Préface à Alaric
45. À cet égard, on peut bien dire qu’il a fait preuve d’un « manque résolu d'originalité » (North British Review, feb. 1847, p. 398).
L'ÉPOPÉE : LA DAVIDÉIDE 333
pendance. Ses pas sont « hardis » qui le mènent vers la gloire « par des chemins encore vierges » 46. Noble revendication, que ne détruisent ni ce que nous savons de la poésie anglaise du temps, ni même ce que nous venons d'apprendre sur ses emprunts à Du Bartas et au Tasse. D’abord, il a réellement été le premier à écrire en Angleterre un poème héroïque chrétien. Nul avant lui n'avait osé une pareille entreprise. De plus, l'originalité de sa Davidéide subsiste, en face de la Jérusalem délivrée ou de la Sepmaine. Consacrée à la gloire de Dieu comme l’œuvre de Du Bartas, elle se développe sur le plan des chefs-d’œuvre antiques, et en applique scrupuleusement les règles. C’est également par son classicisme rigoureux qu’elle s’écarte de la Jérusalem. Elle en retranche le romanesque, les éléments de passion et de chevalerie qui éloignent l’œuvre du Tasse de celle de Virigile et la baignent d’atmosphère médiévale. Elle adapte à un sujet dont la vérité s’impose aux esprits de son temps la pure norme classique. Cette union d'éléments jusqu'alors séparés, fait son originalité et son isolement relatif.
Cowley appelle la Davidéide « An Heroical Poem ». Mais le titre trahit le contenu. Ce que le dix-septième siècle nomme « poème héroïque », c’est la Pharonnida de Chamberlayne, ou le Gondibert de Davenant : un roman en vers où l’histoire fournit en principe le cadre, mais où l’essentiel reste, comme dans le Roland Furieux de l’Arioste, le récit d'aventures passionnées ou guerrières. La caractéristique du héros épique est d’être à la fois un parfait chevalier et un parfait amant. Davenant raconte les exploits chevaleresques et amoureux de Gondibert à la cour des Lombards; Chamberlayne narre les multiples épreuves qui empêchent de s’unir la belle Pharonnida et le vaillant Argalia, jusqu’au moment où, las de les séparer, il célèbre leur mariage 47. Alors que la doc-