‹ Abraham CowleyChapitre 181 sur 429 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

Avec un luxe minutieux de détails Cowley organise cette institution. Le nombre des professeurs ou « philosophes » est fixé à vingt. Pour les aider dans leurs recherches, ils ont à léwrs côtés chacun un jeune étudiant. Mais ces étudiants ne sont que seize, car il y a toujours quatre professeurs à l’étranger, un dans chaque partie du monde; ils y partent pour une durée minimum de trois ans, et doivent tenir le collège au courant des travaux scientifiques en cours dans les pays qu’ils visitent. Les seize qui restent, avec l’aide de leur « scholar », approfondissent les branches multiples de ia science, dont voici la liste : « mathématiques, médecine, anatomie, chimie, histoire des animaux, des plantes, des minéraux, des éléments, etc..; agriculture, architecture, stratégie, art de la navigation, jardinage, procédés de tous les métiers, avec leurs améliorations; fabrication de tous les produits, magie naturelle ou divination: bref, toutes les matières contenues dans le catalogue des Histoires Naturelles annexé à l’Organon de Lord Bacon ». Dans chaque domaine, ils doivent : 1° examiner les résultats antérieurement atteints, les vérifier, et rejeter toutes les erreurs; 2° tâcher de retrouver les inventions dont on a perdu le secret; 3° améliorer tous les « arts » existants; 4° découvrir Ce qui nous manque encore. D’autre part, ces savants sont aussi des professeurs : une école d’environ deux cents élèves leur est confiée, et ils doivent suivre de près les travaux de leurs disciples. Enfin, des recherches particulières et des conférences publiques leur sont demandées. Les recherches sont naturellement conduites selon les règles de la méthode expérimentale. Parmi les bâtiments prévus nous voyons figurer une salle de dissection, une salle de pharmacie, une droguerie, de grands laboratoires de chimie auxquels se joignent des jardins botaniques et un jardin zoologique. Dans ce plan d’allures si pratiques, Cowley introduit une note d’idéalisme savoureux. Non content de déterminer l’activité religieuse de l’aumônier, il veut régler les conversations de la table, et jusqu'aux rapports d’amitié qui devront unir les membres entre eux, sous peine d'amende ou d’expulsion. Il a le souci évident de ne rien laisser au hasard. Il voudrait, semble-t-il, diriger leurs pensées aussi bien que leurs actes.

Nous pouvons trouver ce projet quelque peu chimérique, tant par la charge écrasante qu’il fait peser sur les épaules de ses

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savants, que par la candeur avec laquelle il compte sur la générosité du public pour fournir les 4.000 livres nécessaires au fonctionnement de l'institution. Mais Cowley a eu l’ambition de mettre sur pied une proposition raisonnable, facile à réaliser. Il se défend d’avoir voulu donner une réplique de la Maison de Salomon telle que Bacon l’avait conçue :

… Nous n’établissons pas ce plan sur le modèle de la Maison de Salomon de Lord Bacon (où sont projetées des expériences que l’on ne pourra jamais faire), mais nous le proposons en limitant la dépense à une somme qu'ont souvent dépassée les demeures des particuliers 16.

La différence est, en fait, telle qu’il l’a décrite : la maison de Salomon se présente sous forme d’utopie, alors que son projet vise à prendre la forme pratique d’une entreprise commerciale. Mais c’est bien à Bacon que Cowley emprunte l’idée centrale et beaucoup des détails de l’organisation. Il cherche seulement à les ramener à l'échelle du réalisable.

Aux environs de Londres, comme dans la Nouvelle Atlantide de Bacon, des hommes éminents vivent séparés du reste de la société; ils se sont donné pour mission d’explorer tous les domaines accessibles à l’esprit humain, et d’étendre le pouvoir de l’homme sur les choses. Cowley, dans sa Proposition, ne fait que paraphraser ces paroles de Bacon :

Le but de notre établissement est la découverte des causes, la connaissance de la nature intime, des formes primordiales et des principes des choses, en vue d’étendre les limites de l’empire de l’homme sur la nature entière et d'exécuter tout ce qui lui est possible 17.

Dans les deux institutions ia liaison avec la science étrangère est assurée par un certain nombre de membres en mission :

Douze d’entre nous, explique le héros de Bacon, sont chargés de voyager dans les pays étrangers. Ils ont ordre de rapporter des contrées qu’ils auront parcourues, des machines, des instruments, des échantillons, des modèles, des expériences et des observations de toute espèce. Nous les appelons commerçants de lumière 18.

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