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47. Pharonnida appartient à une riche famille d'œuvres qui toutes reproduisent la même intrigue conventionnelle, héritée des romans de chevalerie du Moyen Age : les deux héros sont longtemps séparés par la cruauté de leur famille, ou la fourberie de leurs rivaux. Les exploits de l’un sont aussi merveilleux que la constance de l’autre. Le dénouement leur apporte la récompense. On peut citer, parmi beaucoup d’autres, la Sheretine and Mariana de P. Hannay, 1622, tirée de l’histoire hongroise, et Leoline and Sydanis de Sir Francis Kynaston, 1642, empruntée à la légende plutôt qu’à l’histoire de l’Irlande et du Pays de Galles.
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trine classique relègue l'amour au rang d'ornement accessoire, il tient dans ces ouvrages une place de premier plan. L'élément romanesque s’y étale au détriment de l’élément proprement épique; la variété des aventures est recherchée plus que l’unité d'action.
Davenant s'efforce de secouer le joug de la convention qui pesait sur le genre, et de peindre les hommes tels qu’il les voit. Mais l'épopée reste tout de même pour lui, comme pour Chamberlayne, avant tout un roman héroïque en vers, une adaptation des romans de chevalerie, au goût du XVII siècle, l’équivalent poétique des romans des Scudéri et de La Calprenède. Si l’on divise en deux groupes les poèmes héroïques de l’époque, suivant qu’ils adoptent la formule du « romanzo » selon l’Arioste, ou la la conception classique représentée, bien qu’avec des atténuations, par le Tasse, il semble difficile de ne pas ranger Davenant dans le premier 48, et Cowley dans le second. Son héros est un Enée biblique. Ses maîtres sont Homère et Virgile, plus encore que le Tasse.
S'il trouve de l’autre côté de la Manche une nombreuse compagnie, si les auteurs d’épopée français, vers 1650, choisissent des sujets historiques et bibliques, et prennent l’Enéide pour guide (avec l’appui du Tasse), il se trouve presque isolé dans son pays. Reconnaissons lui le mérite d’avoir résisté sur ce point au courant qui entraînait autour de lui ses compatriotes, et d’avoir, en restaurant les droits de l’Antiquité, libéré l’épopée anglaise du joug du Moyen Age. Souvenons nous que c’est sans doute à lui que nous devons le chef d'œuvre de Milton. Si Milton n'avait pas eu l’appui de son exemple, n’aurait-il pas fait du Paradis Perdu, au lieu d’une épopée, un drame lyrique, comme il devait le faire plus tard dans Samson Agonistes? Et, choisissant seul la forme épique, aurait-il résisté aux attraits du poème héroïque pratiqué par Davenant et Chamberlayne ? Un des plus sûrs titres à notre reconnaissance que Cowley ait acquis, bien involontairement, par sa Davidéide, épopée chrétienne et classique, c’est sans doute d’avoir servi de modèle à Milton.
48. Ceci, bien qu’il refuse de classer l’Arioste parmi les auteurs épiques (Préface à Gondibert, p. 350), et qu’il admette le Tasse : à vrai dire, il imite surtout du Tasse le romanesque.
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L'ÉPOPÉE : LA DAVIDÉIDE 335
Un éditeur moderne de la Davidéide pourrait donner comme devise au poème l'appel d'André Chénier à ses contemporains :
Sur des pensers nouveaux, faisons des vers antiques !
Essentiellement chrétienne d'inspiration, l’œuvre dans sa forme révèle une soumission délibérée aux règles de l’art classique. Cowley se fait à cet égard l’humble disciple des Anciens, de Virgile surtout. Il met à merveilie en pratique le précepte de Vida :
Ergo ipsum ante alios animo venerare Maronem, Atque unum sequere, utque potes, vestigia serva 49.
Pour s’en rendre compte, il suffit d'écouter ses explications.
Il avait, nous révèle-t-il dans sa préface 50, l’intention de diviser son poème en douze chants, non, comme. on pourrait-le croire, en souvenir des douze tribus d'Israël, mais pour se conformer au modèle laissé par Virgile. De plus, il ne voulait pas suivre David jusqu’au bout de ses aventures,
parce que les poètes héroïques ont coutume (comme nous le voyons par les exemples d’Homère et de Virgile, que nous aurions tort d’abandonner pour d’autres guides) de ne jamais achever complètement leur récit; mais seulement d'approcher de la fin assez près pour que tous puissent l’apercevoir.…
Au début du premier livre, après l’exposition, il invoque l’aide de Dieu, ce qui est tout à fait orthodoxe, mais il se justifie d’une manière Curieuse où nous apercevons clairement son attitude :
Cette coutume... est si solennellement et religieusement observée par tous les anciens poètes, que même si j'avais pu trouver une meilleure manière (de commencer la Davidéide), je ne m’y serais pas, je crois, aventuré 51.
Il a beau ajouter : « Mais je suis convaincu qu'il n’en existe pas de meilleure », l’aveu subsiste. Sa raison n’a que peu de part au