To the Royal Society, st. 2 (I, p
fut certes un grand génie, mais s’il a pu satisfaire ses contem- Porains et ses successeurs immédiats au point qu’ils ne croyaient plus avoir qu’à l’étudier pour tout savoir, il est loin de nous suffire aujourd’hui. Des régions entières de la pensée ont été découvertes depuis lors, qu’il ne soupçonnait pas, pas plus qu’il ne se doutait par exemple de l'existence de l'Amérique. Que de terres restent inconnues, que de découvertes sont possibles, vers lesquelles il est de notre devoir d’aller. Le savoir est un héritage que nous devons faire fructifier. Trop longtemps d’autres ont tourné en rond dans « le grand cercle de l’art » 6. L’esprit humain se renouvelle, en se dépassant sans cesse. Sachons ne plus ériger en oracles intangibles ce qu'ont dit nos prédécesseurs. Nous possédons le vrai guide en nous-mêmes, la raison. Si nous faisons appel à sa « vraie lumière », elle mettra facilement en fuite l’autorité, ce fantôme du passé, cette « divinité-épouvantail », qui nous a si longtemps interdit l’accès du verger divin de la science 7.
Il est temps de changer de domaine. Le sol dont les anciens ont tiré de si riches moissons, à force d’être travaillé, s’est épuisé peu à peu : nous mourrions de faim si nous ne cherchions des terrains vierges, si nous n’allions à la Nature, source d’infinis trésors. À quoi bon vanter la fertilité des anciens temps, si nous sommes aujourd’hui réduits au dénuement? 8. Pendant des siècles la pensée a vécu sur elle-même, par la réflexion, ou de Îla pensée antérieure, par l’étude. Mais il est bien plus simple, plus profitable, et plus logique de lire à même le grand livre de la création : « … Il serait fou de croire que les citernes des hommes peuvent nous offrir des eaux aussi abondantes et aussi pures que les fontaines de la nature 9 ». Jamais rien de nouveau ni de grand n’est sorti de l’imitation. Que les chercheurs délaissent leurs bibliothèques pour regarder la terre autour d’eux, qu'ils passent enfin des mots aux choses. Les mots ne devraient être que « les images de la pensée », pendant trop longtemps, au contraire, ils lui ont donné naissance. L'esprit a pour domaine le réel 10.
6. Ode. Upon Dr. Harvey, st. 4, v. 6-11 (I, p. 418). À Proposition (I, D246 1095).