The Waiting-Maid, st. 3, p
Partout ailleurs, l'esprit métaphysique domine, et il est bien significatif qu’une des pièces les plus justement remarquées, soit une de ces méditations d'ordre philosophique d’où l'intrigue amoureuse disparaît, Against Hope. On a pu la définir : « d’un bout à l’autre, une suite de définitions de l’espérance, si spirituelles et si justes en leur bizarrerie qu’il est impossible de ne pas admirer la virtuosité du poète » 64.
Ingéniosité, virtuosité, tels sont toujours les termes qui s’imposent à l’esprit pour caractériser The Mistress. Ce n’est pas ainsi que nous définissons le lyrisme, surtout le lyrisme amoureux. Influencés peut-être par le romantisme, ses extases égoistes, l’éta lage de ses joies et de ses douleurs les plus intimes, nous concevons avec peine une poésie d'amour qui ne nous apporte pas la révélation d’une âme, une confession. Nous sommes déçus et choqués quand cette âme se dérobe, et n’assouvit pas nos curiosités indiscrètes. L’énigme d’une œuvre comme The Mistress nous irrite.
Cowley aimait-il lorsqu'il l’écrivait? Cette question, malgré nous, nous nous la posons sans cesse, et nous avons peine à le croire tant il nous semble impossible que l’amour puisse s’accorder à ce point avec le détachement lucide de l'intelligence. Les deux termes ingéniosité et froideur vont de pair, à nos yeux, et nous mettons l’accent sur le second pour le déplorer, le premier ne nous semblant qu’un vain jeu. C’est pourquoi certains critiques modernes ont pu déclarer The Mistress illisible 65.
Tel n’était assurément pas l’avis du XVII siècle. Ignorant encore le culte du Moi, il se désintéressait de la personnalité des auteurs. Il ne considérait que leur œuvre, et dans un recueil comme The Mistress, il trouvait une matière à la fois substantielle et brillante. Les états d’âme successifs de l’amant, les problèmes soulevés par les diverses phases de l’amour, lui étaient exposés, en des analyses raffinées dont la nouveauté se cachait sous un décor qui lui était familier. Peu lui importait que le poète eût vécu
64. Lecouts et CAzAMIAN. Histoire de la Littérature Anglaise, p. 553. 65. Cf. par exemple l’article dE. Gosse dans le Cornhill Magazine de dé-
cembre 1876, p. 726.
ces aventures, ou que son imagination les eût créées de toutes pièces. Au délire de la passion il préférait la lucidité de l’art. Il ne s’offusquait pas de la froideur qui rendait possible une ingénidsité pareille.
Peut-être le XVII: siècle avait-il raison. The Mistress peut nous: paraître une œuvre artificielle. Devons-nous pour cela l’accuser de manquer de sincérité? Ce que nous savons de Cowley nous fait hésiter à l’accuser de mensonge. Il est sincère, mais de la sincérité qui lui est propre. L'activité de sa vie intérieure se traduit spontanément, non en élans passionnés, mais en curiosités intellectuelles. C’est par la pensée qu’il vit le plus intensément, et dans ce recueil la pensée reste presque constamment au premier plan, même lorsqu'il recherche une forme nouvelle, fut-elle extravagante.
H est vrai que parfois l’idée ne réussit pas à s'exprimer complètement et reste prisonnière de mots imparfaits. Mais on a bien le sentiment que c’est avec des idées qu’il joue, et non avec des mots. Jamais ses poèmes ne nous font penser à des flacons, curieux de forme et de couleur, mais vides. S'ils ne renferment pas une substance aussi riche que ceux de Donne, leur contenu reste, autant que leur forme, digne de retenir notre attention.
Du point de vue du XVI{° siècle, The Mistress est une réussite. Pour les modernes, il faut bien l’avouer, c’est une œuvre décevante. Nous escomptons des poèmes d'amour, et nous ne trouvons que des poèmes sur l’amour. Au lieu de recherches ingénieuses de pensée et d'expression, nous aimerions sentir la spontanéité des sentiments, et le jeu d’une intelligence, pour si subtil et si séduisant qu'il soit, nous paraît stérile et artificiel là où nous voudrions entendre les battements d’un cœur.