‹ Abraham CowleyChapitre 154 sur 429 · bid., p · texte numérisé non relu

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nel joue un rôle bien plus important encore, et son acceptation de toute la tradition pastorale, des thèmes si souvent développés par Virgile et Horace, est, pourrait-on dire, plus passive. Car jusqu’à l'époque où il se retire dans le Kent, c’est-à-dire après 1656, il n’a pas eu de contact véritable avec la vie des champs; il l’a entrevue par brèves échappées, trop peu pour la juger. Et même après la Restauration, ne l’entendons-nous pas, avec une candeur nuancée d'humour, avouer son ignorance ?

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1 thought when I went first to dwell in the Country, that without doubt I should have met there with the simplicity of the old Poetical Golden Age : I thought to have found no Inhabitants there, but such as the Shepherds of Sir Phil. Sydney in Arcadia, or of Monsieur d’Urfé upon the Banks of Lignon; and began to consider with my self, which way I might recommend no less to Posterity the Happinesse and Innocence of the Men of Chertsea : but to confess the truth, I perceived quickly, by infallible demonstrations, that I was still-in Old England, and not in Arcadia, or La Forrest... 70.

Aussi lorsque, dès ses premières œuvres, il chante les délices de la vie champêtre, il les chante de confiance, sur la foi des anciens, et le dogme de l’innocence des campagnes revient, comme un refrain bien appris, dans Love’s Riddle :

… Me thinkes a sad and drowsie shepheard is À prodigie in Nature, for the woods

Should be as farre from sorrow, as they are From sorrowes causes, riches and the like 71.

Dans les Essais, il s’attache à prouver ce même dogme par des raisonnements qui ont tous à leur base l’opposition de la ville et de la campagne. L'expression de sa pensée a gagné en nuances, en richesse, mais l'inspiration n’a pas changé. La nature reste pour lui le cadre idyllique de l’existence. Son amour de la vie rurale reste dicté par son érudition et non par son expérience personnelle. La théorie y domine (ce qui ne veut pas dire le mensonge, car où Cowley était-il plus sincère que dans la théorie?)

70. The dangers of an Honest man in much Company (IX, p. 446, 1. 32...). 71. Love’s Riddle. Acte I, se. I (II, p. 72, v. 1..). Cf. aussi a. IE, sc. I (p. 88).

Il est tout chargé de préoccupations morales. Le poète s’efface devant le philosophe, et c’est en moraliste qu’il définit cette nature, cadre de la vie heureuse. à

Il lui demande le calme, la paix dans le silence. Il n’exige d’elle ni émotions fortes, ni extases, mais le repos de l’âme et du corps, c’est-à-dire des plaisirs modérés. Elle n’est pas pour lui une maîtresse exaltée mais une compagne simple et douce. Cowley ne rêve pas des spectacles grandioses et sauvages qu’aimeront et chanteront les romantiques. Il préfère chercher les tableaux gracieux, aimables, reposants : la lumière bienfaisante du soleil, la verdure des bois et des prés, le murmure des ruisseaux, le chant des oiseaux, le parfum des fleurs :

Hail, old Patrician Trees, so great and good ! Haïl ye Plebeian under wood !…

… Here let me careless and unthoughtful lying, Hear the soft winds above me flying, With all their wanton Boughs dispute,

And the more tuneful Birds to both replying Nor be my self too Mute.

A Silver stream shall roul his waters neer, Guilt with the Sun-beams here and there On whose enamel’d Bank l’Il waik,

And see how prettily they Smile, and hear Aow prettily they Talk... 72.

La nature familière, sous les aspects les plus communs, satisfait pleinement les désirs de Cowley.

Plus précisément et plus prosaïquement encore, il tend à s’enfermer dans le cadre étroit d’un jardin. Il y retrouve le monde en raccourci, mis pour ainsi dire à la portée de ses modestes aspirations. Il le veut grand, certes, assez pour admettre la variété des cultures : fleurs, légumes et fruits, mais non point vaste au point de former un vrai domaine. Un ruisseau le traversera, dont l’eau ne jaillira pas d’urnes tenues par des personnages mythologiques, et ne s’éparpillera pas en cascades ingénieuses ;

72. Of Solitude, st. 1, 4, 5 (IL, p. 395). Cf. aussi The Wish, st. 3 (I, p. 88) et The Garden, st. 4 et 6 (II, p. 423).

elle coulera simplement à travers l’enclos, et passera en murmurant sous les ombrages. Ce jardin sera plus l’œuvre de la nature que de l’art; la nature est le meilleur des jardiniers, et tous les efforts d’embellissement des hommes ne font qu'appauvrir sa beauté 73, :

Ainsi l’aboutissement du sentiment de la nature chez Cowley est l’amour des jardins, c’est-à-dire de l’aspect le plus « humain » de la nature. En fait, il ne l’aime pas autrement qu’on ne l’aimait au dix-septième siècle : en fonction de l’homme. Il apprécie le cadre qu’elle offre à la méditation, moins pour sa splendeur que pour son agrément. Ce n’est pas qu’il soit insensible aux beautés naturelles; nous aurons plus loin l’occasion de relever les aspects proprement poétiques du sentiment de la nature dans son œuvre, mais la plupart du temps, il semble ne pas la voir pour elle-même. Elle reste pour lui plus bienfaisante que belle. L'artiste ne réussit pas à secouer le joug du philosophe. Il ne connaît pas les moments d'amour désintéressé d’un La Fontaine, voire d’un Herrick ou d’un Marvell. Son lyrisme tourne presque fatalement à ia méditation morale. Le jardin lui apparaît comme le cadre nécessaire de la vie du sage. C’est un élément de joie, mais plus encore de perfectionnement 74.

C’est dire que son amour de la nature n’est pas exigeant. Il lui suffit de se sentir hors de la ville. Cowley reste, quoi qu'il en ait, un Londonien. Son rêve est celui de tant de citadins : posséder dans la banlieue une maison, avec un grand jardin où la nature se présente sous son aspect le plus bourgeois 75. Mais il aime son jardin avec autant de profondeur, sinon d’emportement, que les romantiques aimeront la nature échevelée et sauvage. L’allure moralisatrice, toute intellectuelle de cet amour ne doit pas nous cacher sa sincérité. Il y a une passion de l’intelligence aussi bien que du cœur. La passion, signe de volonté ardente, ne peut-elle s'appliquer à l’un aussi bien qu’à l’autre ? Le romantisme, par l'éclat intense qu’il jette sur la seconde forme, nous aveugle à

73. Of Greatness (II, p. 432, 1. 4...). Cf. À Vote, st. 10 (II, p. 50...), et Ode, IT, St 1 (LE p.101).

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