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CHAPITRE III

LE LYRISME

b) Le Lyrisme amoureux : The Mistress

Dans la Davidéide et dans les Odes pindariques, Cowley se montre désireux d’ouvrir des voies nouvelles. The Mistress, son recueil de vers d'amour, révèle une intention contraire. Le poète ne veut y prendre aucune initiative. Il se cantonne résolument dans la tradition, et se prépare à grossir d’une unité la longue théorie des poètes qui, à la suite de Pétrarque, chantent les tortures délicieuses de l’amour.

Aussi n’avons-nous pas à rechercher les origines de l’œuvre, comme nous l’avons fait pour la Davidéide et les Odes pindariques. Ici les précurseurs, en Angleterre même, sont légion.

Sans remonter jusqu'à Wyatt et Surrey 1, ni même jusqu’à Spenser, Sidney où Shakespeare, ou aux autres sonnettistes élisabéthains comme S. Daniel ou Drayton 2, Cowley trouvait d’illustres modèles parmi ses prédécesseurs immédiats et parmi ses contemporains. En premier lieu, les poèmes de Donne, mais aussi ceux de Randolph, son aîné à Trinity College, de Carew, de Habington, d’autres encore 3. En 1645, paraît le recueil de Waller en l'honneur de Sacharissa, et Cowley rêve de l’égaler.

PI] fix thy title next in fame To Sacharissas well-sung name.

1. Songes and Sonnettes written by the Right Honorable Lorde Henry Howard, late Earle of Surrey (Sir Thomas Wyate the elder, and others), London... 1507:

2. SPENSER. Astrophel and Stella; Sie. Amoretti; SHAKESPEARE. Sonnets….: S. DANIEL. Delia; DRAYTON. Idea. Cf. aussi T. WATSON. Ekatompathia; ConsrTA- BLE. Diana; T. Lonce. Phillis; W. PErCY. Coelia: H. WiLLoucxBy. Avisa; Zepheria; J. C... Alcilia; B. GRiFrIN. Fidessa; R. LiINCHE. Diella; W. BROWNKE. Coelia, etc. Sans parler des auteurs de chansons d’amour, au premier rang desquels nous trouvons CAMpPIoN. Songs and Masques.

3. Cf. par exemple les poèmes de Glapthorne ou de F. Beaumont,

déclare-t-il à sa maîtresse 4. Les années 1646 et 1647 sont particulièrement fertiles en recueils amoureux 5, et les Hespérides datent de 1648. En écrivant The Mistress, Cowley ne fait donc que suivre la mode.

Qu'il sacrifie à cette idole, le contenu même du livre va le prouver amplement. Mais il prend par surcroît bien soin, dans sa préface, de nous éclairer sur la nature de ses intentions. À ses yeux, un poète n’est digne de ce nom que lorsqu'il a composé des vers d'amour. A ce prix seulement, il peut pénétrer dans l’illustre confrérie : « Car c’est un fait que les poètes n’obtiennent guère la franchise de leur corporation sans payer quelques redevances à l'Amour, et sans s’obliger à lui être fidèle. » 6. Cette profession de foi indique dès l’abord ie caractère factice du recueil : c’est une œuvre voulue, que ne motive aucun élan intérieur.

Nous le comprenons mieux encore quand nous voyons Cowley revendiquer le droit à l’impersonnalité. Le poète, affirme-t-il, peut peindre l’amour sans être amoureux, ou, en tous cas, sans décrire fidèlement ses sentiments. Il ne bâtit pas forcément sur des souvenirs. « Il peut être en pratique et par nature philosophe, voire stoïcien, et cependant parler quelquefois avec la douceur d’une Sapho amoureuse » 7. Nous voici prévenus. Ne cherchons pas dans son livre le roman de sa vie. Il ne se mettra pas en scène. Son amant sera l’amant-type, sa maîtresse ne sera pas plus réelle. Ii affecte, d’ailleurs, de ne pas nous la rendre familière : ne nous laisse-t-il pas ignorer jusqu’à son nom 8 ? Il va chanter l’amour en général, et s’il puise dans sa propre expérience la matière de ses chants, il n’en laisse rien paraître. Ces poèmes d'amour présentent donc cette particularté singulière de n’être pas personnels. Dans le genre lyrique par excellence, Cowley semble, à priori, exclure le lyrisme.

e The Given Love, st. 9, p. 70.

Notons ceux de J. Hall, G. Daniel, H. Vaughan (Amoret), de J. Suckling ne Aurea), de J. Shirley, en 1646, et en 1647 ceux de T. Stanley et de R. Baron (The Cyprian Academy).

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