‹ Abraham CowleyChapitre 186 sur 429 · Cité par GREENSLET, p · texte numérisé non relu

Cité par GREENSLET, p

40. Cité par SpraT. L'Histoire de la Société Royale de Londres... p. 423.

41. SpRAT. 1bid., p. 423... Le révérend Samuel Woodford, lorsqu'il publie, en 1667, sa Paraphrase upon the Psalms of David, n’affirme-t-il pas qu’il tirera grand profit, dans ses vers, des travaux de la Société Royale ? Car elle a été fondée, non seulement pour faire progresser la science. mais encore pour ressusciter les arts tombés en décadence, « et, parmi eux tous, nul plus que l’art de la poésie sérieuse, utile, et grave ». Cf. aussi le rôle actif joué par R. Boyle (Cf. Brepvozp, Article cité, p. 426...).

Sur tous ces points essentiels, Cowley se montre donc en parfait accord avec les théoriciens les plus ardents de la nouvelle science. Il se montre tout acquis à la révolution qui s’opère dans les esprits.

Et cependant, si nous examinons son œuvre, nous trouvons, ça et là, des traces de l’ancienne mentalité, des rappels du passé. I croit aux « Sorts Virgiliens », aux esprits, à l'influence des astres, aux présages, à l’alchimie, à la magie. Il parle, comme s’il y ajoutait foi, du cristal magique, des succubes, des salamandres qui vivent dans le feu, des basilics au regard mortel 42.

Ces vestiges de superstitions ou d’erreurs nous surprennent de la part d’un disciple de Bacon et de Harvey. Ils nous étonnent beaucoup moins quand nous jetons les yeux autour de lui. Ne parlons pas du peuple, ni même de gens crédules à l’excès, comme John Aubrey 43, maïs de rationalistes et de savants éminents. Sir Thomas Browne, le médecin, est persuadé que Satan se manifeste sur la terre par l’intermédiaire des sorcières; Richard Baxter, le puritain, croit aux communications avec l’au-delà; Wood l'historien raconte gravement dans ses Athenae Oxonienses, une histoire de fantôme; Evelyn rend compte d’une guérison miraculeuse survenue à la suite d’une apparition. À l’intérieur de la Société Royale, Sir Kenelm Digby pratique l’alchimie, et sa « poudre sympathique » le rend célèbre; Robert Boyle croit au pouvoir des amulettes; Glanvill lui-même, compose un traité en règle pour démontrer l’existence de la sorcellerie : Sadducismus Triumphatus, or Full and Plain Evidence, concerning Witches and Appartitions, in two Parts. The First treating of their Possibility, and the Second of their real Existence (1681) 4. Nous percevons ici sur le vif le conflit où se débattent Cowley et ses contemporains. Pris entre leur désir d'enquête rationnelle et l’attitude d’acceptation passive que leur lègue la tradition, ils hésitent, et leur choix reste imparfait. Leur raison respecte le domaine du surnaturel.

42. Sur les sorts virgiliens, cf. la lettre du 30 avril 1650 (Miscellanea Aulica, p. 130). Sur les autres points, cf. notre analyse du style de Cowley.

43. Cf. l’article d’E. MoNTÉGUT dans la Revue des Deux Mondes du 1* juillet 1887. as

44. Cf. sur ce point Lecky. History of the rise and influence of the spirit of Rationalism in Europe (New impression, 1900, I, p. 110 sq...).

Et les erreurs dont nous trouvons la trace dans la poésie de Cowley, expriment la même élaboration encore incertaine de la matière scientifique. Nous nous rappelons que la premièré tâche qu’il fixe aux maîtres de son futur collège est de dresser, en quelque sorte, l'inventaire des connaissances acquises, et de séparer le vrai du faux 45. Lui-même n’y parvient pas toujours. Mais il se rend compte de la nécessité d’une révision générale des valeurs scientifiques.

C’est, en effet, par ce travail de déblaiement que débute la Société Royale. Il suffit de jeter un coup d’œil sur les procès-verbaux des séances, pour se rendre compte de la masse formidable de faits ou de croyances que l’on apporte pour être vérifiés 46. Parmi ces faits, beaucoup étaient acceptés avec plus de naïveté que de sens critique, et les railleurs n’ont pas tardé à s'emparer du côté ridicule de ces expériences. Butler écrit The Elephant in the Moon, et Shadwell crée, dans The Virtuoso, avec Sir Nicholas Gimcrack, le type du savant de comédie. Cowley proteste déjà dans son Ode à la Société Royale, contre les railleries dont cette ferveur minutieuse et parfois excessive était l’objet :

Mischief and true Dishonour fall on those Who would to laughter or to scorn expose So Virtuous and so Noble a Design, So Human for its Use, for Knowledge 50 Divine. The things which these proud men despise, and call Impertinent, and vain, and small, Those smallest things of Nature let me know, Rather than all their greatest Actions Doe... 4%, ,

Pourquoi, dès lors, Cowley n’a-t-il pas fait dans sa poésie une plus large place à la science nouvelle? demande un critique mo-

derne 48. La réponse nous paraît double. C’est d’abord parce que

45. « … To weigh, examine, and prove all things of Nature delivered to us by former Ages, to detect, explode, and strike a censure through all false Monies with which the World has been paid and cheated so long, and (as J may say) to set the mark of the Colledge upon all true Coins that they may pass hereafter without any farther Tryal » (4 Proposition, II, p. 258).

46. Cf. les Philosophical Transactions éditées par Henry Oldenburg. Sur ce sujet, cf. l'étude de Carson S. Duncan. The New Science and English Literature in the Classical Period, p. 12...

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