BoiLEaU. Art Poétique, chant II
18. Cf. Croiset sur les travaux des érudits allemands Boeckh, Thiersch et Dissen. Le premier, en 1822, Thiersch prouve que « la variété si singulière en apparence des inventions lyriques se renfermait en somme dans un cercle restreint, déterminé par d’impérieuses convenances et par des lois traditionnelles » (CRoISET. Op. cit., p. 303). Lorsque Croiset, en 1880, parle de l’unité lyrique des odes et déclare : « Une ode de Pindare n’est pas une œuvre de pure imagination créée arbitrairement par l’enthousiasme plus ou moins désordonné d’un rêveur : elle est en relation directe et forcée avec les circonstances au milieu desquelles elle se produit » (p. 305), il résume les efforts de tout un siècle.
modernes qui s’indignent des erreurs de Cowley ne réfléchissent pas assez qu'ils lui demandent d’être en avance de deux siècles sur ses contemporains.
Au total, l’idée qu'il se faisait de Pindare est-elle si fausse? S'il n’a aperçu qu’un côté de son génie, s’il n’a pas su voir la majesté, l’ampleur sereine de la pensée, ni surtout l’habileté technique de son art et les règles complexes auxquelles il se conformait, il a du moins rendu hommage à sa puissance fougueuse, et il a bien saisi les éléments essentiels de son style : hardiesse, dédain de ia logique, éclat des images, tels que nous les comprenons aujourd’hui. Peut-être des critiques comme E. Gosse ont-ils eu tendance à exagérer l’importance de la régularité de structure de l’ode pindarique 19. Cowley aurait pu bâtir des odes orthodoxes tout en restant plus éloigné de l’esprit pindarique. Il aurait pu, comme Ben Jonson dans l’ode sur la mort de Sir Henry Morison, se rapprocher de son modèle par tout l’appareil extérieur, et cependant mériter le jugement sévère qu’a porté sur lui son biographe : « En réalité c’est une imitation très appliquée du poète Thébain par un homme de sens rassis, qui sait bien le grec, mais * qui n’entend rien au lyrisme... » 20.
Cowley a donc une conception nette et réfléchie de l’ode pindarique, comme il en a une de l’épopée. Mais, le connaissant, sachant qu’il ne s’aventure guère aux chemins où il n’a pas de guide, nous devons nous demander dans quelle mesure ses prédécesseurs dans ce domaine ont pu orienter sa pensée et lui suggérer ses théories 21. Personne avant lui, affirme-t-il, n’a tenté de faire pénétrer dans la poésie anglaise l'instrument grandiose qu'est
19. Cf. ses divers articles sur l’Ode : dans l’Enclycopaedia Britannica, ceux intitulés : « The Ode » et « Pindarics »; dans son recueil English Odes... l’introduction, p. x1 et xv; dans sa Vie de Congreve, p. 145.