CHAPITRE IV
LE LYRISME
c) Le Lyrisme familier : les Anacréontiques.
Dans The Mistress comme dans les Odes pindariques, Cowley fait violence à son génie naturel. Ici, voulant rivaliser avec plus grand que lui, il a surestimé ses forces; là, il s’est lancé dans une entreprise que rien en lui ne motivait, et tout au long de quatre-vingt-quatre poèmes, il a célébré une passion dont, en fait, il se détourne avec crainte. Mais de même que, de la rigueur première des Odes de 1656, nous le voyons évoluer, dans les dernières années, vers un type d’ode mieux adapté à ses goûts, au sortir de The Mistress, nous trouvons les Anacréontiques. Son instinct poétique éprouve, semble-t-il, dans les deux cas, le besoin de prendre sa revanche de la contrainte qui lui a été imposée. A chaque effort pénible correspond une contre-partie dont la caractéristique est l’aisance. Il n’a pu mettre dans The Mistress que bien peu de luimême. Dans les Anacréontiques, au contraire, il obéit en toute liberté à ses penchants naturels.
Ici encore, il paraît suivre la mode. Avec Pétrarque, Anacréon est la source principale du lyrisme du siècle, depuis sa découverte par Henri Estienne. Ben Jonson y a fréquemment puisé; Herrick est imprégné d’anacréontisme jusqu’à la moëlle 1, et, au moment où Cowley le paraphrase, Stanley le traduit 2. Cependant, les Anacréontiques ne représentent pas une concession au goût du jour. C’est de son plein gré que Cowley les compose, poussé par une sympathie instinctive et non par désir factice d'imitation.
Il connaît naturellement, non le véritable Anacréon, mais les Anacreonta, et l'œuvre Alexandrine, avec son éléganre et sa préciosité un peu mièvres, lui est peut-être plus accessible que ne l’eût été l’original grec. Une communauté de tendances le lie à