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CHAPITRE PREMIER

L'ÉPOPÉE : LA DAVIDÉIDE

- Se conformant à l’opinion générale de son temps, Cowley accorde la première place à l’épopée. Il la proclame « l’œuvre maîtresse de l’homme » 1, et l’apologie de sa Davidéide dans la préface de son volume de 1656 témoigne de la haute estime, on pourrait dire de la vénération, où il tenait ce genre.

Tout jeune, il manifeste ses ambitions épiques. Il débute dans la carrière poétique par deux longs poèmes, l’un de 220 vers, l’autre de 630, la « tragique histoire » de Pyramus and Thisbe, et celle, non moins tragique, de Constantia and Philetus. Ecrits, nous nous le rappelons, à deux ans d'intervalle, et publiés alors qu'il avait à peine quinze ans, ils sont très proches par le ton. Néanmoins, il y a entre les deux poèmes des différences sensibles, qui révèlent la marche des idées du jeune poète.

Tandis que le premier narre docilement et simplement l’histoire de Pyramus et de Thisbe, telle qu'Ovide l’avait racontée 2, Constantia and Philetus révèle de plus hauts desseins. Ce n’est plus tout à fait la narration lyrique traditionnelle, mais déjà une ébauche d’épopée. Le sujet se développe avec beaucoup plus d’afnpleur. L’intrigue est plus compliquée, le cadre plus fouillé; des descriptions, des analyses psychologiques viennent orner le ré-

1. To Sir William Davenant. Upon his two first Books of Gondibert finished before his voyage to America, v. 4 (I, p. 42).

2. L'histoire est tirée du livre IV des Métamorphoses. Il se peut que la dette de Cowley envers Ovide soit indirecte : Arthur Golding venait de traduire The fifteene Bookes of P. Ovidius Naso; entituled Metamorphosis, et il y a entre cette traduction et le poème du jeune Abraham des coïncidences que le hasard seul ne saurait expliquer.

cit3. Au lieu d’un début rapide, presque nu dans sa simplicité, le poète annonce avec solennité le sujet de son chant et invoque l’aide des Dieux 4. L'ombre de Virgile commence à planer sur lui. Il s’apptique à observer les règles épiques, et le souci de la convention pèse sur sa plume et la guinde 5. Constantia and Philetus annonce la Davidéide.

Mais, en 1630, Cowley était sous la domination du passé. Il reconnaissait pour maîtres les Elisabéthains : sur ce point précis, Thomas Lodge, qui, par sa Scillaes Metamorphosis, avait déchaîné la vogue des légendes amoureuses dont Marlowe et Shakespeare ont donné les plus parfaits exemples 6, et, d’une manière plus générale, Spenser, qui vient de l’éveiller à la poésie, et dont nous retrouvons l’empreinte dans l’atmosphère mi-chevaleresque, mipastorale de ces légendes, comme dans l’harmonie fluide du vers. Quand, dix ans plus tard, il commence sa Davidéide, de nouvelles influences ont agi sur lui et modifié son but.

Les intentions qui le guident alors se font jour dans un poème intéressant écrit à l’occasion de la publication par son ami Davenant des deux premiers livres de son poème héroïque Gondibert 7. Vous avez, lui dit-il, fait œuvre louable parce que rationnelle. Comme Bacon avait affranchi la science et Hobbes la philosophie, vous avez délivré l’épopée des chaînes de la tradition. Elle se mouvait avant vous dans l’irréel : ce n’étaient que dieux et démons, nymphes, sorcières, et géants. L'homme ne trouvait point

3. On en trouve déjà dans Pyramus, aussi fines, marquant la même prédilection pour les jeux de l’intelligence, mais moins appuyées (par exemple l'attente de Thisbé et ses angoisses, v. 121...). Dans Constantia, tout est, pour ainsi dire, reproduit sur une plus grande échelle.

4. Il suffit, pour se rendre compte de la différence des deux poèmes. de comparer les strophes initiales de l’un et de l’autre.

5. [1 y a certainement plus de spontanéité dans Pyramus : une fraîcheur de sentiments, une naïveté d’expression qu’étouffe dans Constantia le désir d’appliquer des théories et, déjà, d'acquérir la gloire littéraire. Entre la nature charmante de Cowley et nous, s’interposent ses ambitions d’auteur.

6. Certes les ébauches de Cowley ne sauraient se comparer pour la beauté formelle à Venus and Adonis, ou à Hero and Leander — son âge lui est la meilleure des excuses —, mais l’intention initiale demeure la même.

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