IV, v. 560, p. 379 et v. 893, p
89. III, v. 377, p. 333. Cf. aussi le départ pour la chasse, à rapprocher de la même scène dans l’Enéide (IV, v. 10, p. 365).
Tout au long de l'œuvre, que ce soit pour le fond, que ce soit pour la forme, nous retrouvons donc toujours les mêmes os, et tous viennent de la même source, des intentions de Cowley. Du fait d’abord que Cowley a trop d’intentions. Sa Davidéide en est comme submergée; il n’y a pas un développement, pas une image, qui ne trahisse la préméditation. A la place de l'inspiration s'étale l’application délibérée de théories. Une œuvre ainsi projetée, et exécutée de sang-froid manque fatalement de vie. Il aurait fallu à Cowley pour surmonter toutes les difficultés qu'il s’imposait, une imagination infiniment plus vaste et plus puissante que la sienne.
D'autre part, la nature même de ses intentions rend plus lourd encore cet édifice si laborieusement conçu. Il veut, nous le savons, atteindre un double but : d’une part, faire œuvre de bon chrétien et de moraliste par opposition à la littérature factice d'inspiration païenne qui régnait de son temps, et ici parle le théologien, nourri de la Bible et des Pères de l'Eglise; de l’autre, faire œuvre de grand poète, et pour ce faire, se mettre à l’école des Anciens, respecter leur exemple, pour les plus menus détails, aussi bien que pour l’ensemble, et nous voyons maintenant l’humaniste, disciple d’Homère et de Virgile. Le génie de Cowley n’a pas été assez robuste pour opérer la fusion de ces éléments divergents. Il a obéi tantôt à ses désirs de théologien, tantôt à ses exigences d’humaniste, et le résultat est une œuvre bâtarde, mi-virgilienne, mi-chrétienne, où les rares beautés ne se dégagent qu'avec peine de la foule des erreurs.
Sans doute, Cowley a droit à l’indulgence. Le poème est resté inachevé, et notre perspective est faussée par l’arrêt après ce quatrième livre qui n’est qu’une énorme digression. Puis, nous devons penser à l’âge de l’auteur. C’est l’œuvre d’un étudiant, et malgré son ampleur ambitieuse, c’est presque encore un exercice d’écolier. Mais il faut bien tenir compte du fait, cependant, qu'il l’a publiée alors qu'il était parvenu à la maturité, parce qu’il l’a jugée digne de l'être. S'il l’avait achevée, il ne lui aurait sans doute pas fait subir de modifications essentielles. Les défauts dont l’œuvre est entachée semblent vraiment fonciers.
Ne proviennent-ils pas, en dernière analyse, de la personnalité de Cowley? Fin et subtil plus que robuste, il n’est pas taillé pour
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L'ÉPOPÉE : LA DAVIDÉIDE 347
l’épopée. Nous ne pouvons approuver Rymer lorsqu'il loue le sens épique de Cowley, et en fait le digne successeur d'Homère et de Virgile 20, La Davidéide est une suite de peintures diverses, comme une galerie de tableaux. Certains ont une majesté, une beauté poétique indéniables, mais ce ne sont que d’heureux accidents. La grandeur soutenue du genre est étrangère à la nature du poète. La Davidéide devait fatalement marquer pour lui un échec.
Echec honorable, d’ailleurs. L’œuvre n’est pas dépourvue de mérite. Mais elle nous captive moins au point de vue artistique, qu'elle ne nous intéresse comme document sur l’histoire littéraire du XVII siècle. Nous voyons revivre à travers elle, un âge à la recherche de l’équilibre, plongé dans les conflits et les contradictions, imbu de théologie et d’'humanisme à la fois, passionné de raison moderne et cependant fidèle aux superstitions du passé. Cowley, sans doute, a eu le tort de ne pas choisir. Mais s’il l’avait fait, son œuvre serait pour nous moins riche d'enseignements.