The Garden, st. 8, v. 14. (II, p
81. The Country Life (II, p. 420, 1. 24). Cf. aussi Martial. L. 10, ép. 47
nn The Garden, st. 6 (IL, p. 424); Of Obscurity (IL, p. 398, L. 24); Upon Liberty (IL, p. 385, 1. 10). — Notons qu'il se fait lui-même accuser d’épicurisme paresseux par le mauvais ange de la Vision (A” Discourse..., Al "p19175). Cf. sur cet épicurisme de Cowley, un développement intéressant dans l’article de À. H. NermercorT. Abraham Cowley’s Essays (Journal of English and Germanic Philology, January 1930).
Mais il en reste à certains égards indépendant. Il se refuse à le suivre dans la voie de l’austérité. Sans doute, il fait consister le bonheur avant tout dans l’ataraxie, ou, selon l’expression de Gassendi « dans la tranquillité de l’esprit et l’indolence du corps » 83, Mais à ce bonheur tout négatif, il ajoute des jouissances positives. Il est trop raisonnable et trop pratique d'esprit pour aspirer à la sainteté laïque que recommande Epicure. La vie dont il rêve, et qu’il essaye de mettre en pratique dans sa retraite de Cherisey est simple, modérée, et ne s’accompagne d’aucune restriction excessive. Au point de vue matériel, il a beau chanter les louanges de la frugalité, il admet avec plaisir un certain confort; au point de vue spirituel, la contemplation solitaire des vérités éternelles ne lui suffit pas, et il y ajoute des plaisirs sagement choisis. L’épicurisme devient dans ses mains une doctrine aimable et souriante, elle reste intellectuelle de tendances, mais elle s’embourgeoiïise. Ce n’est pas que Cowley cède à la volupté : il ne perd pas de vue la conclusion fatale de la vie, et son attitude devant la mort est ferme comme celle de son grand modèle. Mais, en attendant l’inévitable, il ne trouve pas interdit de chercher à rendre l’existence douce, joyeuse et confortable.
Cowley n’est du reste pas le premier à comprendre ainsi la doctrine d’Epicure. Parmi les Anciens comme parmi les Modernes, certains l’avaient interprétée dans ce sens. Cowley se tourne naturellement vers eux, et bien qu’il connaisse le maître, c’est surtout à ses disciples qu’il s'adresse. Son épicurisme est, pour ainsi dire, de seconde main. Virgile, Martial, Horace, d’autres encore, comme Sénèque ou Claudien, lui fournissent des tableaux idylliques du bonheur simple où il retrouve sous une forme plus humaine l'essentiel de l’enseignement d’Epicure. Comme eux, il laisse de côté les spéculations philosophiques; nous savons son aversion pour les théories abstraites, la métaphysique, aussi ne s’inspire-t-il pas de Lucrèce 84. A leur suite, il s'attache à résoudre le problème pratique de la vie heureuse. Ses Essais sont pleins
83. F. BERNIER. Abrégé de la philosophie de Gassendi…., VIT ep 020: Cf. sur cette question de l’épicurisme de Cowley, l’article de R. ALDINGTON. Cowley and the French Epicureans (Literary Studies and Reviews, 1924).
84. 11 le connaït, certes, comme l’a montré Nernercor (article cité, a 217)) mais il ne semble pas lui avoir rien emprunté. ù
de leur pensée, il n’y a pas de page où leur influence n’éclate.
Elle a, sans doute, été renforcée par d’autres influences, modernes celles-ci, et qui, pour ne point se montrer aussi ouvertement, n’en ont pas moins dû exercer leur action sur lui. Montaigne le guide dans la philosophie comme dans la forme de ses Essais. Cowley, en le citant avec respect, reconnaît sa dette envers lui 85. Semblables à bien des égards par le tempérament et Jes goûts, il n’est pas étonnant qu’ils se rencontrent dans leur épicurisme : celui de Montaigne, tout imprégné de culture classique, fidèle aux préceptes d’Horace, annonce celui de Cowley, et a, Sans nul doute, contribué à le former. Il convient cependant de faire une réserve. L’épicurisme de Montaigne reste à base de scepticisme, et véritablement de paganisme. Celui de Cowley ne cesse d’être chrétien et moral. Il sous-entend un acte de foi envers la Providence.
Du vivant même de Cowley l’épicurisme jouit d’une vogue extrême. En 1649, John Evelyn, débute dans la littérature par une traduction de l’essai de La Mothe Le Vayer : Of Liberty and Solitude; et, en 1656, il écrit un Essay on the First Book of T. Lucretius Carus de Rerum Natura. La même année, la Morale d’Epicure est traduite par Walter Charleton 86. Surtout, la doctrine du philosophe est alors commentée et défendue comme jamais elle ne l’avait encore été, par Gassendi. Il est bien difficile d'estimer avec précision le rôle qu'ont pu jouer Gassendi et ses disciples français dans la formation de sa théorie du bonheur, mais il est bien peu probable que Cowley, lors de son séjour en France, n’ait pas connu sinon Gassendi lui-même, du moins ses écrits. Le connaissant, il a sûrement été influencé par un système pour lequel il avait tant de sympathie instinctive 87.