‹ Abraham CowleyChapitre 246 sur 429 · Cf. E. Gosse, article du Cornhill Magazine, p · texte numérisé non relu

Cf. E. Gosse, article du Cornhill Magazine, p

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profondément atteint par la perte qu’il vient de subir. Sans oublier son art, il laisse parler son cœur. De là viennent la valeur humaine et la valeur artistique de sa poésie. Sans doute,l ne réussit pas à abdiquer complètement sa personnalité, il fouille et tourmente l’idée; l’élégie sur Crashaw, notamment, est toute chargée d’intellectualité. Mais les rapports des deux amis n’étaient-ils pas avant tout intellectuels ? La pièce exprime, en fait, aussi directement que l’élégie sur Hervey, les vrais sentiments de Cowley, et ses élans, pour s’adresser au poète et au penseur, n’en sont pas moins vifs. Seulement, lorsqu'il s'adresse à Hervey, la douleur nous paraît plus profonde et plus vraie, parce que plus sentimentale : c’est le cœur du poète qui saigne. Cette douleur, elle ne s'exprime pas à grands éclats de voix, elle ne se traduit pas par la révolte ou le défi : elle est trop profonde pour être violente. L’accablement du début se change en une longue plainte, lorsque le poète revit le bonheur des jours passés, et rend un pieux hommage à la vertu de celui qui n’est plus. La musique assourdie du vers ajoute à la tristesse pénétrante de la pensée :

My sweet Companion, and my gentle Peere, Why hast thou left me thus urkindly here, Thy end for ever, and my Life to moan:; O thou hast left me all alone !

Thy Soul and Body when Deaths Agonie Besieged around thy noble heart, Did not with more reluctance part Then 1, my dearest Friend, do part from Thee.

My dearest Friend, would I had dy’d for thee ! Life and this World henceforth will tedious bee. Nor shall I know hereafter what to do

If once my Griefs prove {edious too.

Silent and sad I walk about all day,

As sullen Ghosts stalk speechless by

Where their hid Treasures 1y; Alas, my Treasure’s gone, why do I stay ?

He was my Friend, the truest Friend on earth; À strong and mighty /nfluence joyn’d our Birth. Nor did we envy the most sounding Name

By Friendship giv’n of old to Fame.

None but his Brethren he, and Sisters knew,

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Whom the kind youth preferr’d to Me; And ev’n in that we did agree, For much above my self I lov’d them too.

Say, for you saw us, ye immortal Lights, How oft unwearied have we spent the Nights ?

Till the Ledaean Stars so fam’d for Love, Wondred at us from above.

We spent them not in toys, in lusts, or wine: But search of deep Philosophy, Wit, Eloquence, and Poetry, Arts which I lov’d, for they, my Friend, were Thine.

Ye fields of Cambridge, our dear Cambridge, say, Have ye not seen us walking every day ?

Was there a Tree about which did not know The Love betwixt us two ?

Henceforth, ye gentle Trees, for ever fade; Or your sad branches thicker joyn, And into darksome shades combine, Dark as the Grave wherein my Friend is laid 10.

Nous pourrions citer encore d’autres strophes, mais non toute la pièce : nous aimerions, par exemple, une mise en scène moins théâtrale, dans la première strophe, terre-à-terre et conventionnelle à la fois 11.. Maïs ces défauts s’effacent devant la beauté prenante de l’ensemble, devant la révélation de ce dont Cowley était capable lorsqu'il était ému et sincère. L’élégie sur Hervey supporte la comparaison avec les deux grands autres hymnes à l’amitié de la poésie anglaise : le Lycidas de Milton, et le Thyrsis de Matthew Arnold,

Outre leur sincérité, ces vers ont une qualité rare chez Cowley, l'harmonie : ils prouvent qu'il y avait en lui une source vive de poésie, et ils nous font déplorer qu’il se soit si rarement laissé aller à son instinct. Trop souvent le théoricien en lui a étouffé le poète, ou plutôt, ses sentiments sont trop rarement assez forts pour lui faire oublier ses théories. Dans le chaos retentissant de ses poèmes de circonstance, ces deux élégies nous apparaissent

comme une oasis reposante.

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