Préface, p
plus sublimes des poèmes, ou bien offrent la matière la mieux faite au monde pour en créer. » 19, Mais la difficulté du sujet égale sa grandeur, et seules les âmes d'élite peuvent l’affronter. La réussite y est plus rare que dans les autres domaines, l'échec plus grave. Et que ceux qui se contentent de transposer en vers plus où moins habiles quelque passage de la Bible, sans chercher à y exprimer et à y faire sentir la grandeur divine, ne s’imaginent pas;avoir fait œuvre louable. Ils ne font que rabaïsser Dieu. Prononcer son nom ne suffit pas pour élever la poésie jusqu’à lui.
Il semble, dès lors, naturel de considérer que le poète ne doit s’aventurer dans ce genre suprême, mais périlleux, que lorsqu'il se sent en pleine possession de ses moyens. Un apprentissage est nécessaire, au cours duquel il peut s’essayer aux genres inférieurs. La poésie profane est admise par Cowley, mais, pour ainsi dire, honteusement, à titre de champ d’expériences poétiques. Bien qu'il n’ait nulle part indiqué cette idée avec une parfaite netteté, nous ne pouvons cependant pas douter qu’elle ait été sienne. Cela recsort de son œuvre entière, et plus particulièrement du volume de 1656. C’est, en effet, dans la Préface de ce volume qu’il expose sa conception de la poésie religieuse; mais il y parle aussi de ses poèmes profanes, et, à côté de la Davidéide, nous le voyons faire place à ses Mélanges, à ses vers d'amour, à ses Odes pindariques. La poésie religieuse n’exclut pas les autres genres poétiques, mais elle les domine de toute la hauteur qui sépare des œuvres humaines Celles qu’inspire Dieu.
La poésie profane, d’ailleurs, ne peut être tolérée que si elle se conforme à certaines règles, dont la plus importante est le respect de la morale. Elle doit s’écarter avec un soin particulier de la licence et de l’irréligion 21. Une œuvre immorale ou simplement amorale est, par ce fait même, inférieure, méprisable. Rien n’est plus nécessaire au poète que le souci de la moralité. Combattre
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20. Sprat exprimera cette idée, lorsqu'il passera en revue l'œuvre de Cowley. Comment, dit-il en substance, Cowley aurait-il pu écrire ses œuvres maîtresses (c’est-à-dire la Davidéide et les Odes pindariques), s’il n’avait pas appris, dans des vers légers comme ceux de The Mistress, son métier de poëte ? (An Account.…, P. XX).
21. Préface, p. 10, 1. 28.., et Cutter of Coleman Street. Préface (TL, “p. 264).
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le vice, exalter la vertu, telle est sa tâche, telle est la véritable
mission de l’art. C’est parce que la poésie amoureuse est trop souvent licencieuse et sensuelle qu’elle est détestable 22. Aïnsi la poésie, si elle ne se met pas directement au service de la religion, doit tout au moins la servir d’une manière détournée, en enseignant le respect de la morale. C’est dire que l’art a toujours une fin supérieure à lui-même : il n’est que le moyen de faire pénétrer l'amour de Dieu et l'amour de la vertu dans le cœur des hommes. Cowley ne songe pas à considérer son œuvre comme un produit de beauté pure. En bon Anglais, mais aussi en bon classique, il ne conçoit même pas la possibilité de l’art pour l’art.
On a voulu voir dans la conception religieuse et morale de l'art, chez Cowley, l'empreinte puritaine 23, maïs cet appel à l’influence des « Saints » paraît inutile. Nous avons essayé de montrer que la foi était aussi vive chez les cavaliers du type de Cowley que chez les puritains proprement dits. Ils différaient d’opinions, mais non d'esprit. Et nous ne pouvons même pas considérer cette orientation de l’œuvre de Cowley comme un trait spécifiquement anglais et protestant. Il suffit de rappeler la floraison de tragédies et d’épopées chrétiennes vers le milieu du siècle, hors d'Angleterre, dans un pays catholique comme la France, par exemple, pour y retrouver la preuve d’un mouvement général des esprits, dont le puritanisme anglais représente seulement un aspect.
Du point de vue purement littéraire, le désir de poésie religieuse, par opposition aux mensonges de l'inspiration païenne, nous montre Cowley appliquant le principe de l’adaptation aux croyances et au goût de l’époque, qui est un des dogmes de notre dix-septième siècle. Il n’aurait pu qu’approuver de tous points ces mots de Saint-Evremond :
Le Génie de notre siècle est tout opposé à cet esprit de fables et de faux mystères. Nous aimons les vérités déclarées, le bon sens prévaut aux illusions de la fantaisie, rien ne nous contente aujourd’hui que la solidité et la raison 24.
22. The Resurrection (I, p. 182, st. 1). Préface... p. 13, 1. 14... Cutter, Préface (II, p. 256, 1. 9). Upon the Death of Mr. Crashaw, v. 23 (I, p. 48).
23. Spingarn (Critical Essays of the Seventeenth Century, p. 35) parle de « the spirit of the Commonwealth ».