts les plus chers, et on peut dire qu’elle a réalisé son idéal de vie sentimentale. N'est-ce pas la passion des gens plus intelligents que sensibles ? Sincère et convaincu, il peut l’être ailleurs, mais jamais il ne donne comme lorsqu'il exalte l’amitié, une telle impression de spontanéité joyeuse. Elle lui a, nous le savons, inspiré les accents les plus touchants, les plus sincèrement émus. Aussi faitelle très tôt son entrée en scène dans son œuvre. Dès son second poème, dans Constantia and Philetus, il nous montre de parfaits amis, Philetus et Philocrates : rien de ce qui touche l’un ne laisse l’autre indifférent; ils mettent en commun joies et chagrins, et ils sont unis par des liens si forts que la mort ne réussit pas à les séparer 64. Il exalte, dans la Davidéide, la merveilleuse entente
62. Of Liberty, LU, p. 386, 1. 11. — Of Solitude, II, p. 394, 1. 4.
63. Of Solitude, IL, p. 394; et : Ode. Mr. Cowley's book presenting itself to the University Library of Oxford, s. 5, v. 10 (I, p. 411).
64. Constantia and Philetus, v. 211..., et v. 241... (II, pp. 14 et 15).
de David et de Jonathan 65, et lorsqu'il organise son « Collège philosophique », il entend bien faire à cette vertu une large place 66. à
Ce qu’il y voit, c’est avant tout la communion spirituelle de deux âmes, communion pure de toute attache charnelle, c’est l’amour dégagé de ses liens terrestres, idéalisé, épuré :
Pure is the flame of Friendship, and divine Like that which in Heav’ns Sun does shine... 67.
Alors que l’amour est épais, alourdi par la matière, elle est fluide, éthérée; les sens n’y ont point de part. L’ami, c’est surtout pour Cowley, nous le voyons dans son ode sur Hervey, l’esprit au contact duquel le sien se développe, doué des mêmes goûts, orienté vers le même idéal, confident de ses pensées. Montaigne ne savait à quelle cause exacte attribuer son amitié pour Raymond Sebond, mais Cowley ne pourrait pas dire le fameux : « parce que c'était lui, parce que c’était moi ». Il ne pourrait dire non plus : « en la vraye amitié de laquelle je suis expert, je me donne à mon amy plus que je ne le tire à moy ». Son amitié est loin d’être aussi désintéressée, ni instinctive; elle a beau être exaltée, elle reste intellectuelle, raisonnée, on pourrait presque dire utilitaire.
L'amitié est une des conditions du bonheur; la nature en forme le cadre nécessaire. Aussi les Essais ne sont-ils, directement ou indirectement, qu’un long plaidoyer en faveur du retour à la nature.
Ce thème forme le motif central de la théorie de la sagesse
65. Jonathan et David s'aiment au point de se confondre, Jeurs vies sont inséparables, leurs deux âmes n’en font qu’une et, dans leur union parfaite, « contemplent le visage mystérieux de l’amour tout puissant » (Davw., IL, v. 117... (I p. 287). Nous avons eu l’occasion de montrer l’admiration que Cowley éprouvait pour la vertu de Jonathan, mais cette vertu n’est rien au prix de la manière dont il pratique l’amitié :
« Son amour pour ses amis ne connaît ni limite ni règle, Ce qu’il doit au ciel, eux le lui doivent. »
(Dav., IV, v. 500, p. 377).
66. I1 la rend même obligatoire sous peine d'amende et fait de lhospitalité entre professeurs une raison d’expulsion (A Proposition, IL, p. 254).
67. Friendship in absence, st. 5 (I, p. 27). Cf. aussi Dav., II, v. 109 (p. 287).
de Cowley. Revenir à l’état d'isolement où se trouvait l’homme tel que Dieu l’a créé, nous écarter de nos semblables pour conquérir dans la solitude la liberté et la maîtrise de nous-mêmes, qu'est-ce sinon nous plonger dans la nature pour en retirer les bienfaits qu'elle tient en réserve à notre intention ?
La nature est la compagne du solitaire, et c’est grâce à elle qu’il évolue, du mal au bien, des égarements de la passion à l’équilibre. En face d’elle, il se sent naturellement vertueux. À son contact son âme énervée par l’atmosphère viciée de la ville recouvre sa vigueur et son innocence primitives. Elle le relève moralement. Cowley croit à l’âge d’or, à une bienheureuse Arcadie où la nature présiderait au triomphe de la vertu. Cet idéalisme pastoral teinte d’une note attendrie toute sa philosophie du bonheur.
Nécessaire à la vie de l’âme, la nature n’offre pas moins d’avantages à celle du corps. Car si l’existence purement contemplative est réservée à une élite, une existence plus active s’offre à tous dans les travaux des champs. L'agriculture est le genre d’occupation qui rapproche de la sagesse plus qu'aucun autre. Outre l’utilité que cet art présente pour l'individu et pour l’ensemble de la société, il porte naturellement l’âme à l’innocence et à la douceur, il développe en elle l’amour de la paix et de l’ordre :
If husbandmen preserve not that, they are much to blame, for no men are so free from the Temptations of Iniquity… They live like Sheep and Kine, by the allowances of Nature, and others like Wolves and Foxes by the acquisitions of Rapine. And, I hope, I may aftirm (without any offence to the Great) that Sheep and Kine are very useful, and that Wolves and Foxes are pernicious creatures. They are without dispute of all men the most quiet and least apt to be inflamed to the disturbance of the Commonwealth: their manner of Life inclines them, and Interest binds them to love Peace... 68.
Ce tableau enthousiaste de la vie de l’agriculteur ne prend son prix que si on compare cette vie à celle du citadin où tout respire la fourberie et le vice. Dans l’amour de Cowley pour la nature, la haine de la ville entre pour une large part, et l’on peut aller jus-