The Frailty, st. 1, p
; 4 DCE
demeure-t-il fatalement dans le domaine imprécis de l’impersonnel. Nous trouvons, au fond, dans The Mistress des lieux communs d'amour. La manière de Donne perd, dans les mains de Cowley, Sa qualité rare, elle se vulgarise, s’embourgeoise. Plus de révélations saissantes d’une âme tourmentée, mais d’ingénieux développements de thèmes généraux. Rappelant d’un côté les Elisabéthains, annonçant de l’autre les classiques, Cowley semble vouloir retrouver en lui-même les traits universels de l’amoureux. Son analyse est plus timide que celle de son maître.
Son style l’est aussi, car s’il copie les audaces révolutionnaires de Donne, il continue de s’accorder avec la tradition. Dans son désir de franchise totale, Donne avait secoué le joug de la rhraséologie galante et des images mythologiques en vogue. Cowiey, élevé à l’école de Spenser et de Ben Jonson, n'ose s’y dérober. Les dieux de l’Olympe, les héros légendaires, mettent dans The Mistress l'animation factice de leur foule irréelle, et les chaînes, les flammes, les glaces d’amour, tout l’arsenal des symboles traditionnels, rappellent la préciosité et la convention pétrarquiste 52.
Ainsi The Misfress nous apparaît comme un mélange inattendu d'éléments divers. Elle réalise une synthèse des forces en conflit, accueillant les nouveautés sans rejeter pour cela le passé. C’est dans cette adaptation d’une manière neuve à une matière consacrée par l'usage, que réside à proprement parler l'originalité de Cowley. Avec des thèmes cent fois traités, il réussit à produire des effets nouveaux. Il rajeunit les lieux communs les plus usés et les illumine d’imprévu.
La louange bien banale de la beauté de l’aimée, par comparaison avec la nature, revêt une allure originale dans The Spring, et le thème rebattu de l’arbre sur lequel on grave son nom, retrouve sa jeunesse dans The Tree :
I Chose the flouri’shingst Tree in all the Park, With freshest Boughs and fairest head;
I cut my Love into his gentle Bark, And in three days, behold, ‘’tis dead;
52. Jusserand voit en lui l’imitateur « des ingénieux rimeurs de madrigaux et aiguiseurs de pointes du temps d’Elisabeth », et cite une image précieuse empruntée à Sidney (JussEerAND. Op. cit., II, p. 846). Mais il y a aussi dans The Mistress bien autre chose,
My very written flames so violent be They’have burnt and withered up the Tree 53.
Quoi de plus fréquent encore que l’invocation à l'écho” Les poètes, interrogeant la nymphe docile lui dictent sa réponse par leur dernier mot, ou la dernière syllabe de ce mot : gymnastique
verbale curieuse, mais vite lassante. Cowley, enfant, s'était amusé.
à ce jeu dans Constantia and Philetus, et sa tentative en vaut bien d’autres. En voici le début :
Oh ! what hath caus’d my killing miseries ?
Eyes, Eccho said; What hath detained my ease ? Ease, straight the reasonable Nympkh replyes, That nothing can my troubled mind appease :
Peace, Eccho answers. What, is any nigh ?
Quoth he : at which, she quickly utters, I 54.
Bien différente est la pièce de The Mistress sur le même sujet, et singulièrement plus riche de sens. Cowley y rappelle la « nymphe complaisante », mais il n’essaye pas de la faire balbutier une fois de plus. Il analyse le phénomène, d’abord sous son déguisement mythologique, et il s'émerveille alors de la compassion mystérieuse d’un fantôme, puis, comme un fait scientifique, et il l’étudie en ces termes :
By repercussion Beams engender Fire, Shapes by reflexion shapes beget; The voyce it self, when stopt, does back retire, And a new voice is made by it, Thus things by opposition The gainers grow; my barren Love alone, Does from her stony breast rebound, Producing neither /mage, Fire, nor Sound 55.
Cette transformation constante des sujets traditionnels par une pensée avide d'analyse et de comparaison donne au recueil son caractère. Tout l'effort de Cowley vise à porter à son complet épanouissement cette qualité que nous l’avons vu glorifier sous le nom de « wit ». Il ne parie pas le langage de la passion, c’est à
EE En
53. The Tree, st. 1, p. 140. 54. Constantia and Philetus, v. 115-120 (II, p. 11). 56. Eccho, st. 3, p. 107.
peine, au fond, s’il exprime des sentiments. Prenant l’intelligence pour seul guide, il se laisse orienter par elle vers le domaine de la spéculation.
Les sens en sont à peu près exclus. Et le ton de l’ensemble est si chaste que nous trouvons d’un puritanisme excessif l’accusation d’immoralité qu’Elys, en 1670, a lancée contre le recueil 56. Pour notre part, nous hésitons à y voir une émanation de l'Enfer, et nous cherchons en vain les tableaux et les expressions libertines dont on lui fait grief. Il suffit, pour laver Cowley de ce reproche étrange, de comparer la plus ardente de ses pièces (et d’ailleurs une des plus belles), The Injoyment, à la pièce correspondante du recueil de Carew : The Rapture, ou à tel poème de Donne, On his Mistress going to. bed, par exemple.
Then like some wealthy /sland thou shalt ly; And like the Sea about it, 1;
Thou like fair Albion, to the Sailors Sight,
Spreading her beauteous Bosom all in White :
Like the kind Ocean 1 will be,
With loving Arms for ever clasping Thee 57,
Verrons-nous là de ia sensualité? L’audace la plus grande du morceau, c’est la pensée du rendez-vous nocturne 58. Sans doute, ça et là, se glissent quelques images qui nous semblent hardies, voire grossières 59, mais elles ne font que refléter la liberté de langage du temps. Cowley ne tient pas les promesses de sensualité de certains de ses titres. Ainsi Bathing in the River lui offrait une occasion de peintures libertines auxquelles il ne semble pas
56. Cf. E. Ezvs. An Exclamation to all those that love the Lord Jesus in sincerity, against an apology written by an ingenious person for Mr. Cowleys lascivious and prophane Verses. By a dutiful Son of the Church of England, London, 1670. Des poèmes de Cowley il dit : « …. Some of them so notoriously lascivious, others so prophane, that it cannot be easily imagin’d how the Devil could be more gratify’d in anything then in the plausible recommendation of them to the sprightly youths and pregnant wits of this Nation » (p. 4).