CHAPITRE VII L
Comme la satire, le théâtre ne représente qu’une partie très secondaire de l’œuvre de Cowley. Les pièces que nous possédons de lui datent de sa jeunesse. Trois : Love’s Riddle, Naufragium Joculare, The Guardian, ont été écrites avant qu'il ait quitté Cambridge, et la quatrième : Cutter of Coleman Street, n’est que le remaniement de The Guardian. Cowley n’a vu dans le théâtre qu’un exercice d'école qu’il cultive par tradition, et parce qu'il aime à essayer ses forces en tous les domaines. Cette partie de son œuvre mérite néanmoins qu'on s’y arrête un instant.
Très sagement, ayant sur ce point, du moins, conscience de ses limites, Cowley borne son ambition à la comédie. Et la comédie, comme sa préface à Cutter of Coleman Street nous lindique, l’intéresse surtout parce que c’est une arme aux mains de l’honnête homme. Comme la satire, elle permet de dénoncer les vices et les folies de l’humanité 1. Tout en faisant rire, elle moralise.
Mais les formes du Mal ne sont pas innombrables, et la comédie a vu se constituer un certain nombre de types qui, tout en évoluant au cours des siècles, gardent les mêmes traits essentiels. Ainsi le soldat fanfaron, le charlatan, l’homme de loi véreux, le dévot hypocrite, le pédant, constituent le noyau permanent du répertoire comique 2.
Attachée comme elle l’est aux imperfections, on pourrait dire aux déformations professionnelles, la comédie reste un genre humble, tout près de la terre. On y respire une atmosphère prosaïque. La vie y est peinte sans idéalisation. S'il veut célébrer la
1. Préface à Cutter of Coleman Street, II, p. 262, 1. 5... 2 LDIC,, LT:
grandeur des âmes et l’héroïsme des actions, que le poète se tourne vers l’ode, vers l’épopée, vers la tragédie 3.
Ces idées n’ont rien de nouveau. Point n’est besoin de remonter jusqu’à Aristote pour en trouver l’origine. Le maître immédiat de Cowley en cette matière est évidemment Ben Jonson. Ne venons-nous pas de reconnaître au passage sa théorie des « humeurs » ?
Se cantonnant dans la comédie, Cowley a successivement exploré, par une sorte de revanche de son instinct de variété, les diverses ramifications du genre. Avec Love’s Riddle, il s’essaye à la comédie pastorale; dans Naufragium Joculare il nous donne un spécimen de la pièce latine alors en honneur dans les écoles et les Universités; il s'attaque enfin à la comédie proprement anglaise, dans The Guardian et Cutter of Coleman Street.
La vogue de la pastorale était grande au moment du séjour de Cowley à Westminster. Non seulement d'innombrables poésies faisaient revivre l’atmosphère de l’églogue antique, depuis l’Arcadie de Sidney et le Calendrier du Berger de Spenser, jusqu'aux Pastorales de W. Browne, mais le théâtre lui avait, dès le début du siècle, fait une large place. S. Daniel et J. Fletcher l’illustraient, et plus près de Cowley, Randolph et Rutter. Ben Jonson laissait une comédie pastorale inachevée 4. Il n’est donc pas nécessaire de remonter aux sources italiennes, au Tasse ou à Guarini, pour expliquer Love’s Riddle. Cowley a pu trouver, en Angleterre même, des guides nombreux.
Ï1 était d’ailleurs naturel qu’il choisisse ce genre pour ses débuts précoces. La pastorale n’exigeant aucune connaissance directe de la vie, mais seulement la mise en œuvre d’un certain nombre de procédés traditionnels, se prêtait à son inexpérience. Love’s Riddle est, pour le poète-écolier, un prolongement de ses