The Shortness of Life.…., p
32. The dangers of an Honest man, p. 443. Cf. aussi l’essai 9.
What was the beginning of Rome, the Metropolis of all the World ? What was it, but a concourse of Theives, and a Sanctuary of Criminals ?
Toutes les villes sont sorties d’un péché originel. Plus elles se développent, plus le vice croît dans le monde. Pour vivre à la ville, il faut être fortement armé contre « les assauts de l'Hostilité, et les mines de la Trahison », et même alors, l'existence, au milieu d’alarmes perpétuelles, est dépourvue de charmes.
Comme voudrait le montrer ce résumé, le désordre est ici plus apparent que réel. Les arguments, les invectives, tendent au même but, chacun apportant sa parcelle de démonstration, et pouvant se rassembler en cette phrase, qui clôt la première partie de l'essai :
The summe of it is, that a virtuous man is in danger to be trod upon and destroyed in the crowd of his Contraries, nay, which is worse, to be changed and corrupted by them, and that ’tis impossible
to escape both these inconveniences without so much caution, as will take away the whole Quiet, that is, the Happiness of his Life.
Maintenant, sa tâche de moraliste accomplie, Cowley va donner la parole à l’érudit, et les souvenirs se pressent, anciens et modernes mêlés : à une pensée de Juvénal succède une épigramme de Martial, Lucrèce et Démocrite se voient reprocher leur manque de charité humaine, Cicéron, Ovide, fournissent leur contribution au développement de l’idée. Entre temps, Cowley en a appelé à l'autorité de la Bible, et à celle de saint Paul. I] a rappelé ses souvenirs de l’Arcadie et de l’Astrée, et deux parenthèses discrètes, l’une sur ses visites à Bedlam et le malaise physique que la vue de la folie lui causait, l’autre sur ses illusions de citadin s’installant à la campagne, nous découvrent l’homme, comme la méditation révélait le moraliste. Ainsi la pensée primitive de Cowley se complète des harmoniques que lui suggèrent sa culture et son expérience de la vie. Elle devient à la fois plus riche et plus diverse, et la fantaisie dissimule sous sa spontanéité l’armature logique.
Si nous voulons apprécier la variété profonde de cette pensée, analysons, dans l’essai qui nous paraît le plus systématique, Of Liberty, le réquisitoire de Cowley contre l’ambition. Nous verrons alors quelle souplesse règne à l’intérieur de cadres en apparence
rigides. Après l’entrée en matière : « Pray let us but consider a little what mean servil things men do for this Imaginary Food », il lance à l'attaque, pour ouvrir en quelque sorte la brèthe, les Latins :
We cannot fetch a greater example of it, then from the chief men of that Nation which boasted most of Liberty.
En un petit tableau plein de vie, il montre les candidats au consulat s’abaissant pour obtenir les suffrages des plus vils, et il termine spirituellement :
En Romanos rerum Dominos ! Behold the Masters of the World begging from door to door.
Mais cet exemple ne lui suffit pas. L'idée de l’ambitieux lui rappelle inévitablement Catilina, et il ne résiste pas au plaisir de s’indigner, pendant une longue page, avec Cicéron, de sa détestable carrière. Reprenant le cours de sa méditation, il fait appel cette fois à Salluste, et aboutit à cette définition de l’ambition :
What is it but a kind of Rack that forces men to say what they have no mind to ?
Ici, l’idée de torture lui remettant en mémoire une anecdote d’'Hérodote, il nous la raconte et en extrait la morale. Puis il poursuit son chemin, discutant avec ceux qui prétendent que l’on peut être ambitieux tout en restant honnête. Ce n’est pas, dit-il, impossible, mais cet honnête homme parvenu aux honneurs est-il heureux, est-il libre ? Et il décrit plaisamment la journée d’un grand seigneur, montrant les obligations incessantes auxquelles son rang le plie. Sa conclusion est que l’ambitieux est un esclave: « O toties servus ! » 33. Dans ces quelques pages, nous le voyons attaquer, s’indigner, railler, discuter, décrire, moraliser tour à tour, passant d’un style à l’autre avec un parfait naturel. Notons, en particulier, la souplesse avec laquelle, pour animer ses réflexions, il utilise les anecdotes, voire les proverbes et les dictons que sa mémoire lui suggère. Ce sont de fraîches bouffées de vie qui pénètrent ainsi sa méditation solitaire.
Une telle spontanéité nous étonne, venant de Cowley. Nous nous