‹ Abraham CowleyChapitre 173 sur 429 · Sur tout ceci, cf. À Proposition. (II, pp. 256 et · texte numérisé non relu

Sur tout ceci, cf. À Proposition. (II, pp. 256 et

13. Dans Cicéron et dans Quintilien on puisera les idées morales et les préceptes de l’art de parler. Aux auteurs comiques on demandera le vocabulaire de la conversation, du style familier. En latin et en anglais, par surcroît, on fera faire des discours aux élèves, la rhétorique demeurant une des matières centrales de l’enseignement. Enfin, ils apprendront le grec et complèteront leurs notions de morale et de rhétorique par l’étude d’Aristote, peut-être aussi d’'Hermogènes et de Longin.

14. Voici les auteurs qu’il prévoit : en latin, Varron, Caton l’ancien, Columelle pour l’agriculture; Pline l’ancien et Sénèque pour l’histoire naturelle; Celse pour la médecine; des traités de Cicéron (De Divinatione, De natura Deorum), les Géorgiques de Virgile, des extraits du moderne Grotius (pour la vérité de Ia religion chrétienne), de Nemesianus (pour la cynégétique), de Manilius (pour l’astronomie). En grec, Nicandre pour la médecine, Oppian pour la pêche et la chasse, l’histoire des animaux d’Aristote, Théophraste et Dioscoride pour la botanique.

15. L’idée est curieuse, venant d’un lettré comme Cowley; et, sans doute, dans son désir de limiter à l’utile le programme des études, il dépasse sa pensée réelle. Maïs il est certain que, dans la dernière partie de sa vie, le moraliste a fait tort chez lui à l’artiste, l’empêchant de goûter la beauté pure de la poésie. De plus en plus, Cowley voit dans la mythologie un amas de superstitions païennes et ne retient des anciens que leur doctrine morale; les Essais, au cours desquels il constitue par ses traductions une sorte de recueil de la sagesse antique, prouvent clairement cet état d’esprit,

Pour si utile qu’il soit, cet enseignement littéraire ne peut suffire. [1 faut, autant que possible, apprendre aux enfants à connaître le monde où ils vivent en les mettant en contact direct avec lui. Lorsqu'ils étudieront l’histoire naturelle, par exemple, le maître leur montrera les plantes et les animaux eux-mêmes, ou à leur défaut des images. Il leur enseignera l’astronomie suivant les mêmes principes, et dans la classe de géographie il leur mettra en mains les mappemondes. .

Tout en acceptant les bases de l’enseignement de son temps, Cowley en renverse donc totalement l'orientation. Il ne perd jamais de vue les exigences de la vie réelle, et sacrifie aux préoccupations pratiques les recherches désintéressées de la spéculation et de l’art. Il a le culte du savoir, mais toujours du savoir pratique, utilisable. Sa théorie de l’éducation est avant tout rationaliste et utilitaire. Nous le voyons bien lorsqu'il propose, au nom du bon sens et de l’intérêt général, la création de collèges d'agriculture.

L'agriculture est une occupation aussi honorable qu’utile. Utile, cela est évident à première vue : les hommes pourraient-ils vivre, sans les fruits du travail de la terre ? Honorable, cela ne l’est pas moins, pour peu qu'on y réfléchisse. Les plus grands poètes ont manifesté de façon claire leur respect pour cette occupation : Hésiode, Homère dans la mesure où son sujet le lui permettait, Théocrite, Virgile, Horace, Martial; et Virgile s’est montré luimême agriculteur accompli. Il est donc surprenant et douloureux de la voir négligée comme elle l’est. Or, seuls, les gens les plus pauvres se tournent vers le travail de la terre, tandis que les propriétaires sont trop orgueilleux, ou, ce qui est encore plus généralement le cas, trop ignorants pour s'occuper d’une manière rationnelle de leurs terres. Pour les premiers, un long apprentissage s’impose 16. Quant à lignorance des propriétaires, le remède est également à notre portée. Il faut créer un enseignement spécial.

16. [1 faudrait que deux ou trois mille jeunes gens fassent pendant sept ou huit ans l’apprentissage du métier, pour pouvoir le posséder à fond; par

la suite, ils seraient mis en état, grâce à un capital raisonnable, d’y devenir des maîtres.

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Pourquoi ne pas fonder dans chaque Université un collège d'agriculture, comme il en existe de médecine et de droit civil? Cowley démontre, point par point, la possibilité de l’entreprise. Il insiste surtout sur l’orientation à donner aux études. Les professeurs, visant moins au brillant qu’au solide, ne feraient pas « des conférences pompeuses et superficielles, d’après les Géorgiques de Virgile, d’après Pline, Varron et Collumelle », mais des cours précis et pratiques. Ils ne seraient d’ailleurs pas choisis pour leurs talents littéraires, mais « pour leur connaissance solide, fondée sur l’expérience, des choses qu’ils doivent enseigner » 17. Cowley se rend du reste compte que son projet n’a de son temps aucune chance d’aboutir; et de fait, l’idée ne sera reprise et mise à exécution que plus d’un siècle plus tard, lorsque la chaire d'économie rurale sera fondée à Oxford !8. Il fait ici encore figure de novateur.

Toutefois, dans sa révolte contre la routine illogique de l’école, et dans l'impulsion nouvelle qu’il entend donner à l’éducation, Cowley ne se trouve pas isolé. Sans parler des éducateurs professionnels, comme ce John Brinsley qui, dès 1627, s’élève contre l’abus des châtiments corporels et l’aridité des méthodes d’enseignement 19, un certain nombre d’esprits distingués, s'intéressant au problème, font entendre des protestations semblables, et proposent des solutions dictées par le même esprit raisonnable.

C’est au nom du bon sens pur et simple que Montaigne veut organiser « l'institution des enfants » 2. « On ne cesse de criailler à nos oreilles, comme qui verserait dans un entonnoir, et

17. Of Agriculture (II, p. 405). La dépense, dit-il, ne serait pas grande si on l’organisait sur le modèle des « halls » d'Oxford. Il prévoit quatre professeurs enseignant, l’un les travaux des champs, le second l'élevage, le troisième la culture des fruits, des légumes et des arbres, le quatrième l’économie rurale. La durée des études serait d’un ou deux ans, et les frais minimes.

18. Cf. J. H. de Loac. Abraham Cowley and Agriculture (Science, feb. 3, 1922).

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