‹ Abraham CowleyChapitre 215 sur 429 · III, v. 655-695, p · texte numérisé non relu

III, v. 655-695, p

80 Lv. 548..., p. 256 et III v. 744... p. 342.

81. Tout au long du récit, à propos de Saül et de David, Cowley met aux prises puissances infernales et puissances célestes. A leur propos, se renouvelle l’antique révolte des mauvais anges, si bien que les héros sont moins des êtres humains que des symboles, David du Bien, Saül du Mal. On pourrait tirer de la Davidéide, comme de la Jérusalem, toute une allégorie.

Furies antiques 82. Gabriel, lorsqu'il s’habille, pour accomplir les ordres divins, de nuages, d’azur et d’arc en ciel, nous fait irrésistiblement penser à Iris, messagère des Dieux et*à son écharpe 83.

Le parallélisme devient identité, lorsque, dans une note, il assimile les Destinées aux Auges 84, et nous nous apercevons que son merveilleux n’est chrétien que de nom, tant Homère et Virgile règnent sur son esprit et hantent sa mémoire. Par ailleurs, il échoue dans sa tentative pour rendre le Ciel et l’Enfer vraisemblables. Orateur plus que poète, il les décrit avec une symétrie trop parfaite, ou plutôt il les oppose plus qu’il ne les décrit, et l'ampleur de ia forme ne suffit pas à cacher l'insuffisance poétique de la pensée 85. L'ensemble paraît vide et gauche à côté du tableau semblable par lequel Milton a également ouvert son poème. Pauvre d'imagination créatrice, Cowley n’a pas su découvrir les traits évocateurs qui animent la fresque du grand puritain. Le diable, par exemple, reste chez lui le monstre du Moyen Age, grimaçant et hurlant, se fouettant de sa queue 86, bien au-dessous du Satan grandiose du Paradis perdu.

Quant aux nombreux tableaux dont Cowley agrémente son récit, ils ne nous causent pas toujours le plaisir artistique qu’il en

82. Elle rappelle du reste son origine, lorsqu'elle s’écrie : « Are We not Furies still ? » (I, v. 172, p. 246).

SAIT A0 Sp 07

84. I1 a employé dans le texte le mot « fates », qu’il justifie ainsi : « Les Destinées; c’est-à-dire, selon la manière de parler en poésie chrétienne, les Anges, à qui est confié le gouvernement de ce monde » (II, n. 60, p. 316). L'observation que Voltaire adresse au Tasse pourrait aussi bien lui être faite : « … On dirait que nos diables et notre enfer Chrétien auraient quelque chose de bas et de ridicule, qui demanderait d’être annobli par l’idée payenne. Nous rions du mot de Diable, nous respectons celui de furie. Voilà ce que c’est que d’avoir le mérite de l’antiquité, il n’y a pas jusqu’à l’enfer qui n’y gagne... » (Essay sur la poésie épique, ch. I, p. 72, édition de la Henriade, Amsterdam, 1766).

85. Nous trouvons d’abord un tableau de l'Enfer, puis un portrait de Lucifer qui harangue ses sujets et envoie l’Envie auprès de Saül. Suivent un tableau du Ciel, un portrait et un discours de Dieu qui lui aussi envoie un messager sur la terre. La même symétrie se retrouve à l’intérieur des différentes parties : le Ciel est l’exacte antithèse de l’Enfer, et l’emploi de la même tournure oratoire accentue le contraste : l’Enfer est au centre de la terre, au-dessous de toutes choses, il y règne une nuit éternelle: le Ciel est au-dessus de toutes choses, une lumière éblouissante le baigne. Cette antithèse tient lieu de description.

86. Cf. Davw., I, v. 128..., p. 245 et II, v. 770, p. 393. Voir aussi son portrait de l’Envie (I, v. 153..., p. 246).

L'ÉPOPÉE : LA DAVIDÉIDE 345

escomptait. Ici encore, il échoue par excès de zèle. Son réalisme est plus consciencieux qu’heureux, et frôle souvent le ridicule. Il insiste à l’excès, accumule les détails au lieu de les choisir, et dans leur précision trop concrète, certains donnent au récit une allure puérile. Voici, par exemple, la toilette de Gabriel s’apprétant à descendre sur terre :

He took for skin a cloud most soft and bright,

That e’re the midday Sun pierc’d through with light; Upon his cheeks a lively blush he spred;

Washt from the morning beauties deepest red.

An harmiess flaming Meteor shone for haire,

And fell adown his shoulders with loose care.

He cuts out a silk Mantle from the skies,

Where the most sprightly azure pleas’d the eyes.

This he with starry vapours spangles all,

Took in their prime ere they grow ripe and fall.

Of a new Rainbow, e’re it fret or fade,

The choicest piece took out, a Scarf is made.

Small streaming clouds he does for wings display, Not Vertuous Lovers sighes more soft then They. These he guilds o’re with the Suns richest rays, Caught gliding o’re pure streams on which he plays 87.

Nombre de ces tableaux sont imités d’'Homère ou de Virgile; et Cowley lui-même nous invite, par ses notes, à la comparaison. Est-il utile de dire que ces rapprochements tournent au désastre pour notre poète? Ses combats ne sont qu’un pâle reflet, malgré la grandeur des coups qu’on y porte, des luttes homériques 88, et la description du bouclier de Goliath imite moins qu’elle ne caricature celle des armes d’Enée ou de iurnus dans Virgile :

Here a vast Hill, ’gainst thundring Baal was thrown, Trees and Beasts on’t fell burnt with Lightning down. One flings a Mountain, and its River too

Torn up with’t; that rains back on him that threw. Some from the Main to pluck whole Zslands try;

The Sea boils round with flames shot thick from sky 89.

87. II, v. 793-813, p. 304. Cf. aussi le portrait de la femme de Loth, changée en statue de sel (II, v. 255, p. 330), le combat des anges aux côtés de David (IV, v. 947... p. 388), le costume de la Fantaisie (I, v. 497, 1p 295)"

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